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« C’est facile, nous quand ça ne va pas, on communique

« Je lui ai dit l’autre jour que je ne voulais pas qu’il laisse traîner ses bas sur le divan! »

«Magali dit toujours oui, mais elle ses comportements ne suivent jamais sa parole…»

« Je t’avais demandé de me faire le bilan des dépenses pour le mois courant… non pas le budget mensuel »

« Combien de fois dois-je te répéter que je n’aime pas patiner pour que tu le comprennes enfin?»

     Voilà quelques situations que nous avons tous vécus à un moment ou à un autre. Certains reconnaitrons ces mots dans leur couple, alors que d’autres dans leurs relations avec les amis, la famille ou avec les collègues.

     La communication est une activité essentielle, intrinsèquement liée à notre nature humaine1. En effet, du fait que la bête humaine que nous sommes est un être social1, la communication (que ce soit via l’utilisation du langage verbal ou non) est au cœur de notre développement comme espèce vivante1. Il faut dire, qu’à la base, la racine latine du mot «communication» signifie «partager», «de mettre en commun»2. En parallèle, l’Homme a survécu toutes ces années de par sa capacité à s’adapter et à communiquer, donc à partager les bons trucs…vous savez, ceux qui assurent la survie (qu’elle soit physique ou émotionnelle!).

     Ainsi, communiquer c’est partager une information à autrui avec le moyen que nous espérerons le plus efficace possible pour atteindre un but2. Donc, si je souhaite manifester mon insatisfaction (mon but), par rapport à la décision de mon patron de diminuer de 30 minutes l’heure de diner (situation), je pourrais choisir de crier après et de l’humilier devant tout le monde (moyen) comme méthode pour lui atteindre ce but. Efficace? Oui. Adapté? Non! Il faut dire que mon but sera atteint, mais que les conséquences associées à mon moyen pour véhiculé mon message nuiront probablement à ma réputation, à mes relations avec autrui au travail en plus de contribuer à l’installation d’un climat malsain pour tous (l’utilisation de l’intimidation, et donc de la violence n’est jamais une solution porteuse de biens-faits).

    Ainsi, communiquer n’est pas tout. Il faut encore savoir le faire de manière efficace et sensible à son environnement (social et physique)2. Il faut considérer l’impact du moyen utilisé pour communiquer2. La capacité d’une personne à communiquer avec autrui d’une manière libre, qui favorise les échanges, qui n’agresse ni ne diminue les droits, les besoins ou les obligations d’autrui et qui demeure satisfaisante pour soi-même (qui répond à ses besoins, ses droits ou ses obligations) se nomme « habileté interpersonnelle »2. Une personne qui a de bonnes habiletés interpersonnelles a généralement une communication efficace qui est synonyme de bien-être et d’actualisation de soi (self-improvement : le fait de s’améliorer comme personne d’une manière qui est nourrissante pour l’âme)3. Cette personne est généralement plus populaire auprès de ses pairs4 en plus de travailler activement à implanter un climat de travail propice au bien-être de tous5. Cette même personne a également plus de chance de vivre une relation amoureuse satisfaisante, encourageant une intimité affective avec le partenaire6. Elle aura également plus tendance à observer une hausse de sa performance au travail, surtout si elle travaille dans un domaine de relations d’aide7, 8 (pensons à nos infirmiers/ières, médecins, dentistes, coiffeurs/ses, etc.).

Donc, si nous récapitulons.

     Communiquer implique au minimum deux personnes (idéalement, deux personnes assez habiles au niveau interpersonnel), un but (partager une information) et un moyen (verbal ou non). Il se produit dans un contexte, vis-à-vis une situation donnée. Il implique de considérer les conséquence qu’il engendre. Ainsi… communiquer devrait ressembler à quelque chose de ce genre, non?

comm-101     Non! Peut-être que mon dessin porte à la confusion, je l’avoue, MAIS une communication efficace inclue également deux autres facteurs essentiels2, soit l’écoute et le timing. Donc, théoriquement, ça devrait ressembler plus à quelque chose comme cela.

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C’est bien beau la théorie, mais dans la vrai vie ce n’est pas si simple.

     Effectivement, et pourquoi donc?

     Il y a plusieurs raisons qui peuvent expliquer que la communication avec une autre personne ne soit pas fluide ou efficace. En fait, il y a autant de raisons qu’il y a de paramètres qui régissent la communication humaine.

Décourageant, n’est-ce pas? Pas tant que cela.

     En fait, cela implique que des obstacles peuvent survenir dans une ou plusieurs de ces 4 dimensions, soit de la part de :

  1. l’individu qui tente de communiquer quelque chose.
  2. l’individu à qui on communique quelque chose.
  3. la relation entre les individus.
  4. du contexte dans lequel se déroule la conversation (le timing!).

    Aujourd’hui, dans le cadre de cette chronique, nous n’aborderons que les dimensions 1, 2 et 4 parce que ce sont celles sur qui nous avons, comme individu, le plus de contrôle concret et immédiat.

     Au niveau des facteurs propres aux individus (les points 1 et 2), plusieurs obstacles à la saine communication peuvent se résumer aux termes « pauvres habiletés/ maladresse / manque d’habiletés inter   personnelles ». Ainsi, l’individu qui tente de partager une information à un autre, l’émetteur, peut avoir de la difficulté9,10 à :

  • Questionner autrui efficacement / sans menacer ou blâmer.
  • À s’expliquer d’une manière claire et affectivement dégagé.
  • À se dévoiler, personnellement, à un rythme agréable pour autrui.
  • À s’affirmer.
  • À influencer autrui, à le convaincre ou le persuader (dans le sens de faire adhérer à un point de vue, non pas dans le sens de manipuler).
  • À négocier.
  • À participer à une conversation sans l’accaparer tout entière (prendre toute la place) ou en être totalement dégagé.
  • Émettre des signes verbaux et non-verbaux qui sont cohérents les uns avec les autres (les gestes, les mimiques faciales et l’expression émotionnelle sont cohérents avec les propos).

De son côté, la personne qui reçoit les informations, le récepteur, peut avoir de la difficulté à9,10 :

  • Écouter réellement l’autre. L’entendre dans ses besoins plutôt que de l’écouter pour répliquer.

Par exemple, «Je comprends que tu te sens seul lorsque je fais telle chose et que tu as besoin de te sentir considérer davantage?».

  • Renforcer positivement l’émetteur lorsque le mode de communication utilisé est agréable.

Par exemple, faire des hochements de tête, dire «hum-hum».

 Refléter le message que tente de communiquer l’émetteur / valider l’autre que le message passe et est entendu.

Par exemple,

–       J’ai fait telle chose, puis après j’ai couru à telle place pour avertir mon collègue de la catastrophe…

–       Tu t’es senti paniqué lors de cet événement.

     Heureusement, peu importe d’où on part et quelles sont nos zones de faiblesses, toutes ces habiletés peuvent s’apprendre, se pratiquer et s’améliorer. Vous êtes intéressé à renforcer vos compétences relationnelles et communicationnelles ? Commencer par vous observer ! Lors de communication avec des collègues, des membres de votre famille ou des personnes de votre entourage, qui initie la conversation ? Quelle position (physique et relationnelle) avez-vous tendance à adopter ? Le pourcentage des tours de parole ressemble à quoi? Comment vous sentez-vous durant l’interaction ? Comment varie votre ton de voix en fonction des sujets, de vos émotions ou des personnes que vous rencontrez? Autant de questions pertinentes pour orienter vos observations et préciser quel pourrait être le problème dans vos échanges avec autrui.

    Vous êtes prêts à passer à la pratique? Plusieurs ouvrages peuvent vous accompagner et vous guider. En voici quelques-uns.

  • L’art de communiquer, de Louis Baribeau (2000)

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  • S’affirmer et communiquer, de Madeleine Beaudry, Jean-Marie Boisvert (2012)

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  • La communication non-violente au quotidien, de Marshall B. Rosenberg (2003)

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     En terminant, sachez que si la difficulté persiste (que ce soit parce que la cause vous échappe ou parce que vos tentatives pour régler le problème ne se sont pas avérées fructueuses), il y a toujours l’option de rencontrer un psychologue ou un autre intervenant social pour vous aider à la surpasser. Il ne faut pas oublier que la communication interpersonnelle, par définition, implique plus d’une personne et que plusieurs autres modalités peuvent venir compliquer le bon déroulement d’un échange.

Sur ce, bonne lecture!

Dre Sara-Maude Joubert, psychologue

  1. Hargie, O. (2010). Skilled interpersonal communication: Research, theory and practice. Routledge.
  2. De Gelder, B., de Borst, A. W., & Watson, R. (2015). The perception of emotion in body expressions. Wiley Interdisciplinary Reviews: Cognitive Science, 6(2), 149-158.
  3. Roloff, M. E. (2015). Theorizing interpersonal communication: Progress and problematic practices. Communication Theory, 25(4), 420-425. doi:10.1111/comt.12081
  4. Niven, K., Garcia, D., van der Löwe, I., Holman, D., & Mansell, W. (2015). Becoming popular: interpersonal emotion regulation predicts relationship formation in real life social networks. Frontiers in psychology, 6.
  5. Bambacas, M., & Patrickson, M. (2008). Interpersonal communication skills that enhance organisational commitment. Journal of Communication Management, 12(1), 51-72.
  6. Boland, J. P., & Follingstad, D. R. (1987). The relationship between communication and marital satisfaction: A review. Journal of sex & marital therapy, 13(4), 286-313.
  7. Hottel, T. L., & Hardigan, P. C. (2005). Improvement in the interpersonal communication skills of dental students. Journal of Dental Education, 69(2), 281-284.
  8. Arnold, E. C., & Boggs, K. U. (2015). Interpersonal relationships: Professional communication skills for nurses. Elsevier Health Sciences.
  9. Edmondson, A. C., & Roloff, K. S. (2009). Overcoming barriers to collaboration: Psychological safety and learning in diverse teams. In E. Salas, G. F. Goodwin, C. S. Burke, E. Salas, G. F. Goodwin, C. S. Burke (Eds.) , Team effectiveness in complex organizations: Cross-disciplinary perspectives and approaches (pp. 183-208). New York, NY, US: Routledge/Taylor & Francis Group.
  10. Carma L. Bylund, Emily B. Peterson, Kenzie A. Cameron, A practitioner’s guide to interpersonal communication theory: An overview and exploration of selected theories, Patient Education and Counseling, Volume 87, Issue 3, June 2012, Pages 261-267.