Les différents systèmes d’alarme dans le corps : alias, nos trois cerveaux

Re-bonjour à tous,

   Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler (encore) de stress et d’anxiété… mais pas seulement! Aujourd’hui, je vais vous parler surtout du cerveau humain et de ses «mécanismes de défenses».

     Attention, attention. Je ne parle pas des mécanisme de défenses tels qu’on les comprend dans l’approche psychodynamique de la personnalité. Je parle de mécanismes physiologiques qu’on partage avec les animaux, ceux que notre cerveau utilise lorsqu’il est confronté à un problème. Comme vous l’aurez compris avec le titre de cet article, il sera question de trois mécanismes différents et complémentaires, nos « trois cerveaux ».

   Pour ce faire, je vais vous mettre en contexte. Imaginons que vous êtes au travail et que vous devez accomplir une tâche super importante d’ici vendredi. Sauf que la tâche en question, on vous l’a attribué aujourd’hui, jeudi 16h23. On s’entend, vous faites face à un problème. Devant ce problème, qui pourrait générer du stress vous aurez différentes options qui se présenteront à vous.

  1. Vous tentez de faire face au problème et décider de travailler toute la nuit (à la maison, à vos frais).
  2. Vous décidez de « caller » malade pour vendredi, ce qui vous donnera plus de temps.
  3. Vous décidez de négocier avec votre patron pour lui faire comprendre que les attentes sont irréalistes.
  4. Vous acceptez le travail et maugréez dans votre coin (ou à un collègue) à quel point votre patron n’a pas de considération pour vous.
  5. Vous «pétez une coche », en direct, à votre patron en lui disant comment il n’a pas de considération pour vous (stratégie paradoxale, mais bon.).

    L’ensemble de ces propositions parle du fonctionnement de nos trois cerveaux. D’ailleurs, parlons-en de nos trois cerveaux.

 

La minute de biologie 101

     Notre cerveau comporte trois macros structures principales si on ne considère pas de cervelet. Il y a l’encéphale (a), le cerveau reptilien (b) et le bulbe rachidien (c).

cerveau

(a) L’encéphale (la partie rouge) : c’est la couche externe du cerveau et elle est composée des deux hémisphères. Elle est le foyer des fonctions dites « de haut niveau » du cerveau. C’est grâce aux fonctionnement des cellules de l’encéphale que nous sommes capable de réfléchir, d’intégrer différentes informations afin d’adopter des comportements complexes, que nous pouvons parler, marcher et percevoir le monde grâce à nos sens. C’est également grâce à l’encéphale que nous sommes capable de retenue dans les situations sociales (se retenir de couper la parole, par exemple) et que nous avons un certain contrôle de nos émotions.

(b) Le cerveau reptilien (la partie jaune supérieure): c’est le «noyau dure» sur lequel «sont assis » les hémisphères cérébraux. C’est la partie interne du cerveau, le plus au centre possible de cette sphère neuronale. Le cerveau reptilien réunit toutes les fonctions plus instinctives et animales de notre fonctionnement. C’est à cet endroit qu’il y a le département de la menace qui est responsable de l’anxiété. C’est à cet endroit que les émotions, les odeurs et la mémoire primitive (structures qui font l’appariement entre un stimulus et une valence émotive) travaillent.

(c) Le bulbe rachidien (la partie jaune inférieure) : Si on avait à donner un âge à nos macros structures cérébrales, le bulbe rachidien serait certainement le doyen de la place. Ce « blob » de neurones est très dense et s’occupe de réflexes de survie comme le phénomène de freeze ou de dissociation. C’est lui qui fait le relais entre les commandes de l’encéphale et les membres et organes du corps. Il est également responsable des gestes très rapides et des comportements de survie qui outrepassent notre conscience. Parfois, dans des situations très intenses, le bulbe rachidien, ce doyen à la grande expérience de vie, va prendre le dessus sur les autres structures et sera aux commandes.

     On s’entend, chacune de ces structures est très spécifique et elles sont toutes utiles.

 

Retour à notre mise en situation

     D’emblée, lorsque nous sommes confrontés à un problème, notre cerveau va utiliser ses ressources les plus efficaces et les plus perfectionnées pour nous sortir du pétrin. Il va faire appelle, dans un premier temps, à l’encéphale. L’encéphale, avec tous les sous-structures et toutes les neurones qu’elle comprend, a plusieurs cordes à son arc pour résoudre les problèmes. Elle a accès à des mots (le langage), elle peut utiliser nos expériences antérieures pour nous aiguiller, elle peut demander à nos membres de réaliser certaines actions, elle peut déduire les informations dans l’environnement ou encore, aller demander de l’aide à quelqu’un qui est perçu comme compétent. Ainsi, de premières intentions, l’humain va utiliser des stratégies relationnelles et sociales pour résoudre ses problèmes, des stratégies à la fine pointe de la technologie cérébrale (solution 3 dans la mise en situation).

outils

     Par contre, lorsque nous avons la perception (à tords ou à raison!) que nous ne pouvons pas faire appelle à nos stratégies sociales… que la négociation, le raisonnement logique, le travaille d’équipe ne sont pas des options réalistes… que, physiquement, l’obstacle qui est devant moi va au-delà de mes capacités sociales ou de mes options relationnelles… alors là, notre deuxième cerveau entre en jeu. Et Dieu sait que quand le cerveau reptilien prend le contrôle, les solutions qu’il propose sont simples, claires et précises. Scénario 1, on décampe et on se sauve la vie. Scénario 2, on attaque (on vit de la colère intense) et on prend le dessus sur l’obstacle. Ce deuxième cerveau est à l’origine des comportements de fuite (d’évitement) ou d’attaque (de contrôle). C’est dans ce système-ci que le phénomène anxieux décrit ici s’inscrit. Le phénomène de la colère peut également être motivé par ces tenants, mais nous en reparlerons éventuellement.

     Finalement, le bulbe rachidien. Notre vieillard est la plupart du temps assis confortablement dans sa chaise berçante à répéter les informations qu’il entend de ses voisins d’en-haut. Il ne se lève de sa chaise que dans les cas extrêmes, où nous sentons que nous n’avons pas la possibilité de fuir ou de contrôler ce qui se passe… lorsque nous nous sentons en situation d’impuissance. Dans ces moments, le bulbe rachidien va faire ce qu’il sait faire de mieux… il va imposer son veto sur l’ensemble de notre organisme (après tout, c’est lui l’aïeul). Il va prendre le contrôle de notre système nerveux et décider des gestes à prendre. Parfois, cela voudra dire qu’il va commander aux membres de faire des actions immédiates, sans en parler à l’encéphale… parfois, cela voudra dire qu’il va nous mettre en état de sédation. On va figer sur place (soit mentalement ou/et physiquement) et ne plus vraiment se sentir, physiquement parlant. On sera en état de dissociation.

 

Quoi faire de tout cela?

     Pourquoi je vous parle de cela? En fait, j’ai deux buts en tête. De un, par rapport à l’anxiété… Il peut être très (très!) utile de développer des stratégies et habiletés relationnelles et sociales afin de prévenir les montées de stress. Après tout, les déclencheurs de stress sont bels et bien le manque de contrôle, l’incertitude, la nouveauté et l’égo (CINÉ!). Donc, quand je me sens habile et que je sais que j’ai des outils dans mon coffre, je suis plus à même d’avoir une tolérance à l’incertitude élevée, à avoir un sentiment de contrôle plus fort, à moins craindre la nouveauté et à me sentir compétent comme personne. Je vis moins de stress! De deux, je voulais expliquer ces phénomènes afin de déculpabiliser et dédramatiser les symptômes de dissociations qui peuvent survenir dans des moments d’extrêmes frayeurs. Il faut comprendre que tous ces phénomènes sont involontaires et donc, leur activation ne dépendent pas de notre vouloir.

     Sur ce, bonnes semaines à tous!

Dre Sara-Maude Joubert, psychologue

Références:

  • Mercier. A., & Cyr, J. (2018). L’expérience dépressive sous l’angle d’un modèle neurodéveloppemental de la personnalité : évaluation et traitement, Formation en ligne, Ordre des Psychologues du Québec
  • Chidiac, N., & Crocq (2010). le psychotrauma, la réaction immédiate et la période post-immédiate. Annales Médico-psychologiques, 168, p.639-644.
  • Holmesa, E. A., Brown, R.J., Manselld, W.R., et al., (2005). Are there two qualitatively distinct forms of dissociation? A review and some clinical implications. Clinical Psychology Review, 25: 1-23.
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Méditation en pleine conscience : La carte SIM

Bonjour à tous!

     Cela fait un bon moment que je n’ai pas publié sur le blogue. C’est pourquoi que j’ai décidé de marquer ma reprise de publications avec un exercice pratique que j’utilise beaucoup en thérapie : la carte SIM.

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      Qu’est-ce? C’est un exercice de méditation en pleine conscience qui est utilisé pour aider les personnes qui sont anxieuses ou en douleurs chroniques à se ramener dans le ici et maintenant.  L’exercice est tirée du livre « Faire face à la souffrance, choisir la vie plutôt que la lutte avec la Thérapie d’acceptation et d’engagement » de B. Schoendorff.

    L’exercice permet d’entraîner la discrimination entre les expériences intérieures (ressenties dans nous), les expériences mentales ( nos pensées ) et l’expérience de nos 5 sens (ce qui est ressenti autour de nous). En fait, en termes de psychologue, cet exercice entraîne la diffusion mentale ( le fait d’avoir un recul par rapport à nos pensées ). Cette habiletés est essentielle pour une panoplie d’activités quotidiennes ( se monitorer et monitorer nos relations interpersonnelles, nommer et comprendre nos états affectifs, mettre le frein sur nos réactions automatiques, etc. ) et ainsi, participe au développement de la flexibilité psychologique ( AKA « la santé mentale » ).

 

 

    Alors? Comment cela a été? Est-ce que vous êtes arrivé à être pleinement dans le moment présent? Est-ce que vos préoccupations, vos anticipations ou vos j’aurais-donc-dû ont pris beaucoup de place? Quel attitude avez-vous eue face à vous même? Est-ce que vous vous êtes puni de ne pas être attentif davantage ou bien avez-vous su faire preuve de compassion envers vous?

     Sachez que de pratiquer un peu à tous les jours la méditation en pleine conscience va rendre l’exercice et ses retombés de plus en plus marqués. Par ailleurs, si vous souhaitez varier les plaisirs, des vidéos Youtube gratuits sont disponibles en ligne. Je vous recommande particulièrement le matériel de Dr Christophe André, psychiatre.

Sur ce, bonne pratique!!

Dre Sara-Maude Joubert, psychologue

Vous êtes-vous parlé?

« C’est facile, nous quand ça ne va pas, on communique

« Je lui ai dit l’autre jour que je ne voulais pas qu’il laisse traîner ses bas sur le divan! »

«Magali dit toujours oui, mais elle ses comportements ne suivent jamais sa parole…»

« Je t’avais demandé de me faire le bilan des dépenses pour le mois courant… non pas le budget mensuel »

« Combien de fois dois-je te répéter que je n’aime pas patiner pour que tu le comprennes enfin?»

     Voilà quelques situations que nous avons tous vécus à un moment ou à un autre. Certains reconnaitrons ces mots dans leur couple, alors que d’autres dans leurs relations avec les amis, la famille ou avec les collègues.

     La communication est une activité essentielle, intrinsèquement liée à notre nature humaine1. En effet, du fait que la bête humaine que nous sommes est un être social1, la communication (que ce soit via l’utilisation du langage verbal ou non) est au cœur de notre développement comme espèce vivante1. Il faut dire, qu’à la base, la racine latine du mot «communication» signifie «partager», «de mettre en commun»2. En parallèle, l’Homme a survécu toutes ces années de par sa capacité à s’adapter et à communiquer, donc à partager les bons trucs…vous savez, ceux qui assurent la survie (qu’elle soit physique ou émotionnelle!).

     Ainsi, communiquer c’est partager une information à autrui avec le moyen que nous espérerons le plus efficace possible pour atteindre un but2. Donc, si je souhaite manifester mon insatisfaction (mon but), par rapport à la décision de mon patron de diminuer de 30 minutes l’heure de diner (situation), je pourrais choisir de crier après et de l’humilier devant tout le monde (moyen) comme méthode pour lui atteindre ce but. Efficace? Oui. Adapté? Non! Il faut dire que mon but sera atteint, mais que les conséquences associées à mon moyen pour véhiculé mon message nuiront probablement à ma réputation, à mes relations avec autrui au travail en plus de contribuer à l’installation d’un climat malsain pour tous (l’utilisation de l’intimidation, et donc de la violence n’est jamais une solution porteuse de biens-faits).

    Ainsi, communiquer n’est pas tout. Il faut encore savoir le faire de manière efficace et sensible à son environnement (social et physique)2. Il faut considérer l’impact du moyen utilisé pour communiquer2. La capacité d’une personne à communiquer avec autrui d’une manière libre, qui favorise les échanges, qui n’agresse ni ne diminue les droits, les besoins ou les obligations d’autrui et qui demeure satisfaisante pour soi-même (qui répond à ses besoins, ses droits ou ses obligations) se nomme « habileté interpersonnelle »2. Une personne qui a de bonnes habiletés interpersonnelles a généralement une communication efficace qui est synonyme de bien-être et d’actualisation de soi (self-improvement : le fait de s’améliorer comme personne d’une manière qui est nourrissante pour l’âme)3. Cette personne est généralement plus populaire auprès de ses pairs4 en plus de travailler activement à implanter un climat de travail propice au bien-être de tous5. Cette même personne a également plus de chance de vivre une relation amoureuse satisfaisante, encourageant une intimité affective avec le partenaire6. Elle aura également plus tendance à observer une hausse de sa performance au travail, surtout si elle travaille dans un domaine de relations d’aide7, 8 (pensons à nos infirmiers/ières, médecins, dentistes, coiffeurs/ses, etc.).

Donc, si nous récapitulons.

     Communiquer implique au minimum deux personnes (idéalement, deux personnes assez habiles au niveau interpersonnel), un but (partager une information) et un moyen (verbal ou non). Il se produit dans un contexte, vis-à-vis une situation donnée. Il implique de considérer les conséquence qu’il engendre. Ainsi… communiquer devrait ressembler à quelque chose de ce genre, non?

comm-101     Non! Peut-être que mon dessin porte à la confusion, je l’avoue, MAIS une communication efficace inclue également deux autres facteurs essentiels2, soit l’écoute et le timing. Donc, théoriquement, ça devrait ressembler plus à quelque chose comme cela.

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C’est bien beau la théorie, mais dans la vrai vie ce n’est pas si simple.

     Effectivement, et pourquoi donc?

     Il y a plusieurs raisons qui peuvent expliquer que la communication avec une autre personne ne soit pas fluide ou efficace. En fait, il y a autant de raisons qu’il y a de paramètres qui régissent la communication humaine.

Décourageant, n’est-ce pas? Pas tant que cela.

     En fait, cela implique que des obstacles peuvent survenir dans une ou plusieurs de ces 4 dimensions, soit de la part de :

  1. l’individu qui tente de communiquer quelque chose.
  2. l’individu à qui on communique quelque chose.
  3. la relation entre les individus.
  4. du contexte dans lequel se déroule la conversation (le timing!).

    Aujourd’hui, dans le cadre de cette chronique, nous n’aborderons que les dimensions 1, 2 et 4 parce que ce sont celles sur qui nous avons, comme individu, le plus de contrôle concret et immédiat.

     Au niveau des facteurs propres aux individus (les points 1 et 2), plusieurs obstacles à la saine communication peuvent se résumer aux termes « pauvres habiletés/ maladresse / manque d’habiletés inter   personnelles ». Ainsi, l’individu qui tente de partager une information à un autre, l’émetteur, peut avoir de la difficulté9,10 à :

  • Questionner autrui efficacement / sans menacer ou blâmer.
  • À s’expliquer d’une manière claire et affectivement dégagé.
  • À se dévoiler, personnellement, à un rythme agréable pour autrui.
  • À s’affirmer.
  • À influencer autrui, à le convaincre ou le persuader (dans le sens de faire adhérer à un point de vue, non pas dans le sens de manipuler).
  • À négocier.
  • À participer à une conversation sans l’accaparer tout entière (prendre toute la place) ou en être totalement dégagé.
  • Émettre des signes verbaux et non-verbaux qui sont cohérents les uns avec les autres (les gestes, les mimiques faciales et l’expression émotionnelle sont cohérents avec les propos).

De son côté, la personne qui reçoit les informations, le récepteur, peut avoir de la difficulté à9,10 :

  • Écouter réellement l’autre. L’entendre dans ses besoins plutôt que de l’écouter pour répliquer.

Par exemple, «Je comprends que tu te sens seul lorsque je fais telle chose et que tu as besoin de te sentir considérer davantage?».

  • Renforcer positivement l’émetteur lorsque le mode de communication utilisé est agréable.

Par exemple, faire des hochements de tête, dire «hum-hum».

 Refléter le message que tente de communiquer l’émetteur / valider l’autre que le message passe et est entendu.

Par exemple,

–       J’ai fait telle chose, puis après j’ai couru à telle place pour avertir mon collègue de la catastrophe…

–       Tu t’es senti paniqué lors de cet événement.

     Heureusement, peu importe d’où on part et quelles sont nos zones de faiblesses, toutes ces habiletés peuvent s’apprendre, se pratiquer et s’améliorer. Vous êtes intéressé à renforcer vos compétences relationnelles et communicationnelles ? Commencer par vous observer ! Lors de communication avec des collègues, des membres de votre famille ou des personnes de votre entourage, qui initie la conversation ? Quelle position (physique et relationnelle) avez-vous tendance à adopter ? Le pourcentage des tours de parole ressemble à quoi? Comment vous sentez-vous durant l’interaction ? Comment varie votre ton de voix en fonction des sujets, de vos émotions ou des personnes que vous rencontrez? Autant de questions pertinentes pour orienter vos observations et préciser quel pourrait être le problème dans vos échanges avec autrui.

    Vous êtes prêts à passer à la pratique? Plusieurs ouvrages peuvent vous accompagner et vous guider. En voici quelques-uns.

  • L’art de communiquer, de Louis Baribeau (2000)

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  • S’affirmer et communiquer, de Madeleine Beaudry, Jean-Marie Boisvert (2012)

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  • La communication non-violente au quotidien, de Marshall B. Rosenberg (2003)

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     En terminant, sachez que si la difficulté persiste (que ce soit parce que la cause vous échappe ou parce que vos tentatives pour régler le problème ne se sont pas avérées fructueuses), il y a toujours l’option de rencontrer un psychologue ou un autre intervenant social pour vous aider à la surpasser. Il ne faut pas oublier que la communication interpersonnelle, par définition, implique plus d’une personne et que plusieurs autres modalités peuvent venir compliquer le bon déroulement d’un échange.

Sur ce, bonne lecture!

Dre Sara-Maude Joubert, psychologue

  1. Hargie, O. (2010). Skilled interpersonal communication: Research, theory and practice. Routledge.
  2. De Gelder, B., de Borst, A. W., & Watson, R. (2015). The perception of emotion in body expressions. Wiley Interdisciplinary Reviews: Cognitive Science, 6(2), 149-158.
  3. Roloff, M. E. (2015). Theorizing interpersonal communication: Progress and problematic practices. Communication Theory, 25(4), 420-425. doi:10.1111/comt.12081
  4. Niven, K., Garcia, D., van der Löwe, I., Holman, D., & Mansell, W. (2015). Becoming popular: interpersonal emotion regulation predicts relationship formation in real life social networks. Frontiers in psychology, 6.
  5. Bambacas, M., & Patrickson, M. (2008). Interpersonal communication skills that enhance organisational commitment. Journal of Communication Management, 12(1), 51-72.
  6. Boland, J. P., & Follingstad, D. R. (1987). The relationship between communication and marital satisfaction: A review. Journal of sex & marital therapy, 13(4), 286-313.
  7. Hottel, T. L., & Hardigan, P. C. (2005). Improvement in the interpersonal communication skills of dental students. Journal of Dental Education, 69(2), 281-284.
  8. Arnold, E. C., & Boggs, K. U. (2015). Interpersonal relationships: Professional communication skills for nurses. Elsevier Health Sciences.
  9. Edmondson, A. C., & Roloff, K. S. (2009). Overcoming barriers to collaboration: Psychological safety and learning in diverse teams. In E. Salas, G. F. Goodwin, C. S. Burke, E. Salas, G. F. Goodwin, C. S. Burke (Eds.) , Team effectiveness in complex organizations: Cross-disciplinary perspectives and approaches (pp. 183-208). New York, NY, US: Routledge/Taylor & Francis Group.
  10. Carma L. Bylund, Emily B. Peterson, Kenzie A. Cameron, A practitioner’s guide to interpersonal communication theory: An overview and exploration of selected theories, Patient Education and Counseling, Volume 87, Issue 3, June 2012, Pages 261-267.

La peur de consulter un psychologue – Recevoir des soins et des services en santé mentale, non merci !

     Travailler à son prompt rétablissement commence dès lors que nous décidons de quérir les services et les soins dont nous avons besoin.

     L’état psychologique dans lequel nous faisons cette première étape prédit, en partie, la réussite et l’efficacité des traitements reçus et cela, dans différents domaines. En effet, quérir des services au niveau de la santé physique (médecin, physiothérapeute, ergothérapeute, etc.), dès l’apparition des premiers symptômes, est garant d’une meilleure rémission des ceux-ci et d’un retour plus rapide à son fonctionnement habituel. À l’inverse, retarder la recherche de soins peut mener à une aggravation des symptômes et de sa condition.

     Au niveau de la santé mentale, ce principe s’applique également. Il a été démontré dans plusieurs études que de retarder les traitements pour les difficultés émotionnelles comme l’anxiété et les affects dépressifs était lié à une intensification de ces symptômes, à une détresse psychologique plus sévère et au développement de problèmes chroniques1,2.

     Des études se sont intéressées à comprendre quels éléments pouvaient expliquer qu’une personne ayant besoin de services refuse ou soit hésitante à aller en chercher. Ces dernières rapportent que, au niveau des traitements en santé mentale, le manque de connaissance par rapport à ce que signifie «être en santé mentale», l’accessibilité aux services professionnels3, vouloir régler son problème seul4 ou encore, attribuer à tort ses symptômes à une maladie physique ou à un manque de sommeil5 sont des facteurs qui contribuent à diminuer la recherche de soins. Surtout, avoir peur de rencontrer un professionnel en santé mentale est le facteur qui semble le plus contributif à cette réticence et qui est partagé par près de 20% de la population générale1.

    Cette peur (rencontre un professionnel en santé mentale) peut être fortement soutenue par des inquiétudes concernant1, 6… :

A) l’image que nous pouvons projeter et le sentiment de honte qui l’accompagne,

« Que vais-je penser les gens ?»

« Et si je croisais quelqu’un que je connais ? »

B) les réactions d’autrui face à notre démarche,

« Et si on me voyait comme une personne faible ? »

« Les gens vont me diminuer ou me parler comme si j’étais fragile s’ils le savaient.»

C) les répercussions de notre démarche au niveau de notre employabilité et enfin,

« Un employeur potentiel va me percevoir comme un employé à problèmes.»

« Mes collègues vont penser que je suis capable d’en faire moins que les autres.»

D) les modalités de traitement proposées .

« Vais-je devoir parler de mon enfance ?»

« Est-ce réellement confidentiel ? »

     Ces craintes qui, d’emblée, peuvent sembler légitimes, sont des stéréotypes qui font état d’une méconnaissance des services et des traitements disponibles7.

Voyons voir ce qui en est vraiment…

A) Que vont penser les autres ?

     Premièrement, dévoiler à quelqu’un d’autre que l’on fait un suivi thérapeutique ou que nous allons chercher des soins en santé mentale, c’est quelque chose qui vous appartient entièrement. Cela signifie que si vous jugez bon de garder cette information pour vous, vous avez entièrement le droit. À l’inverse, vous souhaitez en parler à quelqu’un pour demander son avis ou simplement pour partager ce qui se passe pour vous dans votre vie, c’est votre choix.

     C’est sûr que j’aimerais pouvoir vous dire que la santé mentale, au Québec, n’est plus un sujet tabou, mais j’aurais l’impression de vous mentir et de me mentir de dire cela. Il n’est pas rare6, encore en 2016, que des personnes vont croire que d’aller en thérapie, c’est faire un premier pas vers l’asile (et qui dit asile dit : folie). À leur défense, il faut dire, qu’historiquement parlant, au Québec, les problèmes graves de santé mentale nécessitaient une institutionnalisation (*beau mot pour dire l’expression populaire « se faire enfarmé »). En plus, les connaissances scientifiques sur les pathologies étaient plutôt minces, ce qui laissaient de la place à une vaste gammes d’expérimentations (il ne faut pas s’imaginer une scène d’horreur non plus quand même !).

      Or, les connaissances sur les problématiques et les moyens pour aider les personnes qui en souffrent ont grandement évolués. Fini les bains d’eau froide et bonjour l’expression par la parole ! Par ailleurs, voir un psychologue ne vous conduira pas à casser maison pour loger au 8e étage d’un hôpital. Cette décision médicale appartenant aux médecins7 et n’est pas formulée à qui mieux-mieux.

     Deuxièmement, autant qu’il vous appartient de partager votre vécu avec qui vous le désirez, les pensées ou les réflexions que les autres peuvent avoir concernant votre démarche, ça, ça leur appartient. Et si jamais vous entendez un commentaire plate de quelqu’un et bien invitez cette personne à mettre à jour ces connaissances et à sortir plus souvent de chez elle. Les problèmes d’ordre émotionnel ou de santé mentale sont communs et les moyens pour y remédier, quant à eux, modernes. Vous prenez des moyens pour prendre soins de vous et si quelqu’un n’est pas capable de comprendre cela, c’est cette personne qui devrait avoir honte. Vous ne me croyez pas… constatez par vous-même : http://www.revue-smq.ca/ (site internet de la revue québécoise sur la santé mentale, de l’Université du Québec à Montréal).

B) Les gens vont me parler comme si j’étais faible ou diminué.

    S’il y a bien un principe en psychologie qui est fascinant, c’est bien celui des prophéties auto-réalisantes. Oui, je sais, ça sonne un peu comme dans le Secret (le livre), mais différemment de ce bouquin de psycholog-ish populaire, l’effet des prophéties auto-réalisantes est un fait scientifique démontré8, 9.

Le principe est simple :

     Nos attentes par rapport à une situation influencent grandement nos comportements… parfois même au point de provoquer ces-dites attentes (d’où le nom de « prophéties auto-réalisantes).

Un exemple ?

Situation initiale : Première journée de retour au travail progressif.
Mes peurs : « Mes collègues vont me croire faible parce que j’ai eu un arrêt de travail
Mes comportements : Nerveux, gauche, hésitant, inhibé.
Conséquences sur autrui : Effet sur les pensées des autres : « Hum, aujourd’hui semble une grosse journée pour Sara-Maude. Heureusement que j’avais prévu lui redonner des tâches tranquillement. »

 

Effet sur leurs comportements : Vont au-devant de mes besoins, se veulent rassurant.

Mon interprétation des comportements d’autrui : « Je le savais ! Ils trouvent que je suis faible. »

 

Moral de cette démonstration ?

La crainte que les autres nous trouvent faibles ou diminués vient surtout du fait que nous nous sentons incertain par rapport à nos propres capacités (affectives, cognitives, énergétiques). La question à se poser est davantage « est-ce que je me trouve faible, moi-même ? » que « est-ce que les autres vont me trouver faible ? ».

     Notre attitude et nos croyances par rapport à soi-même ou par rapport à la démarche en santé mentale sont les ingrédients qui détermineront nos comportements et ainsi, nos interactions avec autrui. S’évaluer comme étant faible ou diminué, c’est se juger très sévèrement et c’est de mettre les outils en place pour se prouver que ce que nous pensions (à tords) est fondé.

C) Un employeur potentiel va me percevoir comme une personne « à problèmes ».

     Dans le même sens que ce qui est explicité plus haut, cette crainte peut s’expliquer par le phénomène comportemental des prophéties auto-réalisantes.  Ceci étant dit et parce que le monde est loin d’être parfait, il est possible que certaines personnes, un employeur également, aient des stéréotypes envers les personnes qui ont reçus des services en santé mentale. Alors qu’il y a plusieurs soins, très différents, qui s’inscrivent sous ce vocable (difficulté émotionnelle, deuils, évaluation attentionnelle, chercher à se connaitre davantage, traitements institutionnalisés, etc.), les personnes qui ne sont pas initiées au domaine de la psychologie peuvent facilement confondre certains services.

     Dans le cadre d’un entretien d’embauche ou dans la visée d’obtenir une promotion, il est interdit par la Loi10, 11 (Charte des droits et libertés du Québec) qu’on refuse à une personne l’accès à un travail ou à une promotion sur la base des services qu’elle a reçu ou qu’elle reçoit actuellement au niveau de sa santé mentale.

Voici l’article en question :

« Nul ne peut exercer de discrimination dans l’embauche, l’apprentissage, la durée de la période de probation, la formation professionnelle, la promotion, la mutation, le déplacement, la mise à pied, la suspension, le renvoi ou les conditions de travail d’une personne ainsi que dans l’établissement de catégories ou de classification d’emploi. »10.

     Dans cet énoncé, le mot-clé à retenir c’est discrimination. Parce que d’agir en cohérence avec nos stéréotypes, concernant une personne ou un groupe de personnes, ça s’appelle faire de la discrimination12.

Si vous en êtes victime, je vous invite à consulter le site Internet d’Éduca-Loi : https://www.educaloi.qc.ca/capsules/les-recours-contre-la-discrimination

D) Vais-je devoir parler de mon enfance ?/Est-ce confidentiel ?

L’Ordre des psychologues du Québec13 reconnaît différentes approches thérapeutiques, toutes efficaces. Ces approches, appelées paradigmes sont au nombre de quatre : la perspective psychodynamique, la perspective humaniste et existentielle, la perspective cognitive et comportemental et la perspective systémique. Alors que chacune d’entre elles a des méthodes de traitement et des schèmes théoriques différentes, toutes doivent se plier à des règles de pratiques dites « transthéoriques ». Ces règles balisent le fonctionnement d’une thérapie, c’est-à-dire qu’elles obligent tout thérapeute à procéder à une évaluation du client (de sa condition actuelle, de son motif de consultation, de ses besoins, etc.) et à aider ce dernier en utilisant tous les moyens nécessaires, reconnus par la profession.

     C’est souvent au moment de l’évaluation qu’un psychologue posera quelques questions sur l’enfance de ses clients14. L’idée est souvent de comprendre d’où ces derniers arrivent pour mieux comprendre qui ils sont. L’idée, c’est que ces questions permettent d’évaluer le développement de la personne (au-delà des relations familiales, comment se sont déroulées les premières amitiés, l’arrivée à l’école, etc.). Ainsi, pour un grand nombre de psychologues, des questions seront également posés sur l’adolescence, l’émergence de l’âge adulte (jeunes adultes) et leur vie d’adultes des dernières années.

     La place laissée aux expériences en bas âge dans la compréhension clinique du psychologue dépendra, par la suite, de ses allégeances théoriques13. Pour en savoir plus sur ce sujet et, surtout, sur comment travaille votre psychologue, vous pouvez a) lui demander directement (oui, c’est une question qui se demande ! Par ailleurs, s’il n’est pas en mesure de vous donner une réponse claire ou satisfaisante…attention !), b) consulter la page Internet de l’Ordre des psychologues du Québec (www.ordrepsy.qc.ca) et c) vous référez au fascicule sur la question dans la salle d’attente de votre psychologue.

***

     S’il y a bien une valeur fondamentale dans la pratique de la psychothérapie, c’est bien la confidentialité. Cette dernière se définit comme « ce qui est secret »15 ou encore, « caractère d’une information confidentielle »15. Ainsi, par défaut, le psychologue est tenu de garder secret toute informations échangées dans le cadre des rencontres thérapeutiques. C’est, par ailleurs, à cause de ce paramètre de base que le professionnel peut exercer son travail (qui aurait envie de livrer son intimité affective sans une garantie de discrétion absolue ?).

 

Pourtant, à cette règle de base, 5 exceptions subsistent16. Soit…

 

1-    le psychologue évalue qu’il y a un risque imminent à ce que son client commette un acte suicidaire et qu’aucun autre moyen que le bri de confidentialité (par le contact avec une personne proche du client ou par la police) puisse être utilisé pour stopper le client dans ses actions.

2-    le psychologue évalue qu’il y a un risque imminent à ce que son client commette un acte dangereux envers autrui (on parle ici d’homicide, par exemple) et qu’aucun autre moyen que le bri de confidentialité (par le contact avec une personne proche du client ou par la police) puisse être utilisé pour stopper le client dans ses actions.

3-    le psychologue a connaissance qu’un enfant (14 ans ou moins) qui est sous la responsabilité du client adulte soit en danger, maltraité ou en situation de négligence.

4-    le psychologue reçoit un sub penea (demande officielle de présence en Cour) et qu’un juge lui ordonne de révéler les informations contenues dans le dossier du client pour éclairer l’affaire judiciaire en cours.

5-    le psychologue obtient un consentement éclairé et écrit de son client à partager des informations (précisées dans l’autorisation écrite) à un tiers (médecin, tiers payeur, etc.).

     Ces règles s’appliquent pour tous les psychologues du Québec. Cependant, il est fortement recommandé de demander les détails (un document écrit !) concernant les limites de la confidentialité à son psychologue puisque dans certaines institutions (les institutions publiques, souvent), d’autres exceptions peuvent s’ajouter (surtout dans les cas de travail en interdisciplinarité)16. Ainsi, vous serez en mesure de savoir exactement dans quoi vous vous embarquer, dans cette thérapie.

Mot de la fin

     Gardez toujours en tête que lorsqu’il est question de suivi thérapeutique et psychologique, vous êtes le patron ! Il est question de votre aisance, de votre rythme, de votre santé et dans certains cas, de votre portefeuille. Vous avez le droit de poser toutes les questions que vous jugez pertinente pour évaluer si le service offert correspond à vos besoins. De plus, vous avez le droit d’exiger que les modalités de fonctionnement du service que vous allez chercher soient mises sur papier.

     Vous avez des craintes ? Parlez-en avec votre intervenant ! Il est la personne la plus à même à vous donner l’heure juste par rapport à celles-ci. N’oubliez pas que votre santé est une priorité et que vous vous devez, pour vous-même, d’au moins vous informez.

      Pour la suite des choses, tout est une question d’attitude. Alors que de vivre de l’anxiété et des appréhensions par rapport à sa démarche est normale, en avoir honte ou bien s’en sentir diminué parlent davantage des croyances que l’on entretient sur nous-même. Il ne faut pas oublier que notre plus grande critique, c’est souvent nous-même.

Dre. Sara-Maude Joubert, psychologue

Références :

  1. Clement, S., Schauman, O., Graham, T., Maggioni, F., Evans-Lacko, S., Bezborodovs, N., … & Thornicroft, G. (2015). What is the impact of mental health-related stigma on help-seeking? A systematic review of quantitative and qualitative studies.Psychological medicine45(01), 11-27.
  2. Dell’Osso B, Glick ID, Baldwin DS, Altamura AC (2013). Can long-term outcomes be improved by shortening the duration of untreated illness in psychiatric disorders: A conceptual framework. Psychopathology 14, 14-21.
  3. Henderson C, Brohan E, Clement S, Williams P, Lassman F, Schauman O, Dockery L, Farrelly S, Murray J, Murphy C, Slade M, Thornicroft G (2013). Randomised controlled trial of a decision aid on disclosure of mental health status to an employer: feasibility and outcomes. British Journal of Psychiatry 203, 350-357.
  4. Ilse van Beljouw, M. S. B., Verhaak, P., Prins, M., Cuijpers, P., Penninx, B., & Bensing, J. (2010). Reasons and determinants for not receiving treatment for common mental disorders.Psychiatric Services.
  5. Tanskanen, S., Morant, N., Hinton, M., Lloyd-Evans, B., Crosby, M., Killaspy, H., … & Johnson, S. (2011). Service user and carer experiences of seeking help for a first episode of psychosis: a UK qualitative study.BMC psychiatry,11(1), 1.
  6. Dockery, L., Jeffery, D., Schauman, O., Williams, P., Farrelly, S., Bonnington, O., … & Clement, S. (2015). Stigma-and non-stigma-related treatment barriers to mental healthcare reported by service users and caregivers.Psychiatry research228(3), 612-619.
  7. Gouvernement du Québec (2012). Guide explicatif du projet de Loi 21 – Des compétences professionnelles partagées en santé mentale et en relations humaines : la personne au premier plan. Bibliothèque et Archives nationales, 87 pages.
  8. Snyder, M., Tanke, E. D., & Berscheid, E. (1977). Social perception and interpersonal behavior: On the self-fulfilling nature of social stereotypes.Journal of Personality and Social Psychology,35(9), 656.
  9. Word, C. O., Zanna, M. P., & Cooper, J. (1974). The nonverbal mediation of self-fulfilling prophecies in interracial interaction.Journal of experimental social psychology10(2), 109-120.
  10. Gouvernement du Québec. Chartes des droits et libertés de la personne. Éditeur officiel du Québec, (septembre 2016) : 30 pages.
  11. Vallerand, R. (2006). Les fondements de la psychologie sociale (2e édition). Les éditions Gaétan Morin. Montréal : 741 pages.
  12. Ordre des psychologues du Québec. Les orientations théoriques, (page consultée le 2016-10-03), http://www.ordrepsy.qc.ca
  13. Ordre des psychologues du Québec. Guide explicatif concernant le code de déontologie des psychologues du Québec (juillet 2008). 31 pages
  14. Le Robert illustré. (2015). Nouvelle édition millésime, Dictionnaires Le Robert – SEJER. Paris.
  15. Dupuy, D. (2006). La Loi sur le Protecteur des usagers en matière de santé et de services sociaux et la confidentialité du dossier du psychologue, Psychologie Québec, :13

Ressentir, comprendre et agir.

Ressentir, comprendre et agir.

     Trois mots. Trois mots simples lorsqu’on les prend séparément, mais porteur de tellement plus quand on les assemble ensemble. Ils définissent, à mon regard, les trois grandes étapes d’un processus de psychothérapie axé sur le changement1. Ils forment les fondements même de ma pratique comme psychologue clinicienne.

     La première étape, c’est les émotions. Les clients arrivent avec leurs émotions. Ces dernières sont parfois très diffuses, parfois manifestes. Parfois, elles sont contrôlées par la raison ou encore, font état que quelque chose de grave ou d’intense se produit dans la vie de la personne. Quoiqu’il en soit et peu importe l’état émotionnel avec lequel arrive les clients, le premier travail du psychologue est l’accueil1. Accueillir des émotions peut sembler simple, mais en fait, c’est un acte complexe qui consiste à redonner à la personne un contact sain avec ceux-ci, un contact porteur de guérison2. C’est de lui permette de ressentir, de ventiler son vécu, de légitimer son état affectifToute démarche de changement thérapeutique passe par cela.

     La deuxième étape d’un processus thérapeutique axé sur le changement, c’est de comprendre. Après la tempête d’émotions (pleurs, inquiétudes, colère, culpabilité, etc.) et au-delà de cette dernière, que se passe-t-il pour moi, dans ma vie? Plus encore, si on s’intéresse à plus que les événements, si on s’intéresse à comment les événements, ma compréhension de ceux-ci, mes réactions affectives et mes comportements s’imbriquent pour former un tout… un tout complexe et bien huilé qui maintiennent mes difficultés en place… qu’en comprendrons-nous? Comment fonctionne le cercle vicieux dans lequel je suis pris actuellement? A-t-il des liens avec des apprentissages passés? Qu’est-ce que je suis en train de créer, dans ma vie? Est-ce quelque chose qui me convient ou que je désire changer? Tant de questions, pourtant elles sont essentielles en thérapie1,3,4. Non seulement ces questions sont d’une importance capitale pour le psychologue, mais elles le sont surtout pour le bénéficiaire de service. Que le psychologue comprennent ce qui se passe pour vous, fine… mais, après tout, c’est vous qui devez y voir clair là-dedans, il s’agit de votre vie, de vos choix et des conséquences que vous assumerez. Ainsi, la deuxième étape vers le changement, c’est de comprendre.

  Enfin, agir. S’il y a un petit mot qui est intimidant, c’est bien celui-là. Agir, c’est concrétiser le changement souhaité. Mais attention, agir pour agir, c’est parfois aussi s’éparpiller, éviter ou s’auto-saboter5. C’est pourquoi action et compréhension forment un tandem que l’on souhaite inséparable. Après tout, agir ce n’est pas réagir impulsivement mais bien l’action de faire des mouvements, des comportements calculés et réfléchis afin d’avoir un impact concret dans son environnement4. Agir, c’est changer des choses pour aller là où on veut aller. Parfois, il arrive qu’il y a des obstacles à agir. Sachez que l’action n’est jamais obligatoire, mais que le bien-être, par contre, passe souvent par la compréhension. Qui dit comprendre et connaitre, dit faire des choix éclairés… même lorsque ceux-ci sont de maintenir le statu quo. À bon entendeur.

Dre Sara-Maude Joubert, psychologue