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S’il y a un symptômes psychologique chez les ados qui est tout aussi souffrant pour les parents, c’est bien l’automutilation. Les parents que je rencontre car leur ado s’est scarifié les cuisses, s’est cogné la tête contre le mur, s’est arraché les cheveux, s’est brûlé avec une cigarette ou encore, se grafigne avec une lame de rasoir arrivent en thérapie avec un grosse charge affective. Souvent, la panique, l’incompréhension, l’horreur et un sentiment d’échec sont au rendez-vous.

Quasi systématiquement, après m’avoir exposé le motif de consultation et comment ils ont eu connaissance de ce symptôme chez leur enfant, ces parents me questionnent à savoir – à quel point c’est dangereux, l’automutilation? Pourquoi leur ado fait ça? Est-ce que leur enfant est à risque de suicide? et surtout, qu’est-ce qu’ils peuvent faire pour que leur aimé ne fasse plus cela?

Avoir mal pour avoir du contrôle

Souvent, et c’est le bout qui gêne les ados et qui choque les parents, l’automutilation apporte, malheureusement, un sentiment de soulagement très important chez le jeune. Étonnant, n’est-ce pas? Cela s’explique par le fait que les jeunes ressentent un sentiment de contrôle sur leur souffrance interne lorsqu’ils se font mal. Comme si le fait de rendre la blessure concrète, palpable, diminuait l’anxiété et la souffrance. C’est rendre quelque chose d’intangible (une émotion) en quelque chose de tangible (une plaie physique). Autrement dit, l’automutilation est « utile » pour les jeunes car à défaut de se comprendre, ils ont l’impression d’avoir du contrôle sur leur corps.

Je le sais, c’est terrible. Profondément terrible. Il n’y a pas un parent qui souhaite que son enfant se mutile et, qu’en plus, que ce dernier juge ce comportement comme étant utile. Il faut comprendre que ce symptôme psychologique est une manifestation extrême, de dernier recours, à une souffrance qui est ressentie comme étant envahissante et incontrôlable. Il faut voir se comportement-là comme un flag – comme un indicateur que notre ado/enfant ne se sent vraiment pas bien et qu’il ne sait pas quoi faire avec cette souffrance. C’est une manifestation d’impuissance.

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Non seulement, l’automutilation « fait du bien » à cause de sa dimension psychologique, mais elle « fait du bien » de par ses collatéraux physiques. Au-delà de la douleur recherchée dans le fait de se faire du mal, les ados cherchent également, inconsciemment, les décharges d’endorphines et d’adrénaline qui accompagnent une blessure physique. La meilleure façon que je peux illustrer l’effet de ces neurotransmetteurs sur le cerveau et l’organisme, c’est de comparer l’automutilation avec l’accouchement (oui, je sais… c’est une drôle de comparaison, mais suivez-moi!). Quand on a très mal et que cette douleur persiste, notre corps déploie des substances chimiques pour geler la souffrance. Cette substance s’appelle les endorphines. Toute maman qui a été confrontée aux étapes du travail pré-accouchement va comprendre: ça fait mal, mais étrangement… un moment donnée, on se sent comme « ailleurs »… comme dans une bulle… gelée. On a est là, mais on n’est pas là. On a conscience de ce qui se passe, mais la douleur associée à l’exercice qu’on est en train de faire est tout à fait relative. Dans le cas de l’automutilation, celle-ci provoquerait une sensation similaire. Pire, des études affirment que les ados ne ressentiraient pas du tout la douleur physique lorsqu’ils se blessent. Enfin, et tout comme l’accouchement, une décharge d’adrénaline est souvent présente également.

L’adrénaline est une substance chimique/biologique que l’on retrouve naturellement dans le corps et qui est sécrétée dans le sang quand on est en mode panique. C’est la substance qui avise tout l’organisme qu’il faut se préparer à l’action.

L’adrénaline donne une sensation d’être intensément dans le moment présent. Elle donne l’impression au jeune « d’être vivant », d’être ici et maintenant. Elle permet à ce qu’on focusse notre attention sur « le danger »/l’acte d’automutilation, ce qui permet de ne plus penser à ce qui ne va pas bien dans ma vie. Ainsi, vous l’aurez compris, les actions combinées de l’adrénaline et des endorphines font en sorte de notre ado est sous l’influence d’un cocktail de substances qui sont quasiment agréables et c’est, entre autres, ce qui fait que les jeunes ont tendance à s’auto-mutiler à répétition. Les effets psychologiques et biologiques de cet acte agissent en renforçateur en plus d’offrir une solution de contournement à l’impuissance vécue dans leur situation.

Que ça soit clair, je ne suis pas en train de faire la promotion de l’automutilation. Pas du tout. Par contre, il est essentiel que vous comprenez, chers parents, quel monstre nous (psychologue et les parents de l’ado) devons combattre. Les solutions proposées, les méthodes de gestion des émotions alternatives qui seront enseignées, devront être plus efficaces et renforçantes que l’automutilation et ses effets physiques.

Communiquer par le corps plutôt que par la parole

Des chercheurs en psychologie qui se sont penchés sur la question ont déterminé que ces actes-là comportaient plus souvent qu’autrement une symbolique particulière. Ça, ce que ça veut dire, c’est que les ados ne font pas cela innocemment. Au-delà du fait que ça gèle la souffrance, il est hypothésé que de se faire mal serait une manière voilée de communiquer avec l’Autre. À défaut d’utiliser des mots pour le faire, ils utilisent des maux (ah… poétique, ces psy!). Je vous le rappelle, la mutilation est une solution extrême à une souffrance souvent qui dépasse la capacité du jeune à y faire face. Trouver les mots, quand je ne sais même pas vraiment c’est quoi le problème (faute de concepts, faute d’être capable de reconnaître mes émotions, etc.), c’est vraiment très difficile.

Ainsi, rien de tel que de me faire mal et avoir une preuve concrète que quelque chose ne va pas pour faire comprendre à mes parents, à mes enseignants ou à mes ami(e)s que ce qui se passe pour moi est sérieux. Par ailleurs, c’est une façon quasi garantie de parler de ce qui ne va pas, tout en s’assurant de ne pas se faire chicaner/mépriser/ignorer. Vous l’aurez compris, c’est malheureusement très utile.

Dans le fond, l’automutilation… c’est de la manipulation?

Hélas, non. Les risques de blessures permanentes ou mortelles sont bel et bien une réalité qui font qu’un ado qui veut manipuler ne sera pas tenté d’utiliser cette stratégie pour arriver à ses fins. Par ailleurs, les jeunes qui se mutilent ne font pas ces actes consciemment, contrairement à ceux qui cherchent à manipuler. Ils font ces actes souvent de manière impulsive. Un peu comme la tentative de suicide, ils auront des ruminations et des pensées par rapport à se faire mal qui seront envahissantes… jusqu’à ce qu’ils « osent » concrétiser ces-dites pensées d’un geste impulsif.

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De plus, rappelez-vous l’état qu’on ressent quand on accouche! Cet état est suffisant en lui-même pour « justifier » le comportement aux yeux du jeune. Et c’est justement ce qui fait que c’est si dangereux puisque nos ados sont déconnectés, en partie, de la réalité et des risques réels pour leur santé et sécurité. L’automutilation est perçue, par la communauté scientifique, comme étant une stratégie mal-adaptée de gestion de sa vie interne. Elle permettrait un relâchement des tensions (colère, anxiété) en plus de permettre une sorte de détente intérieure. Autrement dit, les jeunes ne font pas ça pour vous, ils font ça pour eux.

Et le risque de suicide, docteure?

Le risque de suicide est malheureusement réel. Les études qui se sont concentrées à regarder les facteurs prédictifs, c’est-à-dire les facteurs qui sont le plus susceptibles d’entraîner un comportement suicidaire et mutilatoire, ont des constats très inquiétants. En fait, elles dénotent que le fait de se dissocier de soi-même et de son environnement est LE facteur qui contribue le plus significativement aux mutilations. C’est malheureusement ce même facteur qui contribue le plus significativement… aux tentatives suicidaires! Ce facteur est central dans la compréhension du glissement entre la mutilation et les tentatives de suicide puisqu’il est également entendu que les ados qui se mutilent et qui ne ressentent pas la douleur (car ils se dissocient!) sont ceux qui ont tendance à commettre des gestes suicidaires et qui ont tendance à se mutiler à répétition. Des études vont même jusqu’à démontrer que les ados qui se dissocient et qui ne ressentent pas de douleur physique quand ils se mutilent ont deux fois plus tendance que les ados qui se mutilent mais qui ressentent la douleur, à tenter de mettre fin à leurs jours. Et parce que la misère entraîne la misère, plus un jeune se mutile, plus il risque de passer à l’acte!

La question cachée : est-ce de notre faute, docteure?

C’est plus complexe que ça! Les études démontrent que oui, la famille a un rôle. Notamment, les enfants et les ados qui ont un passé de négligence affective ou d’abus ont plus tendance que les autres à adopter des comportements para-suicidaires dont l’automutilation. Par ailleurs, victimiser son enfant (le négliger ou l’abuser) cumulent les facteurs de risque pour un passage à l’acte suicidaire puisque les jeunes qui sont victimes d’un ou de plusieurs abus/négligence sont ceux qui s’automutilent à répétition en plus d’être ceux qui tentent de mettre fin à leurs jours. Par contre, il est également démontré que l’isolement social et la peur/l’anxiété sont des facteurs d’importance quand vient le temps de comprendre ce phénomène chez les jeunes. Il est estimé qu’environ 13% des jeunes qui s’automutilent ou qui tentent de s’enlever la vie n’ont pas de passé d’abus ou de négligence. Cela implique donc que TOUS les adultes qui gravitent autour de votre jeune ont une part relative de responsabilités dans les comportements de votre ado. Comment se fait-il que personne n’est vu que votre jeune est solitaire? Comment se fait-il que personne n’est agit sur le problème avant? Le dicton qui dit que ça prend tout un village pour élever un enfant n’a pas tout à fait tord. Ça peut être tentant de s’attribuer la faute car cela nous donne du contrôle sur la situation, mais à moins que vous victimisé votre ado, les chances que vous soyez le seul et unique responsable de sa souffrance est un mensonge.

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De leur coté, mêmes les études en psychologie systémique et familiale conceptualisent l’automutilation comme étant le symptômes d’un système familial mésadapté et non pas la faute d’un parent en particulier! Plus précisément, le mode de communication – quasi inexistant – serait mis en faute. Encore une fois, chers parents, vous avez une faute tout à fait relative. Dans un monde idéal, les deux parents sont toujours disposés, présents et à l’affût de la vie affective de leurs enfants. Ils ont de bonnes habiletés de communication et sont en phase avec leurs propres émotions. Ils ont eu des parents qui eux aussi, on été présents et verbaux. Pourtant, nous savons tous que la réalité est beaucoup plus complexe que cela. Peut-être travaillez-vous 55 heures par semaine car vous avez votre entreprise ou une production agricole? Peut-être travaillez-vous de soir, quand votre grand arrive de l’école jusqu’à l’heure qu’il se couche. Peut-être faites-vous une dépression ou gérez-vous une situation préoccupante pour un autre de vos enfants. Peut-être êtes-vous en procédure de divorce et parler avec votre ex des enfants sans s’enflammer est tout simplement impossible pour l’instant. Toutes ces situations de la vie avec lesquelles il faut palier contribuent à rendre un parent moins disponibles ou patient. Ces situations contribuent à fragiliser la communication dans une famille. Est-ce que ça fait de vous des mauvaises personnes? Absolument pas. Ça parle simplement comment la vie est injuste et imparfaite.

Quoi faire avec l’automutilation?

La question qui tue (humour noir de psy?!). Comme tout suivi avec un ado, le psychologue va travailler sur deux sphères, c’est-à-dire avec la famille/les parents pour remettre en place le plus de facteurs de soutien possibles (communication favorable et ouverte dans la famille, supervision parentale, mesures disciplinaires justes, orientation sur des services complémentaires, etc.) et avec le jeune pour lui enseigner des manières saines de mettre des mots sur ses émotions. Plus que de mettre des mots, il va travailler activement à lui enseigner des techniques de gestion des émotions qui ne compromettent pas sa santé et sa sécurité. Il va normaliser sa vie affective et les conduites d’automutilation sans toutefois mettre l’accent sur les blessures physiques qui leur sont associées. Rappelez-vous, l’automutilation comporte déjà plusieurs « avantages » pour le jeune… il est donc inutile d’aller leur permettre d’avoir l’attention soutenue d’un adulte en plus! Ceci dit, le psy va tout de même clarifier qu’il est normal de vouloir trouver des solutions quand on se sent envahi et qu’on ne se comprend plus, que ce réflexe est normal et que le psy sera justement là pour trouver des alternatives à ce besoin qui seront tout aussi efficaces, mais sans être dangereux.

Ensuite et de manière prioritaire, le psy va travailler à régler, dans la mesure du possible, les sources de souffrance chez le jeune. Pourquoi souffre-t-il/elle à ce point? Quel est le problème sous-jascent? Moi, qui est psychologue, qui a des mots et des concepts pleins les études, comment puis-je expliquer au jeune ce qu’il vit et quelles solutions puis-je lui enseigner pour régler la souffrance « pour de bon »?

En même temps de faire tout cela, le psy va monitorer le risque suicidaire de prêt. Bien que ce facteur soit considérer et travailler de front, aucun psy ne peut vous garantir que ce que vous redoutez le plus, c’est-à-dire que votre enfant passe à l’acte, ne se produira. Par contre, plus les parents sont impliqués et ouverts à essayer des choses avec le psy et leur ado, plus ils prennent du contrôle pour s’assurer dans la mesure du possible que le pire n’arrivera pas.

Enfin, toujours avec le jeune, le psy travaillera à augmenter les sources de plaisir dans la vie de l’ado (que ça soit en faisant de la résolution de problème, en faisant du coaching, des jeux de rôles, etc.) afin que la détresse soit le plus tempérée possible. On va chercher à faire contre-poids à la souffrance en augmentant les sources de plaisir et de détente – que ça soit du temps de qualité en famille, de s’inscrire à une activité sportive de groupe pour se faire des amis et se défouler ou encore, de débuter un travail étudiant qui suscite de la fierté personnelle.

Bonne semaine à vous,

Dre Sara-Maude Joubert, psychologue