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     Lors du dernier billet, il était question de l’apport de l’intolérance à l’incertitude au phénomène de stress chronique. Dans l’idée de bien discerner les principaux moteurs cognitifs alimentant l’état anxieux, je vous propose aujourd’hui que nous nous attardions aux biais cognitifs (alias les pensées « erronées », les croyances erronées, les pensées dysfonctionnelles ou encore, les distorsions cognitives).

   Clarifions quelque chose tout de suite, ce n’est pas parce que nous avons une pensée erronée que cela implique qu’il faut apprendre à penser autrement ou se convaincre du contraire de ce que nous croyons! Il m’arrive souvent de rencontrer des gens qui sont septiques, voire carrément déçus quand on leur parle de la thérapie cognitive et comportementale. Ces gens ont très souvent un discours qui ressemble à ça: « ah… c’est la thérapie où tu vas me faire voir les choses différemment? » (le tout dit sans trop de conviction et avec une amertume qui goûte jusque dans ma bouche). Et bien rassurez-vous, travailler les distorsions cognitives, ce n’est pas de faire une débat animé où je tenterai de vous faire voir les choses autrement grâce à des arguments et des statistiques! Vous et moi savons très bien que ce n’est pas parce que nous savons, cognitivement parlant, quelque chose que nous vivons (avec notre cœur, nos émotions) de cette façon. Les gens anxieux sont les premiers à le savoir :  combien d’entre-nous savons pertinemment que nous nous inquiétons pour rien? Et combien d’entre-nous nous inquiétons quand même? Donc même chose pour la thérapie… tenter de se convaincre que ce que nous pensons est erroné n’aura pas ou très peu d’impact sur votre état affectif.

TCC débat

    Travailler les distorsions cognitives implique, en premier lieu, une reconnaissance de ces dites pensées et des pièges qu’ils impliquent. Dans les faits, une croyance devient « erronée » à partir du moment où elle est construire grâce des processus mentaux qui ont pris des raccourcis. Toutes les pensées sont issues de processus cognitifs sous-jacents. Laissez-moi vous expliquer.

     Notre cerveau est un organe complexe qui est constitué de plusieurs départements, comme dans une entreprise! Il y a les matières premières (départements de la vision, du goutter, etc.) qui sont régies par des coordonnateurs de tâches (aires secondaires – management d’équipe de travail).  Les coordonnateurs font la liaison entre les grand boss (aires tertiaires – secteurs du cerveau qui prennent les décisions) et les équipes de travail. Ils s’assurent de l’intégration des informations ( sensorielles, mais aussi celles qui sont déjà en mémoire comme les informations théoriques ou expérientielles que nous avons acquis antérieurement ) et que le produit vendu à la clientèle correspondent à leur attentes. Les boss, quant à eux, s’occupent des grandes visées de l’entreprise. Désirons-nous améliorer notre relation avec notre collègue? Désirons-nous faire un repas délicieux pour le souper? Prévoyons-nous un obstacle dans l’organisation d’une sortie entre amis? Les grands boss sont ceux qui guident l’action des ouvriers et qui valident la qualité du produit vendu à la clientèle. Est-ce que le comportement émis a été efficace? Est-ce qu’il a été utile? Ai-je reçu une rétroaction positive des autres ou est-ce que je me suis humilié? Le fonctionnement de cette petite entreprise constitue un tout savamment ficelé qui opère pour que nous adoptions des pensées, des émotions et des comportements qui sont en accord avec notre environnement.

L'entreprise

   Les distorsions cognitives vont se produire lorsque nos travailleurs et coordonnateurs coupent les coins ronds dans leurs tâches. Il peut y avoir plusieurs raisons qui expliquent ce relâchement: nos travailleurs gèrent une commande qu’ils sont super habitués de gérer et qui, d’habitude, implique toujours les mêmes résultats ( ils font une application rigide d’un protocole de construction ). Encore, il se peut qu’ils soient distraits de leurs tâches parce qu’ils sont sous pression. Le contexte dans lequel ils baignent est hautement émotif et rend l’accomplissement des tâches habituelles plus difficile. Également, il se peut que les travailleurs effectuent correctement leurs tâches, mais que les informations complémentaires, ajoutées au produit brut et héritées d’expériences antérieures, comportent elles-mêmes des erreurs.

     Quoi qu’il en soit, il a été établi grâce à la recherche en psychologie différentes façons que nos travailleurs ont pour couper les coins ronds. Ces processus sont les responsables des pensées et croyances distordues qui génèrent, en plus d’autres choses, du stress. Voici les principales.

 

1 – Les conclusions hâtives

Se caractérise par le fait de faire des prédictions que nous considérons comme des faits (en dépit des vrais faits!) sans même les avoir vérifiés.

Exemples : « Cette personne ne m’aime pas… elle a dû entendre parler de moi par des personnes communes. C’est certain qu’elle ne m’aime pas. ».

« C’est sûr que si mon conjoint va à la chasse, il va lui arriver un accident ».

 

2- La pensée tout ou rien

Se caractérise comme la tendance à catégoriser dans les extrêmes des événements ou des émotions. C’est un mode de pensée extrémiste à la base, entre autre, du perfectionnisme.

Exemple : « Je dois réussir parfaitement mes tâches au travail en tout point, sinon c’est la catastrophe».

 

3- Le filtre

Se caractérise par la tendance à spotter d’emblée un petit détail négatif d’une situation et de conclure que toute la situation est négative à cause de cela. On exclue toutes les contres-preuves et les éléments positifs.

Exemple : « Je ne suis pas certaine que la journée d’animation c’est bien passée. Le directeur de la compagnie a lancé un regard perplexe lorsqu’il mangeait son repas ».

 

4 – Le rejet du positif

Se caractérise par la tendance à, carrément, se fermer les yeux sur les éléments positifs d’une situation pour ne voir que les éléments négatifs.

Exemple : « C’est sûr que je ne serai pas sélectionné pour le poste… j’ai bégayer dans mon entrevue, je n’ai pas toujours regarder des les yeux mon interlocuteurs, etc.

– Bien non. Tu t’en ai bien sorti. Tu as su mettre en valeur ton parcours et tu les as fait rire avec tes blagues.

– Mon parcours n’était pas clairement expliqué et j’ai oublié de dire une expérience pertinente. De plus, ils se sont forcés à rire de mes blagues ».

 

5 – Le phénomène de la loupe

Se caractérise par le fait de dramatiser ou de minimiser l’importance de soi, des événements ou des autres de manière à ce qu’il y ait une catastrophe.

Exemple: « J’ai tout fichu en l’air avec cette fille. Je pense qu’elle ne m’a pas trouvé beau, ni drôle. De plus, il s’est mis à pleuvoir durant notre date. C’est vraiment la cerise sur le gâteau. »

 

6- Je dois, je devrais et j’aurais donc dû! (les règles)

Se caractérise par la tendance à fonctionner par obligation, comme s’il n’y avait pas de motivation à faire les choses autrement que par le fait de risquer de se faire punir.

Exemple: « Je suis si stressé de présenter mon conjoint à ma famille. Il aurait dû s’habiller sur son 36 pour cette activité officielle ».

 

7 – La sur-généralisation

Se caractérise comme la tendance à conclure que, parce qu’une chose se produit de telle façon une fois, elle se produira toujours de cette façon à vie.

Exemple: « Pourquoi j’inviterais Ariane à sortir prendre un verre en finissant son chiffre? J’avais déjà osé avec Catherine (l’année passée) et elle m’avait dit non ».

 

8 – La personnalisation

Se caractérise par la tendance à assumer la responsabilité d’un événement fâcheux, comme si nous en étions la cause, alors que cela n’est pas le cas.

Exemple: « Je me sens mal… un conducteur de voiture a percuté un panneau de signalisation sur la rue. Je marchais par-là quand c’est arrivé. J’aurais surement pu prévenir cet accident si j’avais fait telle chose. »

 

9 – Le raisonnement émotif

Se caractérise par la tendance à présumer que les sentiments les plus sombres reflètent nécessairement la réalité.

Exemple: « Parce que je me sens super paniquée à la possibilité de faire une présentation orale, il est certain que je vais me faire humilier ».

 

***

Tous des myopes!

    Que cela soit clair, nous faisons TOUS des erreurs cognitives. TOUT. LE. MONDE. Notre cerveau est ainsi fait que, pour pouvoir traiter l’entièreté des informations dans l’environnement (les objets, les événements, les personnes, la température, etc.) avec l’énergie qu’il dispose (qui est limitée, by the way), il finit par créer des raccourcis. Cela n’est pas que négatif, ces raccourcis sont aussi très utiles. Pensez-y… quand vous rencontrez une nouvelle personne, vous n’avez plus besoin de faire l’effort de penser que vous devez la regarder dans les yeux, lui tendre la main, lui serrer les doigts juste assez fort, puis lui sourire… non! Le tout s’exécute automatiquement et c’est parfait.

    Ceci dit, la vie est loin d’être parfaite et nos expériences passées peuvent laisser des marques, surtout quand elles répètent le même message. Sur le plan cognitif, des grandes lois ( qui suis-je? Suis-je une bonne personne? Est-ce que la vie est dangereuse? etc. ) peuvent être formées à partir de cet héritage. Ces dernières sont enregistrées en mémoire et sont utilisées dans la construction de nos pensées quotidiennes. C’est un peu comme si, dans certaines occasions, nous appréhendons la vie avec une paire de lunette fumée ( parfois en rose, parfois en blues ). La lentille de ces lunettes teintées sont les croyances erronées.

Lunettes fumées

Qu’est-ce qu’on fait de cela? Et bien, vous commencez à me connaitre… prochaine billet!

D’ici là, bonnes semaines et bonne lecture!

 

Dr Sara-Maude Joubert, psychologue