COUPLES EN CRISE : mon partenaire a un trouble anxieux

Après avoir déjà parlé de long en large de ce qu’est l’anxiété et de comment on peut y remédier, voici un article qui s’adresse à votre tendre moitié. Conjoint(e)s de personne anxieuse… comment allez-vous? Et, je ne questionne pas votre anxiété, mais bel et bien votre colère. Comment se porte-t-elle? Les conjoint(e)s anxieux qui sont en train de lire ces lignes seront peut-être surpris(es) de cette question. Mon conjoint, fâché de mon anxiété! Non, non Dre Joubert! Vous vous trompez. Mon conjoint est une perle qui est toujours à mon écoute et toujours présent pour me rassurer. Et bien… surprise! Aujourd’hui, nous allons parler de la dynamique d’anxiété et ses répercussions sur la vie conjugale (même quand notre conjoint(e) est aux petits oignons avec nous!).

La dynamique anxieuse, en solo

Vous vous rappelez de l’article sur l’intolérance à l’incertitude? L’anxiété, et cela, peu importe ces différentes manifestations (un TOC, une attaque de panique, une phobie, etc.) se nourrit de deux choses – l’évitement et les réassurances. Autrement dit, l’anxiété, c’est une machine malheureusement bien huilée qui s’actionne avec des comportements (se distraire, planifier, contrôler, refuser de déléguer, vérifier, demander, se cacher, s’isoler, etc.) qui ont la fâcheuse habitude de « prouver » à notre cerveau que nous avons raison de craindre ce que nous craignions. Ainsi, les pensées anxiogènes (c’est-à-dire qui causent l’anxiété) sont d’autant plus propices à poper dans notre tête.

La personne anxieuse qui vit cette mécanique infernale passera, typiquement, par plusieurs étapes. Premièrement, lorsque le trouble anxieux est déclenché depuis peu, la personne va s’activer et tenter de résoudre ses sources de stress avec lesdits comportements problématiques de réassurances et d’évitement. Sans le savoir, elle va investir énormément d’énergie à combattre quelque chose qu’elle est en train de nourrir. Elle va – typiquement – commencer à présenter des symptômes en lien avec l’anxiété comme de la fatigue, de l’irritabilité, des difficultés de sommeil ou des tensions musculaires. à la longue, parce que le corps se fatigue lui aussi d’être constamment et de plus en plus souvent en mode « c’est la guerre » à chaque pensée anxieuse, la personne va commencer à présenter des symptômes d’épuisement et de dépression. Elle aura besoin de dormir un nombre impressionnant d’heures par jour pour être en forme. Elle n’aura plus envie de faire des choses qu’elle aime habituellement. Elle aura toute sorte de maux physiques comme des maux de ventre, des douleurs fantômes, des maux articulaires. Elle peut être plus sensible et pleurée fréquemment. Par-dessus tout, de pas le phénomène d’épuisement physique, se reposer un ou deux jours ne sera pas suffisant pour l’aider à reprendre son train-train quotidien.

C’est là qu’on entre dans la deuxième phase. La personne va commencer à développer des pensées à l’effet qu’elle « est une moins que rien »/ « qu’elle est impuissante face à sa crainte »/ « qu’elle est faible et qu’elle a raison d’avoir peur», etc. L’idée, vous l’aurez compris, c’est que la personne – de par ses symptômes d’épuisement – va accumuler « des preuves » à l’effet qu’elle n’est pas à la hauteur de ce que la vie lui met sur son chemin ou/et que la vie est simplement trop difficile à vivre peu importe qui nous sommes. Elle va développer une croyance interne, profonde, qui porte sur sa personne et sur sa valeur personnelle. Cette croyance peut avoir des effets très néfastes sur la résurgence de l’anxiété, mais aussi sur l’apparition de d’autres complications émotionnelles.

Enfin, la troisième phase. La personne a maintenant une nouvelle croyance par rapport à qui elle est (anxieuse et faible) et quelle est sa valeur intrinsèque (moindre!). Elle va donc commencer à développer des règles internes, plus ou moins consciemment, pour cacher, combattre ou pallier à l’image qu’elle a d’elle-même.

Une règle interne = les pensées qui commencent par «il faut que…» ou « ça doit»

Peut-être commencera-t-elle à croire qu’elle doit travailler deux fois plus fort que les autres pour arriver à un résultat comparable… peut-être croira-t-elle qu’elle doit éviter toutes les situations qui sont susceptibles de la mettre en danger (elle est si faible… ). Dans certains cas, les croyances internes et profondes que l’anxieux a sur lui-même seront tellement ancrées qu’il se soumettra à ces pensées. Il s’identifiera à celles-ci. Cette troisième étape, qu’on pourrait appeler celle de la compensation, prédispose à ce que la personne soit de plus en plus anxieuse puisque les comportements pour se mettre en sécurité ou pour cacher que nous ne sommes pas si faibles que cela sont des comportements qui agiront également comme évitement ou réassurance. L’art d’amener de l’eau au moulin… Cette dynamique qui cause des troubles anxieux seraient super fréquente chez monsieur et madame tout-le-monde. On parlerait qu’environ 30% de la population générale serait aux prises de ce cercle vicieux qui a des conséquences profondes sur l’estime et l’image de soi et sur la perception qu’on a du monde/l’environnement.

La dynamique anxieuse, en duo

On s’entend, ce que je décris plus haut, ce n’est pas du gâteau. Il n’y a clairement rien d’agréable pour la personne anxieuse. Mais le/la partenaire, lui/elle? Rien de drôle non plus. On se rend compte, en fait, que le partenaire et souvent, le couple développe un sentiment d’impuissance très important par rapport aux comportements et aux symptômes anxieux de l’allergique à l’incertitude.

Pourtant, au départ, le partenaire a tendance à embarquer dans la dynamique anxieuse sans le savoir avec plein d’énergie et de bonnes intentions. Il/elle cherchera à solutionner les problèmes qui causent de l’anxiété, réassurer son amoureux/se, à offrir des solutions de rechange (éviter), faire à sa place et ainsi de suite. Les partenaires vont tranquillement établir un pattern graduel de déresponsabilisation du partenaire anxieux. L’anxieux passe alors d’une position conjugale réciproque (équivalent) à une position conjugale passive où l’autre doit prendre soin de lui/elle soit en lui permettant d’éviter ou en lui permettant de contrôler son environnement. Cela est un ingrédient MAJEUR pour le maintien du problème. L’amoureux/se permettra de soulager sa moitié de l’anxiété à court-terme, mais maintiendra les croyances à l’effet qu’elle est faible/incapable et qu’elle a donc raison d’avoir constamment peur. Par ailleurs, en faisant les choses à sa place ou en la réassurant, l’amoureux/se empêche également son aimé d’accumuler des preuves à l’effet que son cerveau lui joue des tours et qu’elle est tout à fait capable et compétente face aux défis que lui envoie la vie. Par ailleurs, non seulement n’aidera pas l’anxieux à être plus tolérant face à l’incertitude de la vie, mais au niveau conjugale… ouf! bonjour la relation d’étayage ou, comme j’aime bien le dire, la relation maman-ado/papa-petite-fille.

Au niveau du vécu du partenaire, très logiquement, commencera à se développer des frustrations et de la colère. Toutes les stratégies misent en place se soldent en échec. Comment peux-tu être toujours anxieux(se) alors que je suis là à faire des mains et des pieds pour t’aider? Comment peux-tu être encore anxieux/se alors que je m’occupe de tout? Le sentiment de valorisation qui était présent au début (du fait de tout faire et d’aider son aimé(e)) fond comme de la neige au soleil pour laisser de la place à de la colère et souvent, des reproches.

Aller consulter en couple? Mais ce n’est pas moi qui est anxieux!

Effectivement, ce n’est pas vous la personne anxieuse. Pourtant, comme nous venons de le voir, vous avez un rôle majeur et beaucoup de pouvoir sur la santé de votre partenaire et sur votre plaisir conjugal. Également, comme vous faites parti de environnement de la personne anxieuse, vous êtes aussi le/la plus susceptible de vivre les conséquences de cette difficulté émotionnelle – pour le meilleur et pour le pire. En ce sens, la littérature scientifique recommande autant la thérapie maritale spécifique pour le trouble anxieux, la thérapie de couple ou les interventions assistées par le partenaire pour défaire cette dynamique relationnelle problématique.

Toujours pas convaincu? Alors peut-être n’avez-vous pas envie que ça change dans votre couple? Peut-être y-a-t-il des bénéfices à ce que votre douce moitié soit un paquet de nerfs?

Typiquement, le trouble anxieux d’un partenaire se maintien dans le temps car il est utile pour le couple et cela, même en dépit des chicanes ou de la frustration qu’il peut créer chez les deux partenaires. Souvent, il y a un échange, par exemple : le partenaire anxieux – par ses demandes de réassurances – gonfle l’égo de son/sa conjoint(e) qui se retrouve dans une position de puissance… dans une position de donneur de soins. En contre-partie, le partenaire qui prend soin communique à sa/son belle/beau comment il/elle est aimé(e) et en sécurité à ses côtés. Ainsi, l’anxiété sert à la fois à valoriser et à communiquer. Autre exemple : le partenaire anxieux qui est constamment en train d’éviter les sources de son anxiété en s’encabanant dans la maison permet à son partenaire d’avoir une « bonne raison » pour refuser des demandes et mettre des limites aux autres membres de sa famille – il sert d’excuse. En contre-partie, le conjoint non-anxieux légitimiste les comportements d’évitement de son aimé.

Que fait-on avec ça, docteure?

1 – Se questionner, quels sont les avantages pour moi qui viennent avec le fait que mon partenaire soit anxieux?

Est-ce que j’aime être le pilier dans le couple? Est-ce que cela me donne du pouvoir? des territoires supplémentaires? du contrôle? Est-ce que cela me permet de ne pas avoir à faire de compromis, d’être celui ou celle qui choisit tout? Est-ce que ça me faire me sentir utile? Est-ce que ça me valorise? Se poser ces questions, c’est essentiel pour réellement aider votre couple à aller mieux et votre partenaire à profiter de la vie sans tracas. Une fois que vous aurez trouver le ou les éléments qui vous appartiennent et qui contribuent à maintenir l’anxiété dans le couple, il est efficace d’en parler avec son conjoint et de s’aider à dénoncer (avec amour et tendresse!) les comportements qui y sont rattachés. Après tout, nous avons tous un angle mort lorsqu’il est question de se voir aller. Apprendre à mettre en place une nouvelle dynamique conjugale passe nécessairement par la modification de chaines de comportements rétroactives. Peut-être vous ne vous rendez pas toujours compte que c’est vous qui choisissez le resto à chaque sortie. Je suis prête à parier que votre partenaire, elle/lui, s’en rend compte!

Plus que de dénoncer – avec gentillesse et amour, toujours! – ces comportements, il est utile que le couple regarde ensemble pourquoi vous avez envie de prendre le contrôle/vous valoriser/vous activer à ce moment précis? Parler du vrai problème est 100% plus efficace pour votre santé conjugale et sexuelle, croyez-moi!

2- Adopter l’attitude du miroir.

L’attitude du miroir, c’est l’art de dire à son/sa conjoint(e) anxieux(se) son comportement sans la juger ou donner une connotation négative à son observation. C’est la capacité à faire une douce remarque, avec humour, qui attirent l’attention de l’anxieux sur le comportement de réassurance ou d’évitement qu’il s’apprête à émettre. C’est de refléter combien il serait utile pour la personne anxieuse que sa proposition soit adoptée… si son but c’est d’éviter ce qu’elle craint!

Plus que de refléter les mécanismes individuels qui maintiennent la dynamique anxieuse, votre job chers(es) conjoints(es), c’est d’établir un contrat de communication dans le couple où vous vous entendez à changer la dynamique anxieuse en aidant l’anxiété à conscientiser les pièges dans lesquels il tombe.

3 – Adopter l’attitude du cheerleader.

On s’entend, travailler son anxiété, c’est quelque chose de difficile. Ça demande beaucoup de courage et de détermination. Évidemment, votre partenaire ne sera pas parfait en touts points. Il/elle va se commettre dans des comportements d’évitement et de réassurance à certains moments, même si ces derniers alimentent le problème. En ce sens, il peut être très utile d’être le/la cheerleader de son amoureux(se) dans les moments de découragement, de peurs ou de doutes. Notamment, faire des exercices d’exposition avec lui/elle, être solidaire dans les défis qu’il ou qu’elle a surmontés sont autant de manières d’offrir votre soutien et votre amour.

Bien à vous,

Dre Sara-Maude Joubert, psychologue

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DERRIÈRE LA SCÈNE : Petit train ira loin!

Bonjour boss,

je te fais un contre-rendu des développements concernant le projet de psychologie social. Ben déjà, officiellement, le projet a un nom – ce qui aide à clarifier de quoi je parle aux gens que je rencontre. Également, dans le dernier mois, j’ai eu plusieurs rencontres avec M. Valentin Heinly de Heinly marketing à Shawinigan. Nous avons officiellement lancé le projet sur les réseaux sociaux et une campagne marketing professionnelle en bonne et due forme roule tout l’été dans toute la francophonie.

Oui, patron, je capote ben raide. Les psy trucs Inc. sera également vu en Belgique, en France, sur le continent Africain… partout!

Je te rappelle que l’idée avant de pouvoir rencontrer des gens à très faible coûts, c’est d’avoir du financement pour offrir lesdits services. Aussi, le lancement officiel du projet, aux yeux du public, se fait en partenariat avec la SADC de Shawinigan qui est l’organisme gouvernemental qui regroupe tous les contacts des gens d’affaires, des moyens technologiques et financiers pour réaliser un tel projet.

De plus, dans le dernier mois, j’ai participé et complété deux formations professionnelles qui sont directement en lien avec le développement à moyen-terme de Les psy trucs Inc. J’ai réussi une formation portant sur la réalité psychologique des agriculteurs québécois. J’ai aussi réussi une formation portant sur l’efficacité de la thérapie par vidéoconférence. Très cool et très pertinent pour offrir des services aux personnes de la Haute-Mauricie ou à nos chums/frères/pères qui travaillent sur les chantiers de construction commerciaux ou sur une production agricole.

Certificats d’attestation de l’Ordre des psychologues du Québec

En dernier lieu, patron, je ne me suis pas traîner les bottines au travail. Je teste l’implantation d’un nouveau logiciel de prise de rendez-vous et de dossiers électroniques puisque celui que j’utilise actuellement suscite de la confusion pour plusieurs patients. De plus, toujours au travail, j’ai mis en place un plan d’action pour la production mensuelle du contenu de mes réseaux sociaux (Merci SADC!). Ainsi, la francophonie au complet pourra avoir accès à du contenu hebdomadaire varié sur mes différentes plateformes où Les psy trucs Inc. est représenté. Enfin, mes contacts professionnels avec les médecins du GMF de Grand-Mère sont réellement excellents. J’ai eu plusieurs rétroactions de collègues médecins par rapport à la qualité de mon travail. Je compte nourrir se sentiment en continuant d’offrir une qualité dans le service auprès des patients. Je crois que ces derniers pourraient être des alliés de poids dans la mise en place du projet de psychologie sociale (sa reconnaissance régionale, le référencement de patients dans le besoins, la structure administrative derrière le projet, etc.). À suivre!

Bon, sur ce, je te laisse boss. J’ai un client dans 3 minutes.

À bientôt,

Dre Sara-Maude Joubert, psychologue

UNBOXING : Les cartes d’affaires 2.0

Bonjour boss,

je suis ultra excitée de te présentez mes nouvelles cartes d’affaires! Je les ai reçu ce matin-même et c’est avec impatience que je partage ma découverte avec toi en entrant au bureau ce matin.

Bon visionnement.

VIVRE EN FAMILLE : Mon ado s’automutile

S’il y a un symptômes psychologique chez les ados qui est tout aussi souffrant pour les parents, c’est bien l’automutilation. Les parents que je rencontre car leur ado s’est scarifié les cuisses, s’est cogné la tête contre le mur, s’est arraché les cheveux, s’est brûlé avec une cigarette ou encore, se grafigne avec une lame de rasoir arrivent en thérapie avec un grosse charge affective. Souvent, la panique, l’incompréhension, l’horreur et un sentiment d’échec sont au rendez-vous.

Quasi systématiquement, après m’avoir exposé le motif de consultation et comment ils ont eu connaissance de ce symptôme chez leur enfant, ces parents me questionnent à savoir – à quel point c’est dangereux, l’automutilation? Pourquoi leur ado fait ça? Est-ce que leur enfant est à risque de suicide? et surtout, qu’est-ce qu’ils peuvent faire pour que leur aimé ne fasse plus cela?

Avoir mal pour avoir du contrôle

Souvent, et c’est le bout qui gêne les ados et qui choque les parents, l’automutilation apporte, malheureusement, un sentiment de soulagement très important chez le jeune. Étonnant, n’est-ce pas? Cela s’explique par le fait que les jeunes ressentent un sentiment de contrôle sur leur souffrance interne lorsqu’ils se font mal. Comme si le fait de rendre la blessure concrète, palpable, diminuait l’anxiété et la souffrance. C’est rendre quelque chose d’intangible (une émotion) en quelque chose de tangible (une plaie physique). Autrement dit, l’automutilation est « utile » pour les jeunes car à défaut de se comprendre, ils ont l’impression d’avoir du contrôle sur leur corps.

Je le sais, c’est terrible. Profondément terrible. Il n’y a pas un parent qui souhaite que son enfant se mutile et, qu’en plus, que ce dernier juge ce comportement comme étant utile. Il faut comprendre que ce symptôme psychologique est une manifestation extrême, de dernier recours, à une souffrance qui est ressentie comme étant envahissante et incontrôlable. Il faut voir se comportement-là comme un flag – comme un indicateur que notre ado/enfant ne se sent vraiment pas bien et qu’il ne sait pas quoi faire avec cette souffrance. C’est une manifestation d’impuissance.

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Non seulement, l’automutilation « fait du bien » à cause de sa dimension psychologique, mais elle « fait du bien » de par ses collatéraux physiques. Au-delà de la douleur recherchée dans le fait de se faire du mal, les ados cherchent également, inconsciemment, les décharges d’endorphines et d’adrénaline qui accompagnent une blessure physique. La meilleure façon que je peux illustrer l’effet de ces neurotransmetteurs sur le cerveau et l’organisme, c’est de comparer l’automutilation avec l’accouchement (oui, je sais… c’est une drôle de comparaison, mais suivez-moi!). Quand on a très mal et que cette douleur persiste, notre corps déploie des substances chimiques pour geler la souffrance. Cette substance s’appelle les endorphines. Toute maman qui a été confrontée aux étapes du travail pré-accouchement va comprendre: ça fait mal, mais étrangement… un moment donnée, on se sent comme « ailleurs »… comme dans une bulle… gelée. On a est là, mais on n’est pas là. On a conscience de ce qui se passe, mais la douleur associée à l’exercice qu’on est en train de faire est tout à fait relative. Dans le cas de l’automutilation, celle-ci provoquerait une sensation similaire. Pire, des études affirment que les ados ne ressentiraient pas du tout la douleur physique lorsqu’ils se blessent. Enfin, et tout comme l’accouchement, une décharge d’adrénaline est souvent présente également.

L’adrénaline est une substance chimique/biologique que l’on retrouve naturellement dans le corps et qui est sécrétée dans le sang quand on est en mode panique. C’est la substance qui avise tout l’organisme qu’il faut se préparer à l’action.

L’adrénaline donne une sensation d’être intensément dans le moment présent. Elle donne l’impression au jeune « d’être vivant », d’être ici et maintenant. Elle permet à ce qu’on focusse notre attention sur « le danger »/l’acte d’automutilation, ce qui permet de ne plus penser à ce qui ne va pas bien dans ma vie. Ainsi, vous l’aurez compris, les actions combinées de l’adrénaline et des endorphines font en sorte de notre ado est sous l’influence d’un cocktail de substances qui sont quasiment agréables et c’est, entre autres, ce qui fait que les jeunes ont tendance à s’auto-mutiler à répétition. Les effets psychologiques et biologiques de cet acte agissent en renforçateur en plus d’offrir une solution de contournement à l’impuissance vécue dans leur situation.

Que ça soit clair, je ne suis pas en train de faire la promotion de l’automutilation. Pas du tout. Par contre, il est essentiel que vous comprenez, chers parents, quel monstre nous (psychologue et les parents de l’ado) devons combattre. Les solutions proposées, les méthodes de gestion des émotions alternatives qui seront enseignées, devront être plus efficaces et renforçantes que l’automutilation et ses effets physiques.

Communiquer par le corps plutôt que par la parole

Des chercheurs en psychologie qui se sont penchés sur la question ont déterminé que ces actes-là comportaient plus souvent qu’autrement une symbolique particulière. Ça, ce que ça veut dire, c’est que les ados ne font pas cela innocemment. Au-delà du fait que ça gèle la souffrance, il est hypothésé que de se faire mal serait une manière voilée de communiquer avec l’Autre. À défaut d’utiliser des mots pour le faire, ils utilisent des maux (ah… poétique, ces psy!). Je vous le rappelle, la mutilation est une solution extrême à une souffrance souvent qui dépasse la capacité du jeune à y faire face. Trouver les mots, quand je ne sais même pas vraiment c’est quoi le problème (faute de concepts, faute d’être capable de reconnaître mes émotions, etc.), c’est vraiment très difficile.

Ainsi, rien de tel que de me faire mal et avoir une preuve concrète que quelque chose ne va pas pour faire comprendre à mes parents, à mes enseignants ou à mes ami(e)s que ce qui se passe pour moi est sérieux. Par ailleurs, c’est une façon quasi garantie de parler de ce qui ne va pas, tout en s’assurant de ne pas se faire chicaner/mépriser/ignorer. Vous l’aurez compris, c’est malheureusement très utile.

Dans le fond, l’automutilation… c’est de la manipulation?

Hélas, non. Les risques de blessures permanentes ou mortelles sont bel et bien une réalité qui font qu’un ado qui veut manipuler ne sera pas tenté d’utiliser cette stratégie pour arriver à ses fins. Par ailleurs, les jeunes qui se mutilent ne font pas ces actes consciemment, contrairement à ceux qui cherchent à manipuler. Ils font ces actes souvent de manière impulsive. Un peu comme la tentative de suicide, ils auront des ruminations et des pensées par rapport à se faire mal qui seront envahissantes… jusqu’à ce qu’ils « osent » concrétiser ces-dites pensées d’un geste impulsif.

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De plus, rappelez-vous l’état qu’on ressent quand on accouche! Cet état est suffisant en lui-même pour « justifier » le comportement aux yeux du jeune. Et c’est justement ce qui fait que c’est si dangereux puisque nos ados sont déconnectés, en partie, de la réalité et des risques réels pour leur santé et sécurité. L’automutilation est perçue, par la communauté scientifique, comme étant une stratégie mal-adaptée de gestion de sa vie interne. Elle permettrait un relâchement des tensions (colère, anxiété) en plus de permettre une sorte de détente intérieure. Autrement dit, les jeunes ne font pas ça pour vous, ils font ça pour eux.

Et le risque de suicide, docteure?

Le risque de suicide est malheureusement réel. Les études qui se sont concentrées à regarder les facteurs prédictifs, c’est-à-dire les facteurs qui sont le plus susceptibles d’entraîner un comportement suicidaire et mutilatoire, ont des constats très inquiétants. En fait, elles dénotent que le fait de se dissocier de soi-même et de son environnement est LE facteur qui contribue le plus significativement aux mutilations. C’est malheureusement ce même facteur qui contribue le plus significativement… aux tentatives suicidaires! Ce facteur est central dans la compréhension du glissement entre la mutilation et les tentatives de suicide puisqu’il est également entendu que les ados qui se mutilent et qui ne ressentent pas la douleur (car ils se dissocient!) sont ceux qui ont tendance à commettre des gestes suicidaires et qui ont tendance à se mutiler à répétition. Des études vont même jusqu’à démontrer que les ados qui se dissocient et qui ne ressentent pas de douleur physique quand ils se mutilent ont deux fois plus tendance que les ados qui se mutilent mais qui ressentent la douleur, à tenter de mettre fin à leurs jours. Et parce que la misère entraîne la misère, plus un jeune se mutile, plus il risque de passer à l’acte!

La question cachée : est-ce de notre faute, docteure?

C’est plus complexe que ça! Les études démontrent que oui, la famille a un rôle. Notamment, les enfants et les ados qui ont un passé de négligence affective ou d’abus ont plus tendance que les autres à adopter des comportements para-suicidaires dont l’automutilation. Par ailleurs, victimiser son enfant (le négliger ou l’abuser) cumulent les facteurs de risque pour un passage à l’acte suicidaire puisque les jeunes qui sont victimes d’un ou de plusieurs abus/négligence sont ceux qui s’automutilent à répétition en plus d’être ceux qui tentent de mettre fin à leurs jours. Par contre, il est également démontré que l’isolement social et la peur/l’anxiété sont des facteurs d’importance quand vient le temps de comprendre ce phénomène chez les jeunes. Il est estimé qu’environ 13% des jeunes qui s’automutilent ou qui tentent de s’enlever la vie n’ont pas de passé d’abus ou de négligence. Cela implique donc que TOUS les adultes qui gravitent autour de votre jeune ont une part relative de responsabilités dans les comportements de votre ado. Comment se fait-il que personne n’est vu que votre jeune est solitaire? Comment se fait-il que personne n’est agit sur le problème avant? Le dicton qui dit que ça prend tout un village pour élever un enfant n’a pas tout à fait tord. Ça peut être tentant de s’attribuer la faute car cela nous donne du contrôle sur la situation, mais à moins que vous victimisé votre ado, les chances que vous soyez le seul et unique responsable de sa souffrance est un mensonge.

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De leur coté, mêmes les études en psychologie systémique et familiale conceptualisent l’automutilation comme étant le symptômes d’un système familial mésadapté et non pas la faute d’un parent en particulier! Plus précisément, le mode de communication – quasi inexistant – serait mis en faute. Encore une fois, chers parents, vous avez une faute tout à fait relative. Dans un monde idéal, les deux parents sont toujours disposés, présents et à l’affût de la vie affective de leurs enfants. Ils ont de bonnes habiletés de communication et sont en phase avec leurs propres émotions. Ils ont eu des parents qui eux aussi, on été présents et verbaux. Pourtant, nous savons tous que la réalité est beaucoup plus complexe que cela. Peut-être travaillez-vous 55 heures par semaine car vous avez votre entreprise ou une production agricole? Peut-être travaillez-vous de soir, quand votre grand arrive de l’école jusqu’à l’heure qu’il se couche. Peut-être faites-vous une dépression ou gérez-vous une situation préoccupante pour un autre de vos enfants. Peut-être êtes-vous en procédure de divorce et parler avec votre ex des enfants sans s’enflammer est tout simplement impossible pour l’instant. Toutes ces situations de la vie avec lesquelles il faut palier contribuent à rendre un parent moins disponibles ou patient. Ces situations contribuent à fragiliser la communication dans une famille. Est-ce que ça fait de vous des mauvaises personnes? Absolument pas. Ça parle simplement comment la vie est injuste et imparfaite.

Quoi faire avec l’automutilation?

La question qui tue (humour noir de psy?!). Comme tout suivi avec un ado, le psychologue va travailler sur deux sphères, c’est-à-dire avec la famille/les parents pour remettre en place le plus de facteurs de soutien possibles (communication favorable et ouverte dans la famille, supervision parentale, mesures disciplinaires justes, orientation sur des services complémentaires, etc.) et avec le jeune pour lui enseigner des manières saines de mettre des mots sur ses émotions. Plus que de mettre des mots, il va travailler activement à lui enseigner des techniques de gestion des émotions qui ne compromettent pas sa santé et sa sécurité. Il va normaliser sa vie affective et les conduites d’automutilation sans toutefois mettre l’accent sur les blessures physiques qui leur sont associées. Rappelez-vous, l’automutilation comporte déjà plusieurs « avantages » pour le jeune… il est donc inutile d’aller leur permettre d’avoir l’attention soutenue d’un adulte en plus! Ceci dit, le psy va tout de même clarifier qu’il est normal de vouloir trouver des solutions quand on se sent envahi et qu’on ne se comprend plus, que ce réflexe est normal et que le psy sera justement là pour trouver des alternatives à ce besoin qui seront tout aussi efficaces, mais sans être dangereux.

Ensuite et de manière prioritaire, le psy va travailler à régler, dans la mesure du possible, les sources de souffrance chez le jeune. Pourquoi souffre-t-il/elle à ce point? Quel est le problème sous-jascent? Moi, qui est psychologue, qui a des mots et des concepts pleins les études, comment puis-je expliquer au jeune ce qu’il vit et quelles solutions puis-je lui enseigner pour régler la souffrance « pour de bon »?

En même temps de faire tout cela, le psy va monitorer le risque suicidaire de prêt. Bien que ce facteur soit considérer et travailler de front, aucun psy ne peut vous garantir que ce que vous redoutez le plus, c’est-à-dire que votre enfant passe à l’acte, ne se produira. Par contre, plus les parents sont impliqués et ouverts à essayer des choses avec le psy et leur ado, plus ils prennent du contrôle pour s’assurer dans la mesure du possible que le pire n’arrivera pas.

Enfin, toujours avec le jeune, le psy travaillera à augmenter les sources de plaisir dans la vie de l’ado (que ça soit en faisant de la résolution de problème, en faisant du coaching, des jeux de rôles, etc.) afin que la détresse soit le plus tempérée possible. On va chercher à faire contre-poids à la souffrance en augmentant les sources de plaisir et de détente – que ça soit du temps de qualité en famille, de s’inscrire à une activité sportive de groupe pour se faire des amis et se défouler ou encore, de débuter un travail étudiant qui suscite de la fierté personnelle.

Bonne semaine à vous,

Dre Sara-Maude Joubert, psychologue

COUPLES EN CRISE : Mon partenaire a une maladie grave ou a vécu un accident

Avez-vous lu le blog de Mélissa Fay? Mélissa, je me permets de la tutoyer car je me sens proche de cœur avec elle, était une femme d’un courage époustouflant. Oui, était. Elle est malheureusement décédée le 21 avril 2020 avec l’aide médicale à mourir, procédure de compassion administrée par le professionnel médical québécois.

Je parle d’elle aujourd’hui, car dans la couverture médiatique qui a suivi l’annonce de son décès, son conjoint, Frédéric Lemire, aurait repris la journaliste lorsque cette dernière s’adressait à lui : il n’a pas été l’aidant-naturel de sa femme. Il a été l’aimant-naturel. Jamais de meilleurs mots ont été nommés pour décrire ce que plusieurs conjoint(es) vivent lorsque son/sa partenaire traverse des épreuves au niveau de sa santé physique.

Quand un des membres du couple vit un accident/une maladie

Non seulement, il faut gérer la maladie/l’accident, mais en plus le couple doit se ré-organiser. L’accumulation de facteurs de stress qui est attendue dans les premières périodes post-accident perdurent souvent dans les maisonnées. Imaginez, vous vivez de l’inquiétude pour l’état de santé de votre partenaire. Vos journées sont rythmées au gré des rendez-vous médicaux et des tests. Vous entendez une panoplie d’avis médicaux où chacun ose s’avancer sur un pronostic de rétablissement (parfois pareils, parfois différents). Vous vous attendez à vivre cette tempête. Vous vous dites qu’elle n’est que temporaire. Quelle surprise vous avez quand vous réalisez que, de retour à la tranquillité de votre maison, les choses ont changés… peut-être pour de bon.

Vous qui aimiez lambiner dans le lit en amoureux le matin, peut-être avez-vous la surprise de vous réveillez dans un lit vide parce que vous faites chambre à part (les douleurs de votre partenaire augmentent quand vous bouger le matelas en vous retournant). Vous qui installiez le jardin au printemps ensemble, peut-être vous retrouverez-vous seul(e) à quatre pattes dans la terre cette année. Vous l’aurez compris, suite à un accident ou une maladie grave, l’équilibre et les repères du couple se retrouvent fortement ébranlés. Cette adaptation forcée est associée à des symptômes anxio-dépressifs chez les deux partenaires, ce qui en retour, baisse la satisfaction conjugale du couple. Autrement dit, quand ça va mal, ça va mal.

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Confrontés à une telle adaptation, qui souvent, s’imposent pendant plusieurs mois (voir des années!), plusieurs couples se transforment, quittent la relation de réciprocité qu’ils ont construits pendant des années (donnant-donnant) et développent une relation d’aidant-aidée.

Passage obligé : de partenaires égaux à lien de dépendance

Il faut comprendre, un couple qui fonctionne est formé de deux personnes qui ont des transactions ressenties comme étant kif-kif. C’est ce qu’on appelle une relation de réciprocité.

Par exemple :

  • Je donne de la réassurance à mon partenaire car je suis une personne hyper organisée. En échange, il me donne de la détente et de la spontanéité car il est une personne très énergique.
  • Je donne de l’intimité et de la reconnaissance personnelle. Il/elle me donne un cercle d’amis et une vie sociale plus riche.
  • Je donne une stabilité financière, il/elle me donne de la fierté (il/elle est tellement beau/belle!).

Un contrat plus ou moins explicite existe entre chaque couple, chaque duo, qui régit les frontières du couple (sommes-nous exclusifs ou ouverts à d’autres partenaires? À quel point laissons-nous de la place à la belle-mère dans notre couple?), les règles de fonctionnement (Est-ce qu’on se parle ou on se tire des objets lorsqu’on est fâché? Qui fait quelles tâches ménagères? Qui s’occupent de la discipline des enfants et comment?) et les territoires respectifs (À qui appartient le salon? À qui appartient la cuisine?). Ce contrat, qui est à la base de l’union conjugal, est le fondement même de l’équilibre du couple et c’est justement dans ce contrat, que l’accident ou la maladie va venir brouiller les cartes.

Sans surprise, devenir aidant-naturel de son partenaire est décrit dans les études comme étant une tâche difficile, d’une durée incertaine et qui est souvent obtenue abruptement.

Être aidant-naturel, c’est faire des tâches de soutien envers son partenaire qui vont au-delà du contrat de base du couple puisqu’il s’agit de donner du soutien psychologique et du soutien physique/fonctionnel de manière continue. Autrement dit, on devient un genre de béquille-humaine. C’est une responsabilité qui change la vie, qui bouffe du temps.

La lourdeur de cette responsabilité est tributaire à l’humeur du partenaire (l’aidé) et de son degré de dépendance fonctionnelle (est-il capable de se laver seul, par exemple). Comme il est rare qu’une personne ne développe pas de symptômes anxio-dépressifs, voire un trouble dépressif ou un trouble de stress post-traumatiques suite à un accident ou une maladie… je vous laisse imaginer la lourdeur de la tâche. Par ailleurs, c’est sans compter l’ajout d’incapacités physiques, de douleurs chroniques résiduelles, etc.

Les études comparent le fait de devenir un aidant-naturel au processus du deuil, dans le sens que c’est une adaptation qui se fait par phases, qui prend du temps, qui implique une perte ( « comme avant » n’existera plus ), qui jette les individus dans la nouveauté et l’inconnu et qui occasionne une cassure par rapport aux rôles sociaux (être le chum de…, ça veut dire X ou lieu d’Y). Ce processus est d’autant plus difficile que le partenaire-aidant devient « le gardien de la continuité » dans le couple et la vie familiale, en dépit des changements qu’entraînent la maladie ou l’accident.

Être le/la gardien(ne) de la continuité? = Être celui ou celle qui s’organise pour qu’on soit capable de vivre le plus possible « comme avant ».

Il est d’ailleurs démontré qu’il est plus difficile de s’adapter à ce nouveau rôle lorsqu’on est le parent ou conjoint(e) du blessé/malade car nous perdons, en plus de tout le reste, un partenaire financier, un co-manager dans la maison, un vis-à-vis pour l’éducation des enfants, un partenaire sexuel, un confident, etc. Nous perdons notre appuis, un de nos repères dans la vie. Sur le plan psychologique et relationnel, cette transition s’accompagne souvent d’un passage d’un couple réciproque à un couple d’étayage.

Des défis pour les deux

Défis de l’aimant-naturel

Tout ce que j’énonce jusqu’à présent, ce n’est pas jo-jo. L’aimant-naturel, confronté à autant d’adaptation, d’incertitude et de responsabilités développe très souvent des sentiments ambivalents par rapport à son partenaire.

  • Je t’aime de tout mon cœur et je suis inquiet pour toi, MAIS je suis aussi frustré car je fait tout, tout seul.
  • Je souhaite t’aider et diminuer le plus possible ta douleur, MAIS qui s’occupe de ma douleur à moi?

Ces émotions contradictoires peuvent devenir assez importantes pour créer du ressentiment envers le malade qui est perçu comme « se laissant vivre », comme ne faisant pas de véritables efforts. L’aimant-naturel se sent souvent très seul dans la maison et dans son couple. Un sentiment d’isolement ou d’être en train d’étouffer sont fréquents.

En réponse à cette souffrance, les études décrivent comment les aimants-naturels ont tendance à développer des croyances erronées, qui malheureusement, peuvent jouer des tours au couple, comme par exemple :

  • Idéaliser le futur, avoir des attentes irréalistes par rapport au projet « revenir comme avant ».
  • Croyance que si je dévoile mes émotions, je vais perdre le contrôle/je ne gérerai plus rien.
  • Inquiétudes à laisser mon partenaire seul à la maison, à avoir une vie à l’extérieur du couple.
  • Croyances comme quoi « le couple devrait être capable de palier à tout ». La croyance que « ensemble, nous sommes plus forts que la maladie » ou encore que « si j’aime mon partenaire réellement, je devrais être capable de faire telle ou telle chose ».
  • Croyances que les soins institutionnalisés ou médicaux ne sont pas de qualité comparable à ce qui est donné par moi-même.

Défis de la personne malade/accidentée

Quoi dire? En plus de la douleur, des démarches médicales, de l’inquiétude par rapport à sa santé physique et le respect de son intégrité personnel, la honte, la culpabilité et la peur font souvent partis du tableau clinique. L’aidé voit sa vie chamboulée et se rend compte qu’il n’est plus en mesure de remplir sa part du contrat conjugal comme avant (les relations sexuelles, le partage des tâches à la maison, etc.).

Cette cassure dans le fonctionnement provoque la peur de se faire quitter par son amoureux « qui va se tanner » ou encore, la peur de se faire tromper. Souvent, ces émotions vont promouvoir des comportements de rejet de l’aide (vouloir se montrer fort et capable – faire des tâches dans la maison qui demandent trop pour la capacité réelle du malade), de cachotteries (pleurer en cachette, par exemple) ou de faire semblant (faire semblant de ne pas avoir mal, par exemple).

Le couple à-mal

Le vécu des deux partenaires, lorsqu’il s’organise ensemble et créer des boucles de rétroactions peut handicaper sérieusement la relation conjugale. Ainsi, non seulement les partenaires souffrent individuellement de l’accident ou de la maladie, mais ils souffrent dans leur couple.

Pour éviter l’épuisement des membres du duos et pour favoriser l’adaptation des individus dans ces épreuves injustes et imprévues de la vie, la thérapie de couple peut être une option vraiment intéressante.

Des pistes de solutions

  • Être gardiens de la continuité, ensemble.

L’idée, c’est de maintenir nos repères d’avant le plus possible. Nos repères personnels (qui je suis, à mes yeux à moi?) et nos repères de couple (quel genre de couple sommes-nous?). On veut focusser sur ÊTRE et non sur FAIRE.

J’étais une personne qui aimait faire du sport et partir à en camping mais maintenant ma main droite ne ferme plus (donc adios le tennis, adios monter sa tente, adios partir un feu, etc.)? Focusser sur ÊTRE et non FAIRE. Faire du camping, c’est une façon de démontrer son être (être actif). Vous avez maintenant le défi d’être actif d’une autre façon (faire de la course à pied, prendre part à une chorale, aller à l’Université du 3e âge, etc.).

Nous étions un couple qui aimait voyager et aller se la couler douce dans les pays chauds? Maintenant que ma conjointe à un cancer, impossible de quitter notre patelin? Vous avez le défi de continuer à ÊTRE aventuriers.

  • Maintenir l’autonomie de la personne malade/accidentée, le plus possible.

Oui, l’autonomie physique, mais par pitié : aussi l’autonomie psychologique! Respecter ses recommandations médicales, faire ses traitements (parfois douloureux), faire le plus d’efforts possibles pour aller chercher des gains physiques : oui! oui! oui! Bien que dans le quotidien, c’est pratique avoir un aidant qui va chercher notre verre d’eau pour nous quand on a soif, rappelez-vous que cette joie est de courte durée et très pauvre lorsqu’on la compare à la joie d’avoir un couple solide, amoureux, ou encore à la joie de recommencer à faire ses activités comme avant.

Sur le plan psychologique, n’oublions pas que d’être malade ou blessé ne veut pas dire que nous devenons des enfants! Prendre ses décisions soi-même, continuer de s’occuper du budget de la famille, continuer à être un parent qui met en place les pratiques disciplinaires de la maison, prendre responsabilité de ses émotions et de son plan de rétablissement… voilà autant de sphères où l’Homme a du pouvoir, où le partenaire rencontre sa part de contrat dans le couple.

  • Développer et consolider les territoires du couple, comme la sexualité et l’intimité relationnelle.

Vous désirez sentir que la vie est le plus possible comme avant? Ré-inventer et adapter vos activités, lieux et interactions conjugales afin que vous vous sentiez émotionnellement connecté un à l’autre.

Vous avez un port-o-lift pour aller prendre votre bain et maintenant, l’activité est pas mal moins sexy? Rien n’empêche votre aimé(e) de vous donner un massage de dos, de mettre de la musique douce ou encore, de vous organiser un setup pour vous relaxer (magasines, chandelles, lumières tamisées, etc.). Pas besoin d’avoir un rapport sexuel avec pénétration pour se sentir aimé et un couple… je dis ça juste comme ça!

La chambre des maîtres était votre lieu de ressourcement à la fin de vos journées de travail et maintenant, vous faites chambres à part? Pas grave, est-ce que le déjeuner peut devenir votre moment sacré? Est-ce qu’il est possible de développer des activités VIP pour le couple (avoir l’habitude de jouer à des jeux de société après souper, tranquilles – faire un feu dehors en amoureux, etc.).

  • Être à l’affût de nos tendances personnelles et de nos croyances erronées.

Ici, je m’adresse aux Germains et Germaines de ce monde. À ceux, malades ou aimant-naturels, qui se sur-responsabilisent et qui se font à-croire que tout repose sur leurs épaules. C’est faux. Vous avez le droit de pleurer, vous avez le droit de ne pas avoir envie de faire telle chose, vous avez le droit de demander de l’aide. Adhérer à cette croyance à l’effet que vous devez être le pilier, coûte que coûte, est LA croyance la plus susceptible de déclencher une dépression et de gâcher votre couple.

Un truc qui peut être très utile pour les couples, c’est de développer un contrat de communication. Peut-être vous ne vous rendez pas toujours compte quand le Germain en vous se présente. Je parie que votre conjointe, elle, oui! Trouvez un mot de passe, un code – quelque chose qui vous fait rire ou qui vous rappelle combien vous vous aimez, pour signifier gentiment à l’autre que le Germain ou la Germaine n’est pas le/la bienvenu(e).

  • S’entourer de personnes-ressources.

Enfin, dernière recommandation et non la moindre : demander de l’aide aux intervenants qui gravitent autour de vous. Les médecins, les ergothérapeutes, les physiothérapeutes, les psychologues, les infirmières, les groupes de soutien, etc. C’est ultra important. Vous, le couple, avez à traverser une des épreuves les plus difficiles de la vie. C’est normal d’avoir besoin d’aide pour comprendre ce qui se passe ou pour trouver des trucs pour contourner les difficultés.

À bon entendeur,

Dre Sara-Maude Joubert, psychologue

7 ans déjà!

Il y a 7 ans, je découvrais en mangeant mon petit déjeuner que ma conférence à l’ACFAS (qui se déroulait à l’Université Laval, jadis) avait suscité l’attention d’une journaliste du Journal de Québec.

J’aurais voulu me voir la tête! Pire encore, lorsque des médias ont commencé à m’appeler pour avoir une entrevue Live avec moi… question que je parle de nos données de recherche de l’époque. L’étudiante gênée que j’étais à refuser ces invitations, vous l’aurez compris. C’est incroyable de penser que quelque chose du genre me soit déjà arrivé. #Irréel

Pour en finir avec les attaques de panique

Tu parles d’une grille d’exposition?

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