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Aujourd’hui, j’ai envie de discuter avec vous du merveilleux sujet des émotions humaines. Ces « bibittes » parfois très inconfortables qui colorent nos journées et nos interactions.

     Plus particulièrement, j’ai envie de vous parler des émotions primaires, celles que tous les humains partagent peu importe leur lieu de naissance sur la Terre. Il y en a 5 : la joie, la colère, la peur, le dégoût et la tristesse. Toutes les autres, sont en fait des combinaisons de ces cinq émotions de base (par exemple : le mépris est un mélange de colère et de dégoût).

     L’article d’aujourd’hui vous parlera du rôle primordial de chacune d’entre elles pour notre survie et notre ajustement psychologique/comportemental. En gros, aujourd’hui, je vais vous expliquer pourquoi on vit ces émotions, pourquoi elles ne sont pas dangereuses/ des obstacles (même si elles sont parfois désagréables), quand elles peuvent devenir dangereuses et comment elles ont un influence sur notre choix et nos comportements

La joie

Pourquoi vivons-nous de la joie, du plaisir? Je veux dire… réellement, pourquoi éprouvons-nous de la joie comme animal-humain? La joie est l’émotion qui nous indique que, dans notre environnement immédiat, il y a quelqu’un ou quelque chose qui est agréable/source de plaisir/profitable pour notre survie. C’est notre système d’alarme interne qui nous encourage à répéter un comportement qui est bon pour la survie de l’espèce. Sceptique? Pensez à manger des fruits sucrés (besoins nutritionnels), faire l’amour (procréation), avoir une conversation passionnante avec une collègue (besoin d’affiliation), etc.

     De manière naturelle, très peu d’entre nous avons tendance à penser que la joie est un obstacle à notre bien-être, que cette émotion est dangereuse. Pourtant, comme pour toutes les émotions primaires, il faut se méfier de sa présence à l’extrême. En effet, dans son expression la plus intense (ce qu’on appelle être en état maniaque), la recherche de joie « à tout prix » peut motiver des conduites auto-destructives comme la consommation de substances psychoactives, des décisions impulsives ou encore, un sentiment d’euphorie et de toute puissance malsains. Cet état (la manie), qui est généralement lié à une condition médicale (il y a une game neurologique qui est derrière tout cela), est gérable surtout avec l’aide de médicament. Au niveau psychosocial, la personne qui est « high » apprendra à reconnaître les symptômes d’une crise et à déployer des moyens de gestion qui sont sains. 

La colère

S’il y a bien une émotion que vous entendez de plus en plus parler sur le blogue, c’est bien la colère. Cette émotion que nous partageons avec les autres espèces du règne animal a pour but de nous indiquer que nous sommes attaqués. Notre territoire (physique ou psychologique) est en train de se faire envahir et notre cerveau, via ses canaux informatifs sensoriels/perceptuels, génère de l’énergie visant à activer nos muscles pour nous défendre. Ainsi, avoir la mâchoire serrée, les jointures blanches, l’envie de frapper ou de mordre, avoir de la verve dans notre langage sont autant de manifestations physiologiques et comportementales de la présence de la colère, de la présence de cette énergie. Vous comprendrez que cette émotion est plus qu’utile dans l’idée que notre espèce tente de survivre au passage du temps. Un autre homme des caverne zyeutent vos réserves de nourriture? Bienvenue la colère! Elle sera des plus utiles pour décourager votre opposant dans ses démarches. La colère sert à protéger nos ressources et nos besoins fondamentaux (physiques et psychologiques) en plus de servir à nous indiquer que quelqu’un ou quelque chose nous attaque/nous manque de respect/fait atteinte à notre intégrité.

      Celle-ci est probablement l’émotion dont les gens semblent avoir le plus peur et, à quelque part, c’est compréhensible. L’excès de colère peut mener à des comportements graves de violence qui sont proscrits par la Loi (harceler quelqu’un, frapper quelqu’un, etc.). Combien de fois avons-nous vu à dans les nouvelles ou sur les médias sociaux les dérapages de la colère? Pourtant, ce qui est réellement dangereux, c’est de faire fi de celle-ci (ou de ne pas la reconnaître lorsqu’elle se présente à intensité faible) et de la laisser monter à un niveau d’intensité qui devient difficilement contrôlable. Rappelez-vous, la colère… en gros, c’est de l’énergie. Canaliser une grosse source d’énergie est clairement plus difficile que de canaliser une petite source d’énergie. Il est ainsi très avantageux de la repérer rapidement, d’identifier les raisons de sa présence (où est l’intrusion ressentie?) et de mettre ses limites de manière socialement acceptables.

     À l’inverse, une absence de colère peut également être dangereuse. Étonnant, non? En fait, ne pas ressentir sa colère ou, pire, que cette dernière ne soit même pas déclenchée alors qu’une menace est présente dans notre environnement nous place en grande situation de vulnérabilité. Nous sommes alors littéralement sans défense – incapable de s’affirmer ou de protéger nos besoins fondamentaux.

La peur

La peur, l’anxiété… est-ce que j’ai vraiment besoin d’en rajouter? Pour ceux et celles qui n’ont pas lu les autres articles sur le sujet, je vous oriente vers ses textes-ci (de mon crû) pour comprendre le pourquoi du comment de la peur.

Pourquoi c’est utile? ICI

Comment ça marche? ICI

Quand ça dérape? ICI

Quoi faire avec ça? ICI

Le dégoût

Le dégoût, c’est quand on a une très grosse envie de faire « ouach!». On a une moue particulière au niveau du visage qui indique à tout le monde autour que ce qu’on pense ou ce qu’on observe est à vous retourner l’estomac. En ce sens, contrairement à la joie, le dégoût est utile pour nous décourager à nous mettre dans des situations qui sont potentiellement dommageable pour notre survie : manger quelque chose de pourri, être témoin de comportements d’abus, voir les viscères humaines (observer des vidéos de chirurgie, par exemple), vous voyez le genre? DÉ-GUEU-LASSE! Elle motive des comportements de rejet qui peuvent s’avérer très salutaires.

    Cette émotion n’est pas dangereuse en soi, bien qu’elle est ultra désagréable à vivre. Là où elle devient dangereuse, en fait, c’est lorsqu’elle est provoquée par des croyances erronées ou encore, par des stéréotypes. Pensez aux comportements de racisme et de discrimination… également, il semble avoir des liens très étroits qui l’unissent à la colère. Ainsi, haine et dégoût peuvent formé des combos dangereux qui peuvent pousser l’Homme à déshumaniser son semblable (rejeter à l’extrême, en reniant les caractéristiques même de son humanité, l’autre). Le dégoût et la colère mènent au mépris. C’est une porte d’entrée de la violence.

La tristesse

Enfin, la tristesse. Émotion douce et amère qui fait office du « dernier rempart » émotionnel. Qu’est-ce que je veux dire par là? La tristesse est le langage universel de l’Homme pour demander de l’aide. Imaginez-vous que vous êtes parachuté dans un pays où vous ne connaissez rien de la culture et du langage. On vous parachute, par exemple, au Iles Mout-Mouts. Vous ne parlez pas le moumoutais (?) et vous n’avez aucune idée de la ville où vous êtes. Imaginez, pire, que les Mout-Mouts ont comme coutume de dire bonjour en se donnant un coup de bâton. Je paris qu’en peu de temps, vous seriez en petite boule dans un coin à pleurer votre vie et… étonnamment, ce comportement serait peut-être le premier que les Mout-Mouts comprendraient de votre part : ça ne va pas. Penses-y, démontrer de la tristesse ou encore, sa vulnérabilité/son humanité est un comportement qui pousse notre interlocuteur à se rapprocher de nous. Il donne envie à l’autre de prendre soin de nous.

Do Simon And Garfunkel Know That 'Hello Darkness My Old Friend ...

Malgré le beauté et la délicatesse de cette émotion (oui, oui, même quand on renifle et qu’on hoquette en pleurant), celle-ci, lorsque trop présente, peut taxer énormément la santé d’une personne. La tristesse en excès s’appelle un épisode dépressif majeur. Elle se soigne par le passage du temps, mais il est fortement recommandé de demander de l’aide pour la y mette fin au plus vite. Le combo thérapie-médication est, d’ailleurs, ce qui est le plus efficace pour rebondir rapidement.

Aussi, il faut bien le dire, être constamment triste peut aussi nous jouer des tours. Alors que la tristesse encourage un comportement d’approche de la part de nos pairs, être constamment triste peut aussi amener les autres à vouloir nous rejeter. À leur défense, tenter d’aider quelqu’un en vain, c’est sacrément difficile pour son propre moral. Cela fait souvent sentir impuissant et l’impuissance, mes chers lecteurs, c’est vécu comme étant indésirable (en soi-même, et souvent socialement).

Mot de la fin

Vous l’aurez compris, toutes nos émotions sont saines et utiles! Toutes. Ce sont nos outils d’animaux-humains qui nous permettent d’analyser notre environnement souvent même avant que notre cerveau comprenne ce qui se passe. Aucune d’entre-elles n’est dangereuse. En fait, plus nous nous acclimatons et reconnaissons nos différentes émotions quand elles se présentent, plus nous sommes en mesure d’agir avec celle-ci d’une manière adaptée : nous les considérons pour l’information qu’elles nous donnent de notre environnement, et nous faisons des choix sur la base de ces nouvelles informations acquises.

Même, être proactif par rapport à nos émotions, être capable de les reconnaître rapidement et de développer des comportements dans notre environnement pour enlever la menace (colère, dégoût, anxiété) ou encore, pour demander de l’aide (tristesse) s’avèrent LA stratégie de gestion par excellence. Elle nous garantie de ne pas accumuler nos émotions et que ces dernières deviennent trop (trop présentes, trop intenses, etc.). Ces comportements peuvent être de plusieurs natures comme :

  • Avoir de bonnes habiletés verbales.
  • Avoir un langage corporel congruent avec nos paroles et nos intentions (posture adéquate, regard direct, etc.).
  • Connaitre les ressources syndicales/gestions humaines de notre employeur.
  • Faire de la résolution de problèmes.
  • Contrôler momentanément les circonstances/l’environnement.
  • Émettre des comportements d’auto-réassurance (self-soothing : écrire dans un journal intime, se serrer dans ses propres bras, prendre une douche chaude, etc.).
  • Demander de l’aide.
  • Etc.

Bonnes semaines à vous,

Dre Sara-Maude Joubert, psychologue