COUPLES EN CRISE : Mon partenaire a une maladie grave ou a vécu un accident

Avez-vous lu le blog de Mélissa Fay? Mélissa, je me permets de la tutoyer car je me sens proche de cœur avec elle, était une femme d’un courage époustouflant. Oui, était. Elle est malheureusement décédée le 21 avril 2020 avec l’aide médicale à mourir, procédure de compassion administrée par le professionnel médical québécois.

Je parle d’elle aujourd’hui, car dans la couverture médiatique qui a suivi l’annonce de son décès, son conjoint, Frédéric Lemire, aurait repris la journaliste lorsque cette dernière s’adressait à lui : il n’a pas été l’aidant-naturel de sa femme. Il a été l’aimant-naturel. Jamais de meilleurs mots ont été nommés pour décrire ce que plusieurs conjoint(es) vivent lorsque son/sa partenaire traverse des épreuves au niveau de sa santé physique.

Quand un des membres du couple vit un accident/une maladie

Non seulement, il faut gérer la maladie/l’accident, mais en plus le couple doit se ré-organiser. L’accumulation de facteurs de stress qui est attendue dans les premières périodes post-accident perdurent souvent dans les maisonnées. Imaginez, vous vivez de l’inquiétude pour l’état de santé de votre partenaire. Vos journées sont rythmées au gré des rendez-vous médicaux et des tests. Vous entendez une panoplie d’avis médicaux où chacun ose s’avancer sur un pronostic de rétablissement (parfois pareils, parfois différents). Vous vous attendez à vivre cette tempête. Vous vous dites qu’elle n’est que temporaire. Quelle surprise vous avez quand vous réalisez que, de retour à la tranquillité de votre maison, les choses ont changés… peut-être pour de bon.

Vous qui aimiez lambiner dans le lit en amoureux le matin, peut-être avez-vous la surprise de vous réveillez dans un lit vide parce que vous faites chambre à part (les douleurs de votre partenaire augmentent quand vous bouger le matelas en vous retournant). Vous qui installiez le jardin au printemps ensemble, peut-être vous retrouverez-vous seul(e) à quatre pattes dans la terre cette année. Vous l’aurez compris, suite à un accident ou une maladie grave, l’équilibre et les repères du couple se retrouvent fortement ébranlés. Cette adaptation forcée est associée à des symptômes anxio-dépressifs chez les deux partenaires, ce qui en retour, baisse la satisfaction conjugale du couple. Autrement dit, quand ça va mal, ça va mal.

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Confrontés à une telle adaptation, qui souvent, s’imposent pendant plusieurs mois (voir des années!), plusieurs couples se transforment, quittent la relation de réciprocité qu’ils ont construits pendant des années (donnant-donnant) et développent une relation d’aidant-aidée.

Passage obligé : de partenaires égaux à lien de dépendance

Il faut comprendre, un couple qui fonctionne est formé de deux personnes qui ont des transactions ressenties comme étant kif-kif. C’est ce qu’on appelle une relation de réciprocité.

Par exemple :

  • Je donne de la réassurance à mon partenaire car je suis une personne hyper organisée. En échange, il me donne de la détente et de la spontanéité car il est une personne très énergique.
  • Je donne de l’intimité et de la reconnaissance personnelle. Il/elle me donne un cercle d’amis et une vie sociale plus riche.
  • Je donne une stabilité financière, il/elle me donne de la fierté (il/elle est tellement beau/belle!).

Un contrat plus ou moins explicite existe entre chaque couple, chaque duo, qui régit les frontières du couple (sommes-nous exclusifs ou ouverts à d’autres partenaires? À quel point laissons-nous de la place à la belle-mère dans notre couple?), les règles de fonctionnement (Est-ce qu’on se parle ou on se tire des objets lorsqu’on est fâché? Qui fait quelles tâches ménagères? Qui s’occupent de la discipline des enfants et comment?) et les territoires respectifs (À qui appartient le salon? À qui appartient la cuisine?). Ce contrat, qui est à la base de l’union conjugal, est le fondement même de l’équilibre du couple et c’est justement dans ce contrat, que l’accident ou la maladie va venir brouiller les cartes.

Sans surprise, devenir aidant-naturel de son partenaire est décrit dans les études comme étant une tâche difficile, d’une durée incertaine et qui est souvent obtenue abruptement.

Être aidant-naturel, c’est faire des tâches de soutien envers son partenaire qui vont au-delà du contrat de base du couple puisqu’il s’agit de donner du soutien psychologique et du soutien physique/fonctionnel de manière continue. Autrement dit, on devient un genre de béquille-humaine. C’est une responsabilité qui change la vie, qui bouffe du temps.

La lourdeur de cette responsabilité est tributaire à l’humeur du partenaire (l’aidé) et de son degré de dépendance fonctionnelle (est-il capable de se laver seul, par exemple). Comme il est rare qu’une personne ne développe pas de symptômes anxio-dépressifs, voire un trouble dépressif ou un trouble de stress post-traumatiques suite à un accident ou une maladie… je vous laisse imaginer la lourdeur de la tâche. Par ailleurs, c’est sans compter l’ajout d’incapacités physiques, de douleurs chroniques résiduelles, etc.

Les études comparent le fait de devenir un aidant-naturel au processus du deuil, dans le sens que c’est une adaptation qui se fait par phases, qui prend du temps, qui implique une perte ( « comme avant » n’existera plus ), qui jette les individus dans la nouveauté et l’inconnu et qui occasionne une cassure par rapport aux rôles sociaux (être le chum de…, ça veut dire X ou lieu d’Y). Ce processus est d’autant plus difficile que le partenaire-aidant devient « le gardien de la continuité » dans le couple et la vie familiale, en dépit des changements qu’entraînent la maladie ou l’accident.

Être le/la gardien(ne) de la continuité? = Être celui ou celle qui s’organise pour qu’on soit capable de vivre le plus possible « comme avant ».

Il est d’ailleurs démontré qu’il est plus difficile de s’adapter à ce nouveau rôle lorsqu’on est le parent ou conjoint(e) du blessé/malade car nous perdons, en plus de tout le reste, un partenaire financier, un co-manager dans la maison, un vis-à-vis pour l’éducation des enfants, un partenaire sexuel, un confident, etc. Nous perdons notre appuis, un de nos repères dans la vie. Sur le plan psychologique et relationnel, cette transition s’accompagne souvent d’un passage d’un couple réciproque à un couple d’étayage.

Des défis pour les deux

Défis de l’aimant-naturel

Tout ce que j’énonce jusqu’à présent, ce n’est pas jo-jo. L’aimant-naturel, confronté à autant d’adaptation, d’incertitude et de responsabilités développe très souvent des sentiments ambivalents par rapport à son partenaire.

  • Je t’aime de tout mon cœur et je suis inquiet pour toi, MAIS je suis aussi frustré car je fait tout, tout seul.
  • Je souhaite t’aider et diminuer le plus possible ta douleur, MAIS qui s’occupe de ma douleur à moi?

Ces émotions contradictoires peuvent devenir assez importantes pour créer du ressentiment envers le malade qui est perçu comme « se laissant vivre », comme ne faisant pas de véritables efforts. L’aimant-naturel se sent souvent très seul dans la maison et dans son couple. Un sentiment d’isolement ou d’être en train d’étouffer sont fréquents.

En réponse à cette souffrance, les études décrivent comment les aimants-naturels ont tendance à développer des croyances erronées, qui malheureusement, peuvent jouer des tours au couple, comme par exemple :

  • Idéaliser le futur, avoir des attentes irréalistes par rapport au projet « revenir comme avant ».
  • Croyance que si je dévoile mes émotions, je vais perdre le contrôle/je ne gérerai plus rien.
  • Inquiétudes à laisser mon partenaire seul à la maison, à avoir une vie à l’extérieur du couple.
  • Croyances comme quoi « le couple devrait être capable de palier à tout ». La croyance que « ensemble, nous sommes plus forts que la maladie » ou encore que « si j’aime mon partenaire réellement, je devrais être capable de faire telle ou telle chose ».
  • Croyances que les soins institutionnalisés ou médicaux ne sont pas de qualité comparable à ce qui est donné par moi-même.

Défis de la personne malade/accidentée

Quoi dire? En plus de la douleur, des démarches médicales, de l’inquiétude par rapport à sa santé physique et le respect de son intégrité personnel, la honte, la culpabilité et la peur font souvent partis du tableau clinique. L’aidé voit sa vie chamboulée et se rend compte qu’il n’est plus en mesure de remplir sa part du contrat conjugal comme avant (les relations sexuelles, le partage des tâches à la maison, etc.).

Cette cassure dans le fonctionnement provoque la peur de se faire quitter par son amoureux « qui va se tanner » ou encore, la peur de se faire tromper. Souvent, ces émotions vont promouvoir des comportements de rejet de l’aide (vouloir se montrer fort et capable – faire des tâches dans la maison qui demandent trop pour la capacité réelle du malade), de cachotteries (pleurer en cachette, par exemple) ou de faire semblant (faire semblant de ne pas avoir mal, par exemple).

Le couple à-mal

Le vécu des deux partenaires, lorsqu’il s’organise ensemble et créer des boucles de rétroactions peut handicaper sérieusement la relation conjugale. Ainsi, non seulement les partenaires souffrent individuellement de l’accident ou de la maladie, mais ils souffrent dans leur couple.

Pour éviter l’épuisement des membres du duos et pour favoriser l’adaptation des individus dans ces épreuves injustes et imprévues de la vie, la thérapie de couple peut être une option vraiment intéressante.

Des pistes de solutions

  • Être gardiens de la continuité, ensemble.

L’idée, c’est de maintenir nos repères d’avant le plus possible. Nos repères personnels (qui je suis, à mes yeux à moi?) et nos repères de couple (quel genre de couple sommes-nous?). On veut focusser sur ÊTRE et non sur FAIRE.

J’étais une personne qui aimait faire du sport et partir à en camping mais maintenant ma main droite ne ferme plus (donc adios le tennis, adios monter sa tente, adios partir un feu, etc.)? Focusser sur ÊTRE et non FAIRE. Faire du camping, c’est une façon de démontrer son être (être actif). Vous avez maintenant le défi d’être actif d’une autre façon (faire de la course à pied, prendre part à une chorale, aller à l’Université du 3e âge, etc.).

Nous étions un couple qui aimait voyager et aller se la couler douce dans les pays chauds? Maintenant que ma conjointe à un cancer, impossible de quitter notre patelin? Vous avez le défi de continuer à ÊTRE aventuriers.

  • Maintenir l’autonomie de la personne malade/accidentée, le plus possible.

Oui, l’autonomie physique, mais par pitié : aussi l’autonomie psychologique! Respecter ses recommandations médicales, faire ses traitements (parfois douloureux), faire le plus d’efforts possibles pour aller chercher des gains physiques : oui! oui! oui! Bien que dans le quotidien, c’est pratique avoir un aidant qui va chercher notre verre d’eau pour nous quand on a soif, rappelez-vous que cette joie est de courte durée et très pauvre lorsqu’on la compare à la joie d’avoir un couple solide, amoureux, ou encore à la joie de recommencer à faire ses activités comme avant.

Sur le plan psychologique, n’oublions pas que d’être malade ou blessé ne veut pas dire que nous devenons des enfants! Prendre ses décisions soi-même, continuer de s’occuper du budget de la famille, continuer à être un parent qui met en place les pratiques disciplinaires de la maison, prendre responsabilité de ses émotions et de son plan de rétablissement… voilà autant de sphères où l’Homme a du pouvoir, où le partenaire rencontre sa part de contrat dans le couple.

  • Développer et consolider les territoires du couple, comme la sexualité et l’intimité relationnelle.

Vous désirez sentir que la vie est le plus possible comme avant? Ré-inventer et adapter vos activités, lieux et interactions conjugales afin que vous vous sentiez émotionnellement connecté un à l’autre.

Vous avez un port-o-lift pour aller prendre votre bain et maintenant, l’activité est pas mal moins sexy? Rien n’empêche votre aimé(e) de vous donner un massage de dos, de mettre de la musique douce ou encore, de vous organiser un setup pour vous relaxer (magasines, chandelles, lumières tamisées, etc.). Pas besoin d’avoir un rapport sexuel avec pénétration pour se sentir aimé et un couple… je dis ça juste comme ça!

La chambre des maîtres était votre lieu de ressourcement à la fin de vos journées de travail et maintenant, vous faites chambres à part? Pas grave, est-ce que le déjeuner peut devenir votre moment sacré? Est-ce qu’il est possible de développer des activités VIP pour le couple (avoir l’habitude de jouer à des jeux de société après souper, tranquilles – faire un feu dehors en amoureux, etc.).

  • Être à l’affût de nos tendances personnelles et de nos croyances erronées.

Ici, je m’adresse aux Germains et Germaines de ce monde. À ceux, malades ou aimant-naturels, qui se sur-responsabilisent et qui se font à-croire que tout repose sur leurs épaules. C’est faux. Vous avez le droit de pleurer, vous avez le droit de ne pas avoir envie de faire telle chose, vous avez le droit de demander de l’aide. Adhérer à cette croyance à l’effet que vous devez être le pilier, coûte que coûte, est LA croyance la plus susceptible de déclencher une dépression et de gâcher votre couple.

Un truc qui peut être très utile pour les couples, c’est de développer un contrat de communication. Peut-être vous ne vous rendez pas toujours compte quand le Germain en vous se présente. Je parie que votre conjointe, elle, oui! Trouvez un mot de passe, un code – quelque chose qui vous fait rire ou qui vous rappelle combien vous vous aimez, pour signifier gentiment à l’autre que le Germain ou la Germaine n’est pas le/la bienvenu(e).

  • S’entourer de personnes-ressources.

Enfin, dernière recommandation et non la moindre : demander de l’aide aux intervenants qui gravitent autour de vous. Les médecins, les ergothérapeutes, les physiothérapeutes, les psychologues, les infirmières, les groupes de soutien, etc. C’est ultra important. Vous, le couple, avez à traverser une des épreuves les plus difficiles de la vie. C’est normal d’avoir besoin d’aide pour comprendre ce qui se passe ou pour trouver des trucs pour contourner les difficultés.

À bon entendeur,

Dre Sara-Maude Joubert, psychologue

Émotions et saisons : qu’en est-il vraiment?

     OH. MY. GOD. C’est la canicule cette semaine et honnêtement j’étais enchantée lundi, mais maintenant je n’en peux plus! La température exceptionnelle que nous avons cet été m’amène à vous parler des saisons, des cycles d’ensoleillement et de ce qui est communément appelé « la dépression saisonnière ».

 

Mais qu’est-ce que c’est, docteure?

      Je pense qu’à chaque année, depuis 3 ou 4 ans, il y a des personnes dans mon entourage ou au bureau qui m’arrivent avec l’hypothèse qu’ils font surement une dépression saisonnière. Et ils ont de bons arguments! Ils m’annoncent cela généralement lorsque nous sommes l’hiver ou l’automne, ils feelent déprimés (moral moins heureux qu’à l’ordinaire), ils se décrivent plus stressés et n’ont pas envie de faire leurs activités de la vie quotidiennes. Raconté comme cela, j’avoue que ça pourrait ressembler à la dép. saisonnière (appelée SAD en anglais – seasonnal affective disorder – ce qui forme l’acronyme « triste »).

      Malgré ces points forts convaincants, je ne peux m’empêcher de lever légèrement un sourcil et de cacher un petit sourire. C’est à ce moment-là, généralement, que je vais leurs poser des questions complémentaires : « Ouin, mais penses-tu que ça l’a rapport avec ta session universitaire très chargée aussi? », « Penses-tu que ça pourrait s’expliquer par le fait que tu as arrêter la course à pied, cet hiver? », « ouin, je comprends ce que tu veux dire… mais ce qui s’est passée avec ton chum la semaine dernière n’aide pas non plus à se sentir heureuse ». Vous comprenez la logique? Les saisons d’automne et d’hiver sont les saisons de l’année généralement les plus chargées en tâches et responsabilités dans les foyers québécois. Travail, maison, enfants, cours para-scolaires, organisation des activités de la vie quotidiennes et des activités estivales (Noël, par exemple)… il n’est pas étonnant que la batterie se vide tranquillement et que notre sourire rayonnant post-vacance soit un peu moins éclatant.

    Par ailleurs, la dépression saisonnière, en fait, n’est pas un diagnostic psychiatrique reconnu. On va plutôt parler d’un trouble dépressif majeur (pleurs ou mélancolie, perte de l’envie de faire les choses qu’on aime habituellement… le tout accompagné d’une belle brochette de symptômes et de maux physiques) qui a une spécificité saisonnière. On parle donc de symptômes d’une « vraie » grosse dépression qui fait broyer du noir et cela, pendant au moins 3 semaines d’affilées et qui, sans qu’on sache pourquoi, a des rémissions spontanées au début du printemps (ou à chaque année, pour les dépressions récurrentes) et ce phénomène doit se produire au moins deux années de file! Ce caractère saisonnier n’est pas seulement une qualité de l’épisode dépressif majeur, mais peut également être retrouvé chez les personnes bipolaires (type 1 ou 2).

 

Comment ça, rémission spontanée?

     C’est à ce moment-ci que je fais le lien avec la canicule des derniers jours… le soleil serait actuellement une des hypothèses les plus sérieuses pour expliquer ce retour « magique » à l’état émotionnel habituel. En fait, pour être encore plus précise, c’est l’intensité et la durée d’exposition que nous avons à la lumière à tous les jours qui permettraient une meilleure régulation de nos cycles d’éveils et de sommeil, de notre énergie et de nos hormones (par conséquent, de notre humeur). Histoire courte, les chercheurs comparent l’humain à une plante verte. Arrosez-la quotidiennement et donnez-lui de la lumière de qualité à tous les jours et elle poussera en pleine santé!

    Blagues à part, des recherches sérieuses démontrent que la lumière du soleil (surtout la lumière qui a de très courtes ondes – truc invisible à l’oeil nu) a un lien dans le retour d’une humeur stable sans pour autant que ça en soit la cause. En fait, augmenter son exposition à une lumière à une intensité d’au moins 10 000 lux pendant 30 minutes permettrait de réduire significativement les symptômes dépressifs. Un peu comme si on mettait une plante dans une serre l’hiver, le fait d’avoir plus de soleil par jour permettrait une meilleure régulation de notre cycle éveil-sommeil ce qui permettrait un meilleur gain d’énergie. Comme une plante verte, être plus énergique et être plus «nourris» longtemps à chaque jour permet de faire pousser de plus belles fleurs. Ceci dit, le fait de s’exposer au soleil et à la lumière n’empêche pas le développement d’une dépression en soi. Ce n’est pas un gage, une garanti, que notre humeur restera stable. Simplement, ce facteur (la lumière) a une influence souhaitable sur nos processus biologiques qui eux régulent l’humeur et la vitalité.

 

 La lumière, élixir de bonheur?

    Hélas, non. Les recherches démontrent également que si notre humeur et nos cycles biologiques d’éveil-sommeil sont déjà en pleine forme, l’exposition en surplus à la lumière ne va pas faire de nous des personnes éternellement heureuses. Cet outil thérapeutique est un peu comme la médication, elle est utile pour combler un manque ou une imperfection biologique et non pour augmenter nos capacités de base. Par contre, de coupler l’exposition à la lumière avec des activités sportives (aller prendre une marche en nature, par exemple) décuple les bénéfices au niveau de l’énergie et l’humeur chez TOUT LE MONDE (SAD ou pas).

     De façon générale, avoir des bonnes habitudes de vie comme de manger à sa faim, en accord avec ses signaux de satiété, de dormir au moins 5h30 de sommeil réparateur à chaque jour ( c’est l’extrême minimum! ), de bouger de manière modéré fréquemment à chaque semaine et sortir dehors (s’exposer aux éléments) et d’incorporer des activités sources de plaisir fera « tourner la roue du bon bord ».

 

À retenir

  • En résumé, le fait d’être déprimé à l’automne ou à l’hiver est insuffisant pour parler d’une dépression saisonnière.
  • Se faire griller en-dessous de votre lampe de cuisinière n’aidera pas à ce que vous ayez plus d’énergie dans votre journée.
  • Un mode de vie sain, qui respecte nos processus biophysiques, est la meilleure garantie contre la dépression saisonnière.
  • Soyez vigilant à votre mode de vie et aux stresseurs qui peuvent être présents actuellement. Repérer les facteurs de stress et d’être proactifs face à ceux-ci est la meilleure façon de vous débarrasser de votre blues d’hiver.

 

Bien à vous,

Dre Sara-Maude Joubert, D.Ps. psychologue

 

Lam, R., & Levitan, R. (2000). Pathophysiology of seasonal affective disorder: a review. Journal of Psychiatry and Neuroscience25(5), 469–480.

Germain, A., & Kupfer, D. J. (2008). Circadian rhythm disturbances in depression. Human Psychopharmacology: Clinical and Experimental23(7), 571-585.

Terman, M., & Terman, J. S. (2005). Light therapy for seasonal and nonseasonal depression: efficacy, protocol, safety, and side effects. CNS spectrums10(8), 647-663.

Les 4 malédictions de la parentalité

Bonjour à tous,

     Ah là là, que de changements dernièrement! J’ai passé le dernier mois à faire des allers-retours entre le Rona et mon nouveau bureau, à la Coopérative Le Rocher de Grand-Mère. Pendant les travaux de peinture et l’aménagement, j’ai remercié la vie à quelques reprises de ne pas encore avoir d’enfants à la maison. C’est poche à dire, mais autant qu’avoir un ou des enfants peut être une vraie bénédiction, cela peut également être un parcours du combattant. Je ne me serais pas imaginée travailler toute la semaine, sortir les chiens (qui sont un genre de bébé à temps plein, à vie), de m’occuper de la maison et de faire les travaux au bureau EN PLUS de m’occuper d’un tout petit.

     Peut-être que c’est de l’égoïsme de ma part, peut-être que cela est de la paresse… quoi qu’il en soit, certains adultes ont clairement moins froids aux yeux que moi car ils ne semblent pas avoir peurs de prendre tous les défis de front. C’est d’ailleurs à ces parents que la chronique s’adressent aujourd’hui : je veux vous parler de parentalité et de l’ingrat travaille d’être parent! Plus particulièrement, je vais vous présenter les quatre malédictions qui sont jetées aux jeunes parents dès qu’ils apprennent qu’ils attendent un enfant.

 

malédiction
Image trouvée sur le site Internet « L’internaute »

Malédiction #1 : Tu n’es pas là et déjà je t’aime

Ok… je vous le dis tout de suite, préparez-vous à vivre la séparation amoureuse la plus difficile de votre vie! Dès que le bébé vient au monde, ce qu’il va chercher à faire c’est d’explorer son environnement. Au début, c’est super cute. Il se met à vous regarder dans les yeux (parce qu’il peut enfin voir à cette distance!), puis première nouvelle, il veut gagner en autonomie pour aller explorer plus loin. Quand je parle de plus loin, je parle de la pièce, de la maison et du quartier… mais je parle aussi des différentes relations. Vous, papi et mamie… puis, les amis!  Adios, les parents, bonjour les amis et la blonde/chum et plus le temps avancera, plus vous serez loin sur la liste des priorités.

     Ce qui est ingrat là-dedans, c’est que le parent tombe très souvent en amour fou avec son bébé. Dès l’annonce d’une grossesse, pour le couple parental, le bébé existe et a une présence bien réelle dans leur vie. D’ailleurs, c’est souvent à ce moment que les parents vont projeter sur leur enfant toutes leurs aspirations et désirs. L’enfant à naître n’est pas encore qu’on lui a créé une personnalité (il sera remarquable!), qu’on a décidé qui seront ses amis et comment il nous traitera comme parents (avec amour infini et reconnaissance polie, of course!). On tombe en amour avec quelqu’un d’imaginaire. Ce phénomène est naturel, mais aie aie aie qu’il fait mal lorsque, inévitablement, les parents rencontrent leur bébé (qui est un humain avec son propre tempérament, ses propres goûts et envies). Plus ce bébé grandira, plus il sera en mesure de vous signifier comment il est différent de ce que vous souhaitez. Vous allez vivre une désillusion, mais vous allez aussi vivre de la fierté.

 

Malédiction #2 : Tu reposeras entièrement sur moi

     Comme le chante si bien Britney Spears : « You better work, bitch.». Avoir un enfant, c’est beaucoup de travail. Une professeure nous disait, à ce sujet, un jour à l’université comment avoir un enfant équivaut à avoir une panoplie de chronomètres qui s’ajoutent au quotidien. C’est comme participer à une immense course à relais où vous devez faire boire votre mini-moi aux heures et demies, le coucher à la même heure chaque soir et chaque après-midi et ainsi de suite. C’est très contraignant. Par ailleurs, votre enfant aura, une bonne partie de sa vie, de la difficulté à vous communiquer clairement ce qui ne vas pas. Dans ces moments, il pleurera, il boudera, il lancera des objets… éventuellement il vous dira à quel point vous ne comprenez rien (tiens! méchant incompétent!). Tout ce travail pour aussi peu de résultats?

     En plus, le fait que votre enfant repose entièrement sur vous implique aussi que tous vos comportements et réactions seront scrutés à la lettre. Ils vont prendre vos bons plis et ils vont entendre vos recommandations. Ils risquent également de prendre de vos mauvais plis et faire ce qu’ils observent et non ce que vous dites. Votre mari vous gosse parce qu’il laisse son bol de céréales dans l’évier… devinez qui risquera de faire pareille? En ce sens, être parent demande beaucoup d’humilité, de la patience et des nerfs d’acier.

 

Malédiction #3 : Quand tu seras plus en mesure de comprendre, tu me challengeras!

     Beau paradoxe de l’adolescence ça, non!? Alors que l’ado, le pré-ado, a enfin un cerveau assez mature pour comprendre certaines notions abstraites (pourquoi il doit y avoir des limites, pourquoi il faut apprendre à partager, etc.) et ne pas seulement exécuter ce qu’on lui demande… alors que l’ado est enfin plus fort et plus vaillant dans son corps pour commencer à s’occuper de certaines responsabilités… et bien, pile à ce moment-là, c’est le moment que l’ado va commencer à vous remettre en question! Comme un apprenti à qui on enseigne tout notre savoir faire, l’ado part avec ses connaissances et va s’ouvrir un commerce dans le même domaine que le votre de l’autre coté de la rue! Trahison!

     La fameuse « crise d’adolescence » est appelée « crise » car en fait, c’est les parents qui ont envie de faire une syncope! Les demandes qui étaient légitimes hier sont questionnées aujourd’hui. Les monologues parentales se retrouvent maintenant comparés aux expériences des amis qui, eux, leurs parents en demandent tellement moins. Les parents doivent maintenant trouver le si délicat équilibre entre a) augmenter les responsabilités et les privilèges de leurs jeunes (c’est important, on ne peut pas juste être plus demandant face aux ados, il faut aussi être plus permissif sur certains sujets! C’est aussi ça grandir et être adulte – c’est être libre, mais assumée cette liberté), et b) leurs donner des soins et répondre à leurs besoins (comme quand ils étaient enfants). C’est mélangeant pour les parents, mais à leur défense… souvent les ados ne se comprennent pas eux-mêmes donc, compassion envers vous-mêmes chers parents! Nécessairement, vous allez devoir procéder par essais-erreurs. C’est ingrat en maudit, car la journée que votre ado sera en mesure de vous expliquer clairement ses besoins, qu’il sera en mesure de s’affirmer respectueusement, qu’il sera en contrôle de ses émotions et qu’il sera posé… on ne l’appellera plus adolescent, mais bien adulte.

 

Malédiction #4: Peu ou aucune reconnaissance tu auras!

     Cette malédiction est probablement la pire et la plus belle. Tous ces efforts ne vous seront jamais réellement rendus, chers parents. Peut-être rendu adulte, votre jeune pourra conscientiser en partie ce que cela vous a demandé de le mettre au monde et de lui permettre de prendre part au monde d’une manière gratifiante pour lui et les autres… mais jusqu’à ce qu’il ait ses propres enfants, vous ne recevrez probablement pas ce fameux merci tant attendu. C’est seulement lorsque vous serez grands-parents et que son énergie (à votre enfant à vous) sera investi sur ses petits à lui/elle que vous pourrez comprendre toute la profondeur de sa reconnaissance.

    Pourquoi? Parce que de « copier », se fier ou reproduire les comportements parentaux de ses propres parents représentent là le meilleur des compliments. Devant ce petit être fragile qu’est le bébé, les gestes d’Amour que votre enfant rendu adulte posera seront ceux qu’il a lui-même reçus. Magique, n’est-ce pas?

 

Quelques psy trucs pour les parents

     Cela fait le tour de ma chronique sur la parentalité et ses malédictions. Ceci dit, avant de terminer l’article, je vous partage rapidos quelques trucs qui aident à survivre ce Spartan Race.

  1. Faites garder! C’est très sérieux. Une fois par semaine, deux fois par semaine… votre enfant préfère avoir des moments joyeux et nourrissants avec son parent… pas de l’irritation difficilement voilée et un parent souriant jaune.

  2. Défoulez-vous avec votre conjoint! Petite date entre adulte à se plaindre de comment c’est dur et ingrat être parent… Oui, c’est nécessaire. Non, vous n’êtes pas de mauvais parents. Cela s’appelle gérer ses émotions sainement.

  3. Déléguez! Certainement un terrain avec le gazon entretenu, c’est plus beau. Mais, certainement que votre petit voisin de 12 ans sera content de se faire de l’argent de poche la fin de semaine! Prenez du temps pour vous, pour votre famille et pour vivre la vie. Être parfait, ça fait une belle photo Instagram, mais ce n’est pas bon pour la santé mentale. Déléguez des taches qui ne sont pas prioritaires ou fondamentales (comme dans « en lien avec vos valeurs profondes »). Rendez-vous la vie facile.

  4. Dites non à vos enfants! Vous avez le droit de refuser des demandes ou des désirs de vos enfants, chers parents. Ça ne vous adonne pas de faire le taxi ce soir? Vous préférez remettre à plus tard une activité? Vous avez tout à fait le droit. Sachez que vos enfants ont besoin d’apprendre à tolérer la frustration, ce qui signifie qu’il est de votre devoir de leur fournir des opportunités. Je vous le dis, c’est pour leur bien.

  5. Entourez-vous d’adultes! Prenez un break du rôle d’éducateur, chauffeur de taxi, cuisinier, gentil organisateur et psychologue. Donnez-vous du repos en reprenant simplement votre rôle premier, celui d’homme ou de femme. Sortez entre adultes, jaser de conversations d’adultes et ré-habiter votre corps/esprit d’individu à part entière… qui est plus que la somme de ses rôles sociaux.

 

Bonnes semaines à vous,