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Après avoir déjà parlé de long en large de ce qu’est l’anxiété et de comment on peut y remédier, voici un article qui s’adresse à votre tendre moitié. Conjoint(e)s de personne anxieuse… comment allez-vous? Et, je ne questionne pas votre anxiété, mais bel et bien votre colère. Comment se porte-t-elle? Les conjoint(e)s anxieux qui sont en train de lire ces lignes seront peut-être surpris(es) de cette question. Mon conjoint, fâché de mon anxiété! Non, non Dre Joubert! Vous vous trompez. Mon conjoint est une perle qui est toujours à mon écoute et toujours présent pour me rassurer. Et bien… surprise! Aujourd’hui, nous allons parler de la dynamique d’anxiété et ses répercussions sur la vie conjugale (même quand notre conjoint(e) est aux petits oignons avec nous!).

La dynamique anxieuse, en solo

Vous vous rappelez de l’article sur l’intolérance à l’incertitude? L’anxiété, et cela, peu importe ces différentes manifestations (un TOC, une attaque de panique, une phobie, etc.) se nourrit de deux choses – l’évitement et les réassurances. Autrement dit, l’anxiété, c’est une machine malheureusement bien huilée qui s’actionne avec des comportements (se distraire, planifier, contrôler, refuser de déléguer, vérifier, demander, se cacher, s’isoler, etc.) qui ont la fâcheuse habitude de « prouver » à notre cerveau que nous avons raison de craindre ce que nous craignions. Ainsi, les pensées anxiogènes (c’est-à-dire qui causent l’anxiété) sont d’autant plus propices à poper dans notre tête.

La personne anxieuse qui vit cette mécanique infernale passera, typiquement, par plusieurs étapes. Premièrement, lorsque le trouble anxieux est déclenché depuis peu, la personne va s’activer et tenter de résoudre ses sources de stress avec lesdits comportements problématiques de réassurances et d’évitement. Sans le savoir, elle va investir énormément d’énergie à combattre quelque chose qu’elle est en train de nourrir. Elle va – typiquement – commencer à présenter des symptômes en lien avec l’anxiété comme de la fatigue, de l’irritabilité, des difficultés de sommeil ou des tensions musculaires. à la longue, parce que le corps se fatigue lui aussi d’être constamment et de plus en plus souvent en mode « c’est la guerre » à chaque pensée anxieuse, la personne va commencer à présenter des symptômes d’épuisement et de dépression. Elle aura besoin de dormir un nombre impressionnant d’heures par jour pour être en forme. Elle n’aura plus envie de faire des choses qu’elle aime habituellement. Elle aura toute sorte de maux physiques comme des maux de ventre, des douleurs fantômes, des maux articulaires. Elle peut être plus sensible et pleurée fréquemment. Par-dessus tout, de pas le phénomène d’épuisement physique, se reposer un ou deux jours ne sera pas suffisant pour l’aider à reprendre son train-train quotidien.

C’est là qu’on entre dans la deuxième phase. La personne va commencer à développer des pensées à l’effet qu’elle « est une moins que rien »/ « qu’elle est impuissante face à sa crainte »/ « qu’elle est faible et qu’elle a raison d’avoir peur», etc. L’idée, vous l’aurez compris, c’est que la personne – de par ses symptômes d’épuisement – va accumuler « des preuves » à l’effet qu’elle n’est pas à la hauteur de ce que la vie lui met sur son chemin ou/et que la vie est simplement trop difficile à vivre peu importe qui nous sommes. Elle va développer une croyance interne, profonde, qui porte sur sa personne et sur sa valeur personnelle. Cette croyance peut avoir des effets très néfastes sur la résurgence de l’anxiété, mais aussi sur l’apparition de d’autres complications émotionnelles.

Enfin, la troisième phase. La personne a maintenant une nouvelle croyance par rapport à qui elle est (anxieuse et faible) et quelle est sa valeur intrinsèque (moindre!). Elle va donc commencer à développer des règles internes, plus ou moins consciemment, pour cacher, combattre ou pallier à l’image qu’elle a d’elle-même.

Une règle interne = les pensées qui commencent par «il faut que…» ou « ça doit»

Peut-être commencera-t-elle à croire qu’elle doit travailler deux fois plus fort que les autres pour arriver à un résultat comparable… peut-être croira-t-elle qu’elle doit éviter toutes les situations qui sont susceptibles de la mettre en danger (elle est si faible… ). Dans certains cas, les croyances internes et profondes que l’anxieux a sur lui-même seront tellement ancrées qu’il se soumettra à ces pensées. Il s’identifiera à celles-ci. Cette troisième étape, qu’on pourrait appeler celle de la compensation, prédispose à ce que la personne soit de plus en plus anxieuse puisque les comportements pour se mettre en sécurité ou pour cacher que nous ne sommes pas si faibles que cela sont des comportements qui agiront également comme évitement ou réassurance. L’art d’amener de l’eau au moulin… Cette dynamique qui cause des troubles anxieux seraient super fréquente chez monsieur et madame tout-le-monde. On parlerait qu’environ 30% de la population générale serait aux prises de ce cercle vicieux qui a des conséquences profondes sur l’estime et l’image de soi et sur la perception qu’on a du monde/l’environnement.

La dynamique anxieuse, en duo

On s’entend, ce que je décris plus haut, ce n’est pas du gâteau. Il n’y a clairement rien d’agréable pour la personne anxieuse. Mais le/la partenaire, lui/elle? Rien de drôle non plus. On se rend compte, en fait, que le partenaire et souvent, le couple développe un sentiment d’impuissance très important par rapport aux comportements et aux symptômes anxieux de l’allergique à l’incertitude.

Pourtant, au départ, le partenaire a tendance à embarquer dans la dynamique anxieuse sans le savoir avec plein d’énergie et de bonnes intentions. Il/elle cherchera à solutionner les problèmes qui causent de l’anxiété, réassurer son amoureux/se, à offrir des solutions de rechange (éviter), faire à sa place et ainsi de suite. Les partenaires vont tranquillement établir un pattern graduel de déresponsabilisation du partenaire anxieux. L’anxieux passe alors d’une position conjugale réciproque (équivalent) à une position conjugale passive où l’autre doit prendre soin de lui/elle soit en lui permettant d’éviter ou en lui permettant de contrôler son environnement. Cela est un ingrédient MAJEUR pour le maintien du problème. L’amoureux/se permettra de soulager sa moitié de l’anxiété à court-terme, mais maintiendra les croyances à l’effet qu’elle est faible/incapable et qu’elle a donc raison d’avoir constamment peur. Par ailleurs, en faisant les choses à sa place ou en la réassurant, l’amoureux/se empêche également son aimé d’accumuler des preuves à l’effet que son cerveau lui joue des tours et qu’elle est tout à fait capable et compétente face aux défis que lui envoie la vie. Par ailleurs, non seulement n’aidera pas l’anxieux à être plus tolérant face à l’incertitude de la vie, mais au niveau conjugale… ouf! bonjour la relation d’étayage ou, comme j’aime bien le dire, la relation maman-ado/papa-petite-fille.

Au niveau du vécu du partenaire, très logiquement, commencera à se développer des frustrations et de la colère. Toutes les stratégies misent en place se soldent en échec. Comment peux-tu être toujours anxieux(se) alors que je suis là à faire des mains et des pieds pour t’aider? Comment peux-tu être encore anxieux/se alors que je m’occupe de tout? Le sentiment de valorisation qui était présent au début (du fait de tout faire et d’aider son aimé(e)) fond comme de la neige au soleil pour laisser de la place à de la colère et souvent, des reproches.

Aller consulter en couple? Mais ce n’est pas moi qui est anxieux!

Effectivement, ce n’est pas vous la personne anxieuse. Pourtant, comme nous venons de le voir, vous avez un rôle majeur et beaucoup de pouvoir sur la santé de votre partenaire et sur votre plaisir conjugal. Également, comme vous faites parti de environnement de la personne anxieuse, vous êtes aussi le/la plus susceptible de vivre les conséquences de cette difficulté émotionnelle – pour le meilleur et pour le pire. En ce sens, la littérature scientifique recommande autant la thérapie maritale spécifique pour le trouble anxieux, la thérapie de couple ou les interventions assistées par le partenaire pour défaire cette dynamique relationnelle problématique.

Toujours pas convaincu? Alors peut-être n’avez-vous pas envie que ça change dans votre couple? Peut-être y-a-t-il des bénéfices à ce que votre douce moitié soit un paquet de nerfs?

Typiquement, le trouble anxieux d’un partenaire se maintien dans le temps car il est utile pour le couple et cela, même en dépit des chicanes ou de la frustration qu’il peut créer chez les deux partenaires. Souvent, il y a un échange, par exemple : le partenaire anxieux – par ses demandes de réassurances – gonfle l’égo de son/sa conjoint(e) qui se retrouve dans une position de puissance… dans une position de donneur de soins. En contre-partie, le partenaire qui prend soin communique à sa/son belle/beau comment il/elle est aimé(e) et en sécurité à ses côtés. Ainsi, l’anxiété sert à la fois à valoriser et à communiquer. Autre exemple : le partenaire anxieux qui est constamment en train d’éviter les sources de son anxiété en s’encabanant dans la maison permet à son partenaire d’avoir une « bonne raison » pour refuser des demandes et mettre des limites aux autres membres de sa famille – il sert d’excuse. En contre-partie, le conjoint non-anxieux légitimiste les comportements d’évitement de son aimé.

Que fait-on avec ça, docteure?

1 – Se questionner, quels sont les avantages pour moi qui viennent avec le fait que mon partenaire soit anxieux?

Est-ce que j’aime être le pilier dans le couple? Est-ce que cela me donne du pouvoir? des territoires supplémentaires? du contrôle? Est-ce que cela me permet de ne pas avoir à faire de compromis, d’être celui ou celle qui choisit tout? Est-ce que ça me faire me sentir utile? Est-ce que ça me valorise? Se poser ces questions, c’est essentiel pour réellement aider votre couple à aller mieux et votre partenaire à profiter de la vie sans tracas. Une fois que vous aurez trouver le ou les éléments qui vous appartiennent et qui contribuent à maintenir l’anxiété dans le couple, il est efficace d’en parler avec son conjoint et de s’aider à dénoncer (avec amour et tendresse!) les comportements qui y sont rattachés. Après tout, nous avons tous un angle mort lorsqu’il est question de se voir aller. Apprendre à mettre en place une nouvelle dynamique conjugale passe nécessairement par la modification de chaines de comportements rétroactives. Peut-être vous ne vous rendez pas toujours compte que c’est vous qui choisissez le resto à chaque sortie. Je suis prête à parier que votre partenaire, elle/lui, s’en rend compte!

Plus que de dénoncer – avec gentillesse et amour, toujours! – ces comportements, il est utile que le couple regarde ensemble pourquoi vous avez envie de prendre le contrôle/vous valoriser/vous activer à ce moment précis? Parler du vrai problème est 100% plus efficace pour votre santé conjugale et sexuelle, croyez-moi!

2- Adopter l’attitude du miroir.

L’attitude du miroir, c’est l’art de dire à son/sa conjoint(e) anxieux(se) son comportement sans la juger ou donner une connotation négative à son observation. C’est la capacité à faire une douce remarque, avec humour, qui attirent l’attention de l’anxieux sur le comportement de réassurance ou d’évitement qu’il s’apprête à émettre. C’est de refléter combien il serait utile pour la personne anxieuse que sa proposition soit adoptée… si son but c’est d’éviter ce qu’elle craint!

Plus que de refléter les mécanismes individuels qui maintiennent la dynamique anxieuse, votre job chers(es) conjoints(es), c’est d’établir un contrat de communication dans le couple où vous vous entendez à changer la dynamique anxieuse en aidant l’anxiété à conscientiser les pièges dans lesquels il tombe.

3 – Adopter l’attitude du cheerleader.

On s’entend, travailler son anxiété, c’est quelque chose de difficile. Ça demande beaucoup de courage et de détermination. Évidemment, votre partenaire ne sera pas parfait en touts points. Il/elle va se commettre dans des comportements d’évitement et de réassurance à certains moments, même si ces derniers alimentent le problème. En ce sens, il peut être très utile d’être le/la cheerleader de son amoureux(se) dans les moments de découragement, de peurs ou de doutes. Notamment, faire des exercices d’exposition avec lui/elle, être solidaire dans les défis qu’il ou qu’elle a surmontés sont autant de manières d’offrir votre soutien et votre amour.

Bien à vous,

Dre Sara-Maude Joubert, psychologue