Les différents systèmes d’alarme dans le corps : alias, nos trois cerveaux

Re-bonjour à tous,

   Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler (encore) de stress et d’anxiété… mais pas seulement! Aujourd’hui, je vais vous parler surtout du cerveau humain et de ses «mécanismes de défenses».

     Attention, attention. Je ne parle pas des mécanisme de défenses tels qu’on les comprend dans l’approche psychodynamique de la personnalité. Je parle de mécanismes physiologiques qu’on partage avec les animaux, ceux que notre cerveau utilise lorsqu’il est confronté à un problème. Comme vous l’aurez compris avec le titre de cet article, il sera question de trois mécanismes différents et complémentaires, nos « trois cerveaux ».

   Pour ce faire, je vais vous mettre en contexte. Imaginons que vous êtes au travail et que vous devez accomplir une tâche super importante d’ici vendredi. Sauf que la tâche en question, on vous l’a attribué aujourd’hui, jeudi 16h23. On s’entend, vous faites face à un problème. Devant ce problème, qui pourrait générer du stress vous aurez différentes options qui se présenteront à vous.

  1. Vous tentez de faire face au problème et décider de travailler toute la nuit (à la maison, à vos frais).
  2. Vous décidez de « caller » malade pour vendredi, ce qui vous donnera plus de temps.
  3. Vous décidez de négocier avec votre patron pour lui faire comprendre que les attentes sont irréalistes.
  4. Vous acceptez le travail et maugréez dans votre coin (ou à un collègue) à quel point votre patron n’a pas de considération pour vous.
  5. Vous «pétez une coche », en direct, à votre patron en lui disant comment il n’a pas de considération pour vous (stratégie paradoxale, mais bon.).

    L’ensemble de ces propositions parle du fonctionnement de nos trois cerveaux. D’ailleurs, parlons-en de nos trois cerveaux.

 

La minute de biologie 101

     Notre cerveau comporte trois macros structures principales si on ne considère pas de cervelet. Il y a l’encéphale (a), le cerveau reptilien (b) et le bulbe rachidien (c).

cerveau

(a) L’encéphale (la partie rouge) : c’est la couche externe du cerveau et elle est composée des deux hémisphères. Elle est le foyer des fonctions dites « de haut niveau » du cerveau. C’est grâce aux fonctionnement des cellules de l’encéphale que nous sommes capable de réfléchir, d’intégrer différentes informations afin d’adopter des comportements complexes, que nous pouvons parler, marcher et percevoir le monde grâce à nos sens. C’est également grâce à l’encéphale que nous sommes capable de retenue dans les situations sociales (se retenir de couper la parole, par exemple) et que nous avons un certain contrôle de nos émotions.

(b) Le cerveau reptilien (la partie jaune supérieure): c’est le «noyau dure» sur lequel «sont assis » les hémisphères cérébraux. C’est la partie interne du cerveau, le plus au centre possible de cette sphère neuronale. Le cerveau reptilien réunit toutes les fonctions plus instinctives et animales de notre fonctionnement. C’est à cet endroit qu’il y a le département de la menace qui est responsable de l’anxiété. C’est à cet endroit que les émotions, les odeurs et la mémoire primitive (structures qui font l’appariement entre un stimulus et une valence émotive) travaillent.

(c) Le bulbe rachidien (la partie jaune inférieure) : Si on avait à donner un âge à nos macros structures cérébrales, le bulbe rachidien serait certainement le doyen de la place. Ce « blob » de neurones est très dense et s’occupe de réflexes de survie comme le phénomène de freeze ou de dissociation. C’est lui qui fait le relais entre les commandes de l’encéphale et les membres et organes du corps. Il est également responsable des gestes très rapides et des comportements de survie qui outrepassent notre conscience. Parfois, dans des situations très intenses, le bulbe rachidien, ce doyen à la grande expérience de vie, va prendre le dessus sur les autres structures et sera aux commandes.

     On s’entend, chacune de ces structures est très spécifique et elles sont toutes utiles.

 

Retour à notre mise en situation

     D’emblée, lorsque nous sommes confrontés à un problème, notre cerveau va utiliser ses ressources les plus efficaces et les plus perfectionnées pour nous sortir du pétrin. Il va faire appelle, dans un premier temps, à l’encéphale. L’encéphale, avec tous les sous-structures et toutes les neurones qu’elle comprend, a plusieurs cordes à son arc pour résoudre les problèmes. Elle a accès à des mots (le langage), elle peut utiliser nos expériences antérieures pour nous aiguiller, elle peut demander à nos membres de réaliser certaines actions, elle peut déduire les informations dans l’environnement ou encore, aller demander de l’aide à quelqu’un qui est perçu comme compétent. Ainsi, de premières intentions, l’humain va utiliser des stratégies relationnelles et sociales pour résoudre ses problèmes, des stratégies à la fine pointe de la technologie cérébrale (solution 3 dans la mise en situation).

outils

     Par contre, lorsque nous avons la perception (à tords ou à raison!) que nous ne pouvons pas faire appelle à nos stratégies sociales… que la négociation, le raisonnement logique, le travaille d’équipe ne sont pas des options réalistes… que, physiquement, l’obstacle qui est devant moi va au-delà de mes capacités sociales ou de mes options relationnelles… alors là, notre deuxième cerveau entre en jeu. Et Dieu sait que quand le cerveau reptilien prend le contrôle, les solutions qu’il propose sont simples, claires et précises. Scénario 1, on décampe et on se sauve la vie. Scénario 2, on attaque (on vit de la colère intense) et on prend le dessus sur l’obstacle. Ce deuxième cerveau est à l’origine des comportements de fuite (d’évitement) ou d’attaque (de contrôle). C’est dans ce système-ci que le phénomène anxieux décrit ici s’inscrit. Le phénomène de la colère peut également être motivé par ces tenants, mais nous en reparlerons éventuellement.

     Finalement, le bulbe rachidien. Notre vieillard est la plupart du temps assis confortablement dans sa chaise berçante à répéter les informations qu’il entend de ses voisins d’en-haut. Il ne se lève de sa chaise que dans les cas extrêmes, où nous sentons que nous n’avons pas la possibilité de fuir ou de contrôler ce qui se passe… lorsque nous nous sentons en situation d’impuissance. Dans ces moments, le bulbe rachidien va faire ce qu’il sait faire de mieux… il va imposer son veto sur l’ensemble de notre organisme (après tout, c’est lui l’aïeul). Il va prendre le contrôle de notre système nerveux et décider des gestes à prendre. Parfois, cela voudra dire qu’il va commander aux membres de faire des actions immédiates, sans en parler à l’encéphale… parfois, cela voudra dire qu’il va nous mettre en état de sédation. On va figer sur place (soit mentalement ou/et physiquement) et ne plus vraiment se sentir, physiquement parlant. On sera en état de dissociation.

 

Quoi faire de tout cela?

     Pourquoi je vous parle de cela? En fait, j’ai deux buts en tête. De un, par rapport à l’anxiété… Il peut être très (très!) utile de développer des stratégies et habiletés relationnelles et sociales afin de prévenir les montées de stress. Après tout, les déclencheurs de stress sont bels et bien le manque de contrôle, l’incertitude, la nouveauté et l’égo (CINÉ!). Donc, quand je me sens habile et que je sais que j’ai des outils dans mon coffre, je suis plus à même d’avoir une tolérance à l’incertitude élevée, à avoir un sentiment de contrôle plus fort, à moins craindre la nouveauté et à me sentir compétent comme personne. Je vis moins de stress! De deux, je voulais expliquer ces phénomènes afin de déculpabiliser et dédramatiser les symptômes de dissociations qui peuvent survenir dans des moments d’extrêmes frayeurs. Il faut comprendre que tous ces phénomènes sont involontaires et donc, leur activation ne dépendent pas de notre vouloir.

     Sur ce, bonnes semaines à tous!

Dre Sara-Maude Joubert, psychologue

Références:

  • Mercier. A., & Cyr, J. (2018). L’expérience dépressive sous l’angle d’un modèle neurodéveloppemental de la personnalité : évaluation et traitement, Formation en ligne, Ordre des Psychologues du Québec
  • Chidiac, N., & Crocq (2010). le psychotrauma, la réaction immédiate et la période post-immédiate. Annales Médico-psychologiques, 168, p.639-644.
  • Holmesa, E. A., Brown, R.J., Manselld, W.R., et al., (2005). Are there two qualitatively distinct forms of dissociation? A review and some clinical implications. Clinical Psychology Review, 25: 1-23.
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Le sexe, tout le monde en (dé)parle!

    Petite chronique grivoise juste avant le congé du temps des fêtes. Le sexe… ahhhh le sexe… le marketing nord-américain fait qu’on en voit partout, pourtant il n’y a jamais eu autant de problèmes dits de « l’excitation sexuelle », de douleur ou de complications qu’actuellement. Dans les couples, il est estimé qu’environ 20% des mariés et 30% des conjoints de fait n’ont plus de sexe du tout. Entre 18 et 59 ans… qu’on soit en couple ou non, il est estimé que 42% des femmes et 30% des hommes souffriraient d’un trouble de dysfonction sexuelle tel que décrit dans le manuel diagnostique de psychiatrie! C’est ÉNORME et ce n’est pas le pire… après 59 ans, la fonction sexuelle tend à se détériorer avec l’âge et même si… déjà, les 18-25 ans consomment plus que jamais « la petite pilule bleue »! Et là, nous ne parlons même pas de la satisfaction reliée au sexe… on parle juste de la capacité à avoir un ébat. DAMN.

   Parce que je me donne l’ambition de vous aider avec votre sex life, mes lecteurs, voici une chronique sur l’Humain en rut et les différentes modalités qui permettent de « tirer son coup » d’une manière satisfaisante.
***

Je vais vous la donner, la recette!

Premier ingrédient… Faire l’amour.

COMPROTESEXE

    Vous vous rappelez… nous sommes des animaux à la base, donc il y a une partie de notre vie sexuelle qui est régit par le fonctionnement du corps (la machine, l’animal), mais nous sommes « évolués » aussi. Et bien, comme les animaux, nous avons un système de récompenses (circuit de neurones qui relaie les informations par rapport au plaisir) rattaché aux organes génitaux. Sauf que contrairement aux animaux, chez l’humain, ce circuit est aussi connecté ailleurs que sur le sexe… ce qui fait que nous n’avons pas seulement envie de copuler pour se reproduire! Vous comprendrez que cette réalité biologique oriente nos comportements différemment… pas « besoin » de chercher à donner la vie pour avoir des conduites sexuelles et du plaisir! Et d’ailleurs, le sexuel n’est plus que la pénétration, il devient érotisme (la stimulation de toutes les zones érogènes, pas seulement les gonades).

     Donc nous avons un véhicule sophistiqué qui est le corps, mais « celui qui conduit », c’est l’esprit/la psyché/l’appareil psychologique. Les pensées et les cognitions (notre idée de ce qu’est la sexualité, l’amour, concept de ce qu’est attirant ou permis dans une société, apprentissages antérieurs, estime de soi sexuel) vont orienter nos choix en fonction des opportunités qui se présentent à nous. C’est ce qui fait que nous trouvons des moments et des personnes avec qui il serait possible de passer à l’acte.

Maintenant que cela est dit… ce n’est pas parce qu’on peut avoir des conduites sexuées que nécessairement, c’est le fun, right!?

 

Deuxième ingrédient, tirer son pied!

satisfactionsexe

… à ne pas confondre avec …

Satisfaction sexuelle = orgasme

     Avoir du plaisir implique nécessairement l’arrimage du désir (sensation physiologique associée avec l’intérêt de faire l’amour) et de mon objectif, mes raisons, pour avoir du sexe. C’est dans la tête que ça se passe, pas tant dans le corps! C’est une question de cognitions. On s’entend que ça, c’est plus touché parce que la satisfaction sexuelle n’est plus juste une question de techniques et de manœuvres. 

     Si on décortique cette équation, premièrement, le désir dépend de mon intérêt à avoir du sexe (ceci est un élément cognitif : Est-ce que mon partenaire est attirant à mes yeux? Est-ce que je suis capable d’érotiser quelqu’un/quelque chose? Est-ce que mon couple est un espace sécuritaire pour me laisser aller? Est-ce que je me conçois comme étant un être sexuel?/Est-ce que je crois en mes chances d’attiser l’autre?) et deuxièmement, je dois évaluer que l’activité en question répondra à mes motivations, mes objectifs (me sentir proche de mon partenaire? Faire du sport? avoir du plaisir? Me distraire? etc.). On s’entend-tu que ça donne une méchante brochette de paramètres à considérer et « qu’avoir du plaisir »/être satisfait veut dire différentes choses à différents moments. Quand j’écoute mon désir que je l’oriente pour combler mes objectifs, BINGO, j’ai du plaisir. Quand mon partenaire fait la même chose, double BINGO, on a une sexualité spontané, érotique et qui nous amène à nous découvrir. On a du plaisir.

     Ce qui arrive, avec les cognitions, c’est qu’elles sont formées de nos expériences directes en regard de la sexualité en plus de nos apprentissages indirects (via la culture, nos amis, etc. – nos observations). Et c’est là que la société occidentale nord-américaine peut nous jouer des tours : les apprentissages indirects! On a jamais vu autant de seins dans les pubs et on a jamais eu aussi facilement accès à du porno que maintenant (apparemment… parce qu’il y a 35 ans, je n’étais pas là! Mais les études le disent, à ma défense). Pourtant, alors qu’à priori, une société permissive par rapport à la sexualité est garante de moins de troubles de dysfonctions sexuels… ce n’est pas notre cas! C’est que ces modèles (apprentissage indirect) de ce « que devrait être une vie sexuelle normale » sont biaisés.

     Le corps est modifié pour prendre des proportions non humaines (merci Photoshop!), l’érotisme est réduit à une paire de gros seins (merci chirurgie!), des hanches étroites (merci 10 heures de gym par semaine!), un corps en V (pour les hommes), à une peau brillante (merci aux crèmes corporelles!) et à une chevelure ultra épaisse (merci aux rallonges capillaires!). Avoir « du bon sexe », c’est de jouir (obligatoirement) et de réduire l’érotisme à deux partenaires qui regardent dans des directions opposés (il faut regarder les caméras!), qui beuglent leur plaisir charnel et qui prennent des positions athlétiques. C’est très peu représentatif du quotidien sexuel de monsieur et madame tout le monde (et avec raison!). Par contre, quand on « est élevé » avec ça… quand la référence en matière de sexe, d’identité et d’amour c’est Ken et Barbie qui font une pièce de théâtre mal scriptée, c’est réellement un problème parce qu’on pense que c’est ça la normalité… et on commence à jouer une scène nous-même dans l’intimité de notre « set de flannalette ». Cette grande différence dans les scripts mentaux (notre idée de ce que devrait être une relation sexuelle satisfaisante VS ma sexualité au quotidien) entraîne des problèmes. C’est comme si on se disait :

cerclevicieux_sexe

 

     Alors même sans s’en rendre compte… on est en train de placer les balises d’un trouble de dysfonction sexuel et/ou d’insatisfaction conjugale.

***

      Parce que l’humain n’est pas parfait, parce que nous avons un temps limité dans la vie et qu’il faut prioriser ses activités (sport versus autre, par exemple), parce que le couple ou la dyade amoureuse a son propre cycle de vie (ses hauts et ses bas) et parce que l’humain vieillit: j’ai envie de vous communiquer qu’il faut être indulgent face à nous même, face à notre couple et qu’il est important de clarifier quels sont nos besoins, nos pensées et nos attitudes en regard de la sexualité. Le bonheur conjugal et personnel repose en partie sur cet aspect de la vie humaine. Il faut avoir le courage d’être soi, d’être différent de la pub télé ou de la séquence de porn et d’apprendre à voir toute la beauté de l’humain et de ses relations dans ces activités. Vivre une vie qui vaut la peine d’être vécue, c’est aussi ça.

     Notez bien en terminant que le but de cette chronique n’est pas de faire une déclaration politique ou sociale particulière. C’est réellement de ne parler que du sexe « normal », dans son expression la plus simple. J’avais aussi envie d’écrire cette chronique pour favoriser la réflexion.

   Sur ce, ba-byas!

Dre Sara-Maude Joubert, psychologue

P.S. Je ne dis pas que la pornographie n’a pas sa place ou que ce n’est pas correct.

Je ne dis pas qu’il faut être en couple pour avoir des rapports sexuels satisfaisants.

Je ne dis pas que d’être minutieux par rapport à son apparence physique est mal.

Je ne minimise pas à quel point les problèmes sexuels peuvent être souffrant pour soi et/ou pour le couple.

PPS. Ceux qui veulent approfondir le sujet ou qu’il veulent trouver les bons mots pour en parler avec leurs ados, je conseille fortement le livre de Boucar Diouf: Pour une raison X ou Y… 

Références

Gouvernet, B., Combaluzier, S., Chapillon, P., & Rezrazi, A. (2016). Les motivations sexuelles: revue critique de la littérature. Sexologies25(1), 35-40.

Sabourin, S., Lussier, Y., & Wright, J. (2008). Manuel clinique des psychothérapies de couple. Québec [Québec], Canada: Presses de l’Université du Québec

Wunsch, S. (2016). Principaux facteurs, contextes et variations du développement sexuel humain. Une synthèse transculturelle et transdisciplinaire. 1ere partie: données ethnologiques. Sexologies25(2), 41-51.

Wunsch, S. (2016). Principaux facteurs, contextes et variations du développement sexuel humain. Une synthèse transculturelle et transdisciplinaire. 2e partie: modélisation. Sexologies25(4), 141-152.

Wunsch, S. (2017). Étiologie des troubles sexuels. Perspectives cliniques des données neuroscientifiques. Sexologies26(1), 44-53.

Wunsch, S. (2017). L’influence de la cognition sur la sexualité. Sexologies26(1), 36-43.

DANS MA TÊTE DE PSY : constats suite à 1 an et demi de pratique clinique

  J’ai envie de m’aider à clarifier ma réflexion par rapport à ma pratique professionnelle… aussi, j’ai envie de prendre le risque de partager mes observations et mes constats comme clinicienne sur le blog. Il faut dire que de voir une brochette de patients à toutes les semaines donne une perspective particulière sur ce que c’est réellement la santé, la maladie mentale et plus globalement, « la vie ».

Ainsi, en toute humilité, je vous partage ce qui ressort pour moi, comme jeune psychologue qui a une année et demi de pratique autonome en arrière de la cravate.

***

 

  1. On se sent souvent seul avec nos problèmes… pourtant, le 3/4 de ce qu’on vit est partagé par vraiment beaucoup d’autres personnes.

     Je ne veux pas sonner minimisante de la souffrance des autres, ni de la mienne, mais je me rends compte à quel point la souffrance nous donne l’illusion qu’on est seul au monde. En ce sens, souvent, les gens (et je m’inclue là-dedans!), on a tendance à se replier sur nous-même comme si de souffrir était une tare épouvantable… comme si cela était honteux. Pourtant, quand je suis assise dans ma chaise de psy… combien de fois il me passe par la tête qu’il est tout à fait naturel de se sentir en détresse dans telle ou telle situation! Pour vrai là… on est des êtres émotionnels…. et la vie… ben c’est le chaos. Et non seulement c’est le chaos, mais les différentes étapes qu’on passe à travers le temps (l’adolescence, la vingtaine, la trentaine, la fondation d’une famille, la retraite, etc.) sont pleins de complications. Je constate qu’on se ressemble beaucoup plus qu’on pense, les humains… et ça, je trouve ça vraiment réconfortant  parce que malgré le chaos, nous sommes solidaires de par nos expériences souvent partagées.

 

2. Vous avez le droit de vivre de la colère : non, mais… c’est quoi le fuck?!

     Ok, j’ai mon voyage. Je me rends compte que de vivre de la colère est tabou en maudit. Vraiment plus que ce que j’aurais pensé. Je vais clarifier quelque chose tout de suite avec vous, groupe… la colère est une émotion de base! Elle vient avec notre kit de survie, comme bébé humain et elle est transmise de générations en générations parce qu’elle nous permet de communiquer peu importe le langage qu’on parle (français, anglais, mandarin, etc.). En plus, elle nous fournit des informations essentielles à la survie.

    Quand on vit une émotion qui se situe sur le continuum de la colère c’est que, tout comme dans le cas des loups, un ennemi vient de « piler sur notre territoire ». En réponse à cette intrusion, nous allons avoir un boost d’énergie pour aller défendre notre territoire (comme animal, la défense du territoire, c’est un acte physique/sportif). L’ampleur de cette énergie, c’est l’ampleur de notre colère. Exemple concret de ça? Si quelqu’un « vous respire dans la face », cela peut vous agacer (énergie de moindre ampleur) et faire en sorte que vous allez vous déplacer ou demander à la personne de se reculer légèrement (ou fortement, haha!). Comme les loups, nous allons chasser l’agresseur.

    Mais nous sommes des animaux évolués, n’est-ce pas? Nous ne sommes pas des loups, n’est-ce pas? Non, nous avons un cerveau d’une complexité fabuleuse qui nous permet des nuances émotionnelles et des comportements variés. Ce cerveau nous octroie également un territoire psychologique. Ainsi, à la différence des loups (peut-être pas dans le fond… qui sait?!), nous pouvons vivre des intrusions psychologiques.

    Une intrusion psychologique, c’est lorsque quelqu’un fait ou dit quelque chose où il nous manque de respect, fait atteinte à notre intégrité comme humain ou s’il compromet la possibilité de répondre à nos besoins psychologiques ou physiques. Donc, quand quelqu’un insinue ou me signifie clairement que a) je ne suis pas une bonne personne ou que je suis moins que les autres (besoin d’estime), b) que je ne mérite pas ma place parmi un groupe (besoin d’appartenance), c) que mes projets et mes aspirations sont risibles (besoin de progresser et de s’actualiser) ou/et que d) cette personne me ment ou me trompe (besoin de sécurité)… je vis automatiquement, en ma qualité d’animal-humain, de la colère.

   Qu’est-ce que je fais de ma colère, ALORS LÀ, ça…. ça peut être condamnable. Grosso modo, il y a trois règles à se rappeler lorsqu’il est question d’exprimer sa colère/ de réparer l’intrusion subie :

You shall not…

  • Tu ne te blesseras point : physiquement ou moralement.
  • Tu ne blesseras point autrui, que ce soit d’autres humains ou animaux.
  • Tu ne briseras point d’objets. La destruction de biens tu proscriras.

     Donc, si vous marcher « du talon » et que vous faites l’oiseau pour démontrer à quel point vous êtes en colère… techniquement, il n’y en a pas de problème.

     Vous sacrez? Tant que vous ne sacrer pas après la personne et utiliser cela comme ponctuation dans la phrase… techniquement, il n’y a pas de problème.

     Vous avez besoin de courir, faire des push-up, sauter sur place, serrer la mâchoire ou les poings… techniquement, il n’y a pas de problème.

     Vous vous imaginez les pires scénarios où votre interlocuteur est l’acteur principal, tant que cela reste dans votre tête… il n’y a pas de problème.

     Ces manifestations peuvent être difficiles à vivre pour les autres, mais elles ne sont pas des signes que ce que l’autre à dit n’est pas correcte, mais que l’effet de ce qui a été dit est blessant/génère une grande réactivité pour soi.

     L’idéal dans la communication interpersonnelle, c’est d’être capable de mettre le frein sur cette énergie-là, l’élaborer avec des mots et partager pourquoi ce qui vient d’être dit ou fait me met en colère. Quand on fait ça, on agit comme des pros des émotions… on s’affirme sainement.

   Est-ce que c’est irréaliste? Non, mais ce n’est pas facile. Moi-même, qui est psy et qui connait la théorie et les trucs, a parfois de la difficulté à le faire. Ainsi, j’ai tendance à penser que c’est normal que cela ne soit pas un automatisme pour tous. L’idée, c’est de continuer à le pratiquer et de progresser vers des méthodes de plus en plus utiles et efficaces (l’affirmation de soi) et à avoir de la compassion pour soi.

 

3. Oui, s’affirmer c’est être « égoïste ».

     Quand je m’affirme, c’est que je suis en train de prendre de la place, ma place. Oui, ça peut déranger autour. Les gens peuvent faire « des shows de boucanes » pour m’empêcher de recommencer ou pour me faire battre en retraite. Est-ce que ces tentatives sont des preuves que je ne fais pas bien de m’affirmer? Non, pas du tout, mais si vous en doutez, sachez qu’il n’y a pas « de place limite » dans la vie. Nous ne sommes pas en compétition les uns avec les autres pour avoir « la place ». Il y a de la place infinie et il appartient à tous en chacun de se donner des conditions pour Être. Quelqu’un qui prend sa place ne m’enlève rien.

  égoisme

     Prendre ma place sainement ne brime personne. Cela peut déranger parce que je brime les désirs d’un autre à assurer mes besoins, mais ne devrait jamais brimer autrui dans ses besoins. Cette nuance est fondamentale pour être en mesure d’évaluer si, quand je m’affirme, cela est sain. Un désir, c’est quelque chose que l’on souhaite, mais qui n’est pas nécessaire à la survie (exemple, je désire faire le tour du monde) alors qu’un besoin, c’est du non-négociable (j’ai besoin de manger à tous les jours). Quand vous êtes proactif pour répondre à vos besoins et créer des opportunités pour répondre (dans le respect des autres) à vos désirs, vous pensez à vous et agissez de manière « égoïste ». Truc qu’une personne qui pourrait être contrariée pourrait très bien vous refléter (ce qui est un show de boucane). Validez en quoi prendre votre place (dire votre opinion, refuser une demande, prendre une initiative, etc.) peut être un intrusion pour l’autre et si la réponse révèle le bris d’un désir… et bien tant pis pour cette personne! Vous n’êtes pas égoïste, vous êtes intègre face à vous-même et vous prenez responsabilités pour votre bien-être. Vous êtes un adulte.

 

4. Les peurs ne sont réellement qu’un rideau d’illusions crédibles.

     Pour vrai, je n’aurais pas de travail si les gens n’avaient pas de peurs. Il y a les peurs circonscrites comme la peur des avions ou des voitures, mais il y a aussi les inquiétudes (et si mon chum ne m’aimait plus?) et les croyances centrales (je serai ridiculisée si on voit qui je suis réellement). Aussi crédibles ces dernières peuvent être ressenties quand elles sont présentes dans le ici et maintenant, ces pensées ne sont que des illusions! For real! Il n’appartient qu’à vous de rassembler votre courage pour faire tomber ce rideau d’illusions.

4 encrages

     On s’entend que si vous osez affronter le drame anticipé, vous allez vous rendre compte à quel point il y a eu des distorsions dans votre tête quelques secondes avant. Se débarrasser de l’anxiété à moyen et long-terme nécessite cette prise de conscience et cela, à chaque séance d’exposition (la traversée du rideau!).

 

5. Être authentique, c’est faire preuve d’humilité.

    Dernier constat de cette chronique… les patients que je rencontre sont beaux. J’ai la chance de voir les gens dans leur intimité, alors qu’ils sont souvent vulnérables et my god, ils sont beaux. Je sais que ça sonne cul-cul… je l’écris et je tourne moi-même les yeux, mais c’est vrai. Je me dis souvent quand je vois quelqu’un qui ose se dévoiler devant moi comment cette personne bénéficierait si elle osait se dévoiler avec autrui également. C’est clair qu’il y a souvent de bonnes raisons qui font que cela n’arrive pas ou n’arrive plus… mais mon travail et ces observations m’encouragent à cultiver l’authenticité dans ma propre vie. À oser. À prendre ce risque calculé.

    C’est un risque oser être soi-même, dire les choses exactement comme on les pense, faire les choses exactement comme on en a envie. Les chances de se tromper, de se faire juger ou de se faire rejeter sont réelles. En ce sens, être humble, s’accrocher à ce qui compte vraiment (« quelles sont les valeurs derrières mes initiatives? », « en quoi ce comportement est porteur de sens pour moi? »), se rappeler qu’on est humain (et donc imparfait!) et avoir pour objectif de progresser ou d’apprendre de notre démarche (si jamais c’est un « échec » ) sont autant de facteurs qui permettent l’authenticité. En fait, c’est avoir de la compassion pour soi.

 

***

meilleureamie
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   Ceci clos ce premier segment du bilan de la psy! Le prochain sera avant ma troisième année de pratique, haha! Je crois qu’un par année serait vraiment bien, qu’en pensez-vous?

   Aussi, si vous avez envie de travailler sur votre compassion de vous-même, thème qui ressort beaucoup dans ce premier bilan, je vous recommande l’excellent livre « Sois ta meilleure amie » de Mme Josée Boudreault.

Bonne lecture et bonne journée à tous!

Dre Sara-Maude Joubert, psychologue

Citalopram, Prozac, Zoloft et autres comprimés du bonheur

   Quand je suis en thérapie avec un nouveau patient et que l’évaluation que j’effectue pointe vers un trouble de l’humeur (anxiété excessive et persistante / humeur dépressive), je commence toujours par partager ma compréhension de ce qui se passe à la dite personne PIS après, je parle des solutions disponibles. Parmi celles qui sont « de premières initiatives » et qui, lorsque combinées avec la psychothérapie amènent les résultats les plus significatifs, il y a les antidépresseurs. Pour vrai, je pense qu’une fois sur deux, mon patient se tait et me regarde comme si je venais de dire le mot le plus impoli du monde.

   Parce que cette méthode thérapeutique (qui amène un soulagement des symptômes) est empreinte de stéréotypes (positifs et négatifs!) et que, plus souvent qu’autrement, les patients choisissent PAR PEUR (pas par choix éclairé en fonction de leurs valeurs, leur situation et des données scientifiques) de continuer à souffrir (inutilement!)… j’ai décidé d’écrire sur les croyances entourant les antidépresseurs! C’est important, parce que les recherches mentionnent que les croyances que les gens ont sur la médication influencent plus que la science leur inclinaison à en prendre et à la prendre comme il faut!

***

     Louis Freyd était étudiant en psychologie à l’Université de Montréal en 2009. Je vous parle de ce monsieur, car il a écrit une thèse de recherche qui récence les croyances que monsieur et madame tout le monde (aka « les patients »), les psychologues, les médecins généralistes et les psychiatres ont par rapport aux antidépresseurs et leurs usages.

thèse
Les origines d’une thèse »

    Pourquoi c’est particulièrement intéressant, une thèse? De toute évidence, ce n’est pas le style de lecture qui attire, mais la rigueur des données et des résultats qui y sont présentés. Les étudiants (qui deviennent chercheurs scientifiques) qui écrivent des thèses doivent répondre à l’exigence très exigeante de prouver qu’ils sont capable de contribuer à la Science (avec un grand S). De plus, ils ne doivent pas convaincre n’importe qui… ils doivent convaincre les experts dans leur domaine, qui connaissent leur sujet et qui sont plus que aptes à questionner et critiquer leurs travaux. La démarche est A1, les résultats sont pondérés et nuancés et plus que tout… on peut penser généraliser les résultats à la population d’intérêt.

     Donc sur ce, voici les principales croyances partagées par monsieur et madame tout le monde (qui certains consomment des antidépresseurs et d’autres, non).

 

— Monsieur et madame tout le monde (appelés MMTLM) ne croient pas que les antidépresseurs soient la panacée des médicaments pour traiter la dépression.

     En gros, personne se fait des « à-croire » avec ça. Ça peut aider… peut-être? Pourtant, coté médics. les antidépresseurs sont les plus efficaces pour réguler l’humeur. Certains antipsychotiques ou psychostimulants peuvent parfois être prescrits pour aider à contrôler des symptômes qui viennent avec le fait d’avoir un humeur instable (genre, avoir de la misère à dormir, crier à tu-tête après son conjoint… etc.), mais ces derniers ne sont pas spécifiquement conçus pour réguler l’humeur… contrairement aux antidépresseurs!

 

— Ils croient également, malgré tout, que c’est efficace pour traiter les symptômes… mais à cause de l’effet placebo!

    La réalité, c’est qu’il y a effectivement un effet placebo qui vient avec toute prise de médicaments (pas seulement ceux-là) et que l’effet placebo contribue à augmenter le fonctionnement de la personne dans son quotidien. Cela n’empêche pas du tout le médicament d’agir de manière thérapeutique et d’augmenter également le fonctionnement de la personne. Il ne faut pas confondre l’effet thérapeutique psychologique du placebo et l’effet thérapeutique biologique de la molécule! Il y a les deux, et c’est ce qui fait que c’est efficace.

 

— MMTLM sont ambivalent par rapport aux liens médic-psychothérapie: certains croient que les pilules, ça marche juste s’il y a une psychothérapie en parallèle alors que d’autres croient que ça marche tellement qu’ils n’ont pas besoin de psychothérapie!

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    Le top du top, c’est les deux. On diminue la souffrance perçue avec la médic. et on outille le patient à mieux faire face à ses problèmes. On travaille ainsi sur le problème et en amont, sur les causes du problème. C’est le best. Ceci étant dit, un patient peut prendre que sa médic. et va finir par avoir son humeur stable… mais attention si des circonstances similaires se repointent le bout du nez… il ne saura pas plus comment les gérer! Ainsi, juste prendre la médication va vous remettre sur pied, mais ne vous rendra pas plus indépendant. À l’inverse, certains anti-pilules d’entre nous préfèrent privilégier que la thérapie. Cela va vous remettre sur pied, MAIS ça va être plus long parce que tout le long ça va être dans la souffrance (pas de bonnes nuits de sommeil, pas d’énergie, pas de motivation, les pleurs, le stress, l’irritabilité, etc.). On s’entend, vous allez vous rendre à la même place, mais en plus de temps et en souffrant plus. C’est un pensez-y bien.

 

— Ils croient aussi que la population générale (« les autres ») est méfiante par rapport à cela… ce qui serait culpabilisant quand vient le temps d’en prendre soi-même. 

     Les données de cette recherche démontrent également que MMTLM se jugent sévèrement. Ils sont justement ces « autres »… et ils nomment être prêt à prendre de la médic. si leur médecin juge cela nécessaire! Je crois que ce phénomène peut s’expliquer (c’est mon interprétation personnelle!) par ce qu’on appelle la dissonance cognitive. La dissonance cognitive, c’est lorsque lorsque des circonstances dans l’environnement amènent une personne à agir en désaccord avec ses croyances, elle ressentira un état de tension inconfortable qu’on appelle « dissonance ». Ce qui arrive avec ce phénomène c’est que sur la base de cet inconfort, la personne va changer ses croyances/ses pensées dans le sens de son comportement (qui était à l’encontre de sa pensée, au départ!), comme pour se légitimer. En gros, les résultats de cette étude démontre que le sujet des antidépresseurs place les gens en état de dissonance, bien souvent… ce qui vient culpabilisant/inconfortable quand vient le temps d’en prendre soi-même!

 

— La plupart des gens croient que la prescription d’antidépresseurs est fait à la va-vite par les médecins généralistes… ce que les médecins décrient comme étant faux.

     La réalité c’est que l’évaluation médicale est protocolaire (il y a des règles à suivre, des tests de sang à passer et d’autres diagnostics à éliminer avant de confirmer quoi que ce soit). Par ailleurs, les médecins généralistes nomment, entre autres, la difficulté pour les patients à avoir accès à des soins psychologiques et psychiatriques comme raison pour prescrire des antidépresseurs. Le rationnel médical (et humain!) veut qu’il vaut mieux ça pour diminuer la souffrance que de donner rien du tout (aucun service, rien).

 

— MMTLM ont peur que ce type de médication est réservée aux fous.

fou

Première question pour vous… c’est quoi ou plutôt c’est qui, un fou? Deuxième question… avez-vous lu mon texte sur les peurs d’aller voir un psychologue? Non? Allez-y est lisez la partie sur la crainte du jugement d’autrui. Si vous l’avez déjà lu et bien je vous invite à vous rappelez que ces peurs parlent souvent de comment on se juge nous-mêmes plutôt que de parler de comment les autres nous perçoivent.

 

— « On peut devenir dépendant à ça! » / « c’est plein d’effets secondaires » / « Ça va changer qui je suis »

     Par rapport aux deux premières peurs, je n’ai qu’une seule chose à dire… venir lire ça ici. Par rapport à la personnalité, sachez qu’aucun élément de la littérature scientifique ne laisse entendre que cette médoc à un effet sur la personnalité et ce, peu importe comment on définit ce que c’est, la personnalité. Les antidépresseurs, ça sert à arrêter de nous faire souffrir et à nous permettre d’être plus fonctionnel…  donc, pour nous permettre d’être plus nous!

 

— MMTLM croient que la médic. antidépressive est prise selon « les règles de l’art » par les autres.

   Pour vrai, malheureusement, la science démontre le contraire. Peu importe la molécule consommée, les études démontrent que la prise de médicaments est « expérimentale » pour plusieurs consommateurs. Et pas besoin d’être toxicomane pour que ça arrive! Les raisons pour expliquer cela? C’est comme si les gens croyaient qu’on prend ça comme on prend les vitamines Fred Caillou : ils augmentent la dose ou la diminue au besoin… sans préavis médical ou encore, l’arrête lorsqu’ils décident que « ça ne sert à rien » ou que les symptômes sont trop désagréables. À cela, chers MMTLM, je vous rappelle que la médication antidépressive va jouer dans l’équilibre délicat de la chimie de votre cerveau et qu’il vaut RÉELLEMENT mieux être plus prudent que pas assez. Consulter votre pharmacien est une excellente initiative pour être guider en la matière. Un petit appel à votre pharmacie et hop! c’est fait!

 

***

    Donc voilà les principales croyances qui émergent du discours de MMTLM, selon la thèse de M. Freyd. Vous en pensez quoi? Avez-vous de ces croyances? Peut-être d’autres? Sont-elles fondées et quelles sont leurs impacts?

Bonne réflexion!

Dre Sara-Maude Joubert, psychologue

 

Références
Marchand, A., & Blanc, M. È. (2010). Chronicité de la consommation de médicaments psychotropes dans la main-d’œuvre canadienne: quelle est la contribution de la profession et des conditions de l’organisation du travail?. Revue d’épidémiologie et de Santé Publique, 58(2), 89-99.
Saucier, J. F. (2009). Augmentation significative de l’usage des antidépresseurs: Stratégies de contrôle, système médical dysfonctionnel ou besoin réel?. Frontières, 21(2), 70-72.

Quand «la médic» se trouve dans les rues : la consommation de substances psychoactives par les jeunes

     Je vous partage un texte que j’ai écris pour l’organisation Hockey Projection qui porte sur les habitudes de consommation. Hockey Projection, c’est une entreprise québécoise qui offre des services aux joueurs et aux joueuses de hockey qui souhaitent améliorer leurs performances ou ajouter des outils dans leur coffre! C’est des trucs techniques sur le hockey (of course!), mais aussi du soutien à l’école et aux apprentissages, des soins professionnels et du soutien aux familles.

logo hockey projection

     J’ai choisi de parler de la consommation comme premier sujet sur cette plateforme de diffusion parce qu’à peu près tous les jeunes (12-25 ans) sont en contact avec une substance dans au moins un milieu de vie à un moment donné, parce que le sport peut être super positif pour la santé physique et mentale mais peut aussi générer une très grande pression et parce que les jeunes ont souvent hâte de pouvoir aller sortir dans les bars (et avoir des sortis comme les adultes). J’ai aussi choisi de parler de ce sujet pour les parents, parce qu’il est souvent stressant de voir son ado s’émanciper, parce que de parler de consommation n’est pas toujours aisé et parce que lorsqu’on parle de consommation de drogues, surtout, la peur prend vite le dessus. Le but n’est pas ici de minimiser l’impact des drogues et de dire que c’est correct cependant! Soyez rassuré 🙂

 

Tout d’abord, qu’est-ce que c’est « les substances psychoactives » (SPA) ?

     Ce sont toutes les substances (alcool, drogues, médicaments, tabac, toxiques, etc.) qui vont avoir un effet direct sur le cerveau. Ces substances modifient l’équilibre chimique et hormonal de l’humain ce qui peut occasionner des changements de comportements, d’humeurs, de perceptions et d’émotions. Ils peuvent également occasionner des changements au niveau de la réactivité physiologique et moduler le fonctionnement de notre corps (sensation d’apaisement ou d’agitation, maux de tête ou soulagement musculaire, etc.). Alors que cela peut sembler péjoratif, rappelons-nous que plusieurs substances psychoactives sont prescrites au quotidien par des professionnels de la santé pour diminuer la souffrance et augmenter le fonctionnement des personnes dans leur quotidien (antidépresseurs, Ritalin, etc.).

 

Est-ce dangereux, la consommation de SPA?

     Ça dépend de différentes choses comme la qualité du produit utilisé (répond-il aux normes canadiennes?), de sa légitimité (est-ce que c’est prescrit par un professionnel de la santé?) et des conditions entourant son utilisation (fréquence et usage d’autres produits en même temps). Cela dépend également de l’état de santé de la personne au moment de la prise de la substance et du problème que l’on souhaite enrayer avec ladite substance. Tous ces nombreux paramètres sont importants pour s’assurer dans la mesure du possible que l’usage de la substance ne sera pas nocif et que, mieux! elle permettra d’avoir les effets escomptés sur votre bien-être et votre santé. C’est aussi pourquoi plusieurs professionnels de la santé travaillent de pair lorsqu’il est question de prescrire des médicaments (médecin pour le check-up physique, pharmacien pour une vérification de la dose et de possibilités d’interactions dangereuses avec d’autres produits, psychologues pour monitorer l’efficacité des antidépresseurs par exemple).

     Quand ces critères ne sont pas respectés, comme dans le cas de la consommation de produits venant de la rue, il y a un danger. Dans ces circonstances, il n’y a aucune garantie entourant les effets de ce que vous consommez. C’est un peu comme faire un quitte ou double : si votre consommation vous amène là où vous voulez aller… c’est que vous avez été chanceux (jusqu’à maintenant et, à court-terme) parce que les chances que votre problème empire sont très élevées. C’est un peu comme si vous vous promeniez dans un marché public d’un pays inconnu et que vous souhaitez acheter des épices fraiches… sauf que vous n’avez aucune idée si ce qui est présenté sur les tables va relever vos plats (comme vous le souhaitez!) ou bien si c’est de la décoration (tsé les pots-pourris, les trucs qui sentent si bons et qui ont l’air prometteurs… jusqu’à temps qu’on leur goûte). Ce que vous prenez est aléatoire et les effets sont donc, eux aussi, aléatoires!

     De plus, certaines substances comme l’alcool, ont des effets parfois trompeurs. Un peu comme une actrice qui fait semblant de vivre le plus beau jour de sa vie, la consommation d’alcool fait semblant de nous rendre heureux, à court-terme. L’alcool vient avec un effet d’euphorie. Par contre, cette substance est en fait un dépresseur qui, sur le plan chimique et moléculaire, provoque des sentiments de déprime et d’amertume.

 

Les problèmes de consommation : comment sait-on quand c’est trop?

     Ça, c’est probablement la question que j’attends le plus souvent… quand est-ce que consommer c’est trop? Il y a deux réponses à cela. La première, la consommation est symptomatique d’un problème lorsqu’elle a une fonction particulière, c’est-à-dire lorsqu’elle vise à aider à se relaxer, à s’amuser, à diminuer de la souffrance ou à se concentrer. Quoi?! Mais qui ne boit pas de l’alcool pour avoir du plaisir? Et bien à cette question, je vous réponds : pourquoi avoir besoin de boire pour s’amuser avec autrui? La consommation récréative d’alcool est parfaitement acceptable et ne parle pas d’un problème tant et aussi longtemps que nous ne consommons pas dans le but d’être détendu avec les autres pendant cette activité ou que nous souhaitons « profiter davantage du moment », par exemple. Le même raisonnement s’applique aux fumeurs de cigarettes qui en « brûlent une petite vite » pour retrouver leur calme après une dispute, aux consommateurs de pot (cannabis/marijuanna) qui se sentent plus détendus et agréables avec les autres ou aux consommateurs de speed (amphétamines/métamphétamines) et de coke (cocaïne) qui se sentent plus focus au travail.

   Pas encore convaincu? Et si je vous dis que vous êtes dépendants de votre substance dans la mesure que lorsqu’on consomme avec une idée bien précise en tête c’est qu’il est difficile d’arriver à gérer ses émotions (colère, anxiété, peine), ses relations ou les défis de votre quotidien sans. On est dépendant aussitôt qu’on l’utilise comme une stratégie d’adaptation et cela est pire lorsque le produit est utilisé de manière chronique et rigide. Pour certains, c’est les SPA, pour d’autres, c’est le travail, un amoureux, etc. Ce qui arrive avec les SPA, c’est qu’en plus, il y a très souvent une différente majeure entre les effets perçus (par exemple, détente) et les effets physiologiques réels (par exemple, perturbation des sens) de ceux-ci. Cela peut contribuer à créer un problème de dépendance comme on l’entend lorsqu’on parle de toxicomanie.

   Deuxième volet de ma réponse, la consommation est le problème (et pas seulement le symptôme d’un problème) lorsque la personne qui consomme vit de la détresse ou une souffrance significative en lien avec sa consommation, qu’elle développe des symptômes de sevrage (étourdissements, tremblements, sudation, agitation, anxiété, etc.) et de manque (« me semble que ça serait bon une petite frette à soir ») et enfin, lorsqu’elle développe des symptômes de tolérance (une plus grande quantité est nécessaire pour avoir le même effet). L’ensemble de ses critères peuvent s’accompagner de problèmes au niveau des relations personnelles (conjoint, amis, famille élargie), du travail (attitude, performances, procrastination, absentéismes, retards) et/ou de la Loi (conduite automobile avec les facultés affaiblies, vols, larcins, etc.). Là, quand on observe ce tableau dans la vie d’une personne… il n’y a plus aucun doute : la consommation est problématique. On parle de toxicomanie qui nécessite des soins en centres spécialisés.

 

Il y a toujours une fonction!

     Les personnes qui ont un problème de toxicomanie ont tous été, un jour, des personnes qui consommaient « pour le fun », « pour essayer », « pour faire comme les autres », « pour se relaxer », « pour arrêter de souffrir »… bref, elles ont tous été des personnes qui consommaient pour une « bonne raison ». Et on s’entend, certaines raisons appellent vraiment à la compassion. Ces personnes ont consommé sporadiquement et, de fil en aiguille, ont chronicisé leurs habitudes. Plusieurs processus sous-tendent ce phénomène, notamment ce qu’on appelle « les contingences de renforcement ».

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     Une des théories dominantes en toxicomanie, pour expliquer le phénomène, est celle de Jacobson. Ce monsieur propose l’hypothèse que les personnes qui développent des problèmes de consommation sont des personnes qui ont une condition physiologique/psychologique de base souffrante (par exemple, un ado qui vit de la déprime) et qui tentent d’améliorer leur état par l’usage de produits psychoactifs. Ainsi, assez typiquement malheureusement un ado qui consomme du speed de manière chronique a un trouble déficitaire de l’attention sous-jacent non-diagnostiqué… l’élève qui ne se sent pas bien dans sa peau va consommer des dérivés des opiacés (anti-douleurs) ou des amphétamines ( qui ne dors pas, maigris!)… celui qui est un ultra-performant consomme en alternance de la cocaïne ( pour augmenter l’énergie au travail) et de l’alcool (pour arriver à dormir ) et ainsi de suite.

     Ce qui arrive, c’est que lorsqu’une personne se retourne vers la consommation pour régler son problème… cette consommation vient avec plusieurs effets bénéfiques! Un phénomène assez pervers se produit parce que les produits consommés (non-régulés) activent très souvent les circuits de la récompense dans le cerveau (le réseau de neurones qui nous donne une sensation de plaisir). Ces circuits sont si directement et fortement stimulés qu’ils font vivre beaucoup de plaisir et de soulagement à la personne qui se dit : « my god! C’est tellement efficace! C’était vraiment une bonne idée. ». Ajouté à cela des réussites sociales, une rétroaction positive de votre coach préféré et c’est parti! Vous consommerez de plus en plus souvent. Suivant ce principe, on peut comprendre la toxicomanie comme étant l’utilisation d’une stratégie d’adaptation, par une personne, qui s’est chronicisée grâce à son environnement et à l’effet physiologique des produits sur le cerveau. La différence entre le toxicomane et le consommateur sporadique c’est que le toxicomane, lui, a l’impression de ne plus avoir d’autres moyens pour se traiter ou pour diminuer sa souffrance. Et ça fait du sens! Les SPA agissent si directement sur le cerveau qu’il devient facile d’avoir l’impression que tout est pâle en comparaison (parler avec son ami quand ça va mal? Bof!). Il utilise donc non-stop sa conso. Pour diminuer sa souffrance… que la conso augmente!

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Les adolescents et les jeunes adultes : une histoire de limites

     Les adulescents (termes tronqués entre adolescents et jeunes adultes) sont particulièrement enclins à prendre des risques dans certaines sphères de leur vie, notamment au niveau des comportements entourant leur santé physique (sexualité, SPA, sports extrêmes, etc.). Cela est dû entre autres à l’effet d’enjeux développementaux fondamentaux. Le cerveau est de plus en plus capable et efficient… le corps mature et devient fort… l’arrivée de responsabilités et les tâches qui se complexifient de jour en jour… tout cela donne envie à l’adulescent de se tester. Vient avec la réussite de défis et les accomplissements sportifs, scolaires, sociaux la question du :  jusqu’où suis-je capable? De quoi suis-je capable?

     Cette question est merveilleuse et terrifiante à la fois parce que l’adulescent qui se la pose et qui a envie d’explorer le monde a la qualité d’être confiant en ses capacités et d’avoir un minimum de sécurité interne (bravo les parents!), mais le défaut de ne pas maîtriser son corps (et son cerveau! qui est encore pas tout à fait mature, by the way) et donc, il estime mal les risques associés à ses initiatives. Ces conditions créent tout un combo qui peut être explosif. Ajoutons à cela des facteurs sociaux comme le contexte d’études post-secondaires, l’influence des pairs étudiants/adulescents, des contextes de vie difficiles (contexte de hautes-performances scolaires ou sportives, absence ou maladie d’un parent, etc.) et la diminution de la supervision parentale qui viennent fournir motifs et opportunités à l’adulescent pour consommer.

     Dans cette jungle qu’est la vie, l’idéal est que le parent, le coach ou le tuteur offre des alternatives saines à l’adulescent pour gérer ses émotions et pour encadrer ses initiatives (je répète, pour encadrer ses initiatives et non pas, empêcher). Être attentif au bien-être de son jeune, c’est l’amener là il a envie d’aller en lui enseignant à être autonome. C’est lui fournir des opportunités pour se dépasser et du soutient pour l’accompagner. C’est l’entrainer à prendre des décisions par ses propres moyens et de lui enseigner comment délibérer de manière « adulte ». C’est trouver l’équilibre délicat et toujours changeant entre limites et permissivité.

 

Mot de la fin

    La consommation de SPA fait parti des multiples sphères où l’adulescent peut explorer et tenter d’appréhender ses limites. Alors que cette exploration est normale (saine!), il est important de mettre en garde nos ados contre les dérapages que peuvent entrainer la consommation. Que ce soit l’alcool, la drogue, la médication, les produits naturels ou même, ceux en vente libre, consommer en ayant en tête un but bien précis (geler des émotions négatives, augmenter nos performances, se faire accepter par un groupe, etc.) est déjà un premier pas vers la chronicisation. Il vaut mieux alors agir tout de suite et tenter de comprendre quelle est la souffrance derrière cette stratégie d’adaptation compromettante pour la santé (pourquoi privilégier celle-ci? Pourquoi avoir besoin d’une stratégie d’adaptation maintenant?). Par ailleurs, des questionnements s’imposent souvent sur l’entourage et les milieux de vie de l’adulescent, particulièrement lorsqu’un problème de toxicomanie s’est formé. Parler de consommation, parler de liberté, parler d’émotions et les amener à questionner quelles sont leur système de valeurs sont autant d’interventions de prévention pour les adulescents qui ont le désir de vivre leur vie et de trouver leur place dans le monde.

 

Dre Sara-Maude Joubert, psychologue

Références :

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