Lettre aux parents de la Mauricie – le Momo Challenge et Instagram

Quand on lit la nouvelle à l’effet que des jeunes des écoles secondaires shawinigannaises (et surement d’ailleurs aussi!) se mettaient au défi de se mutiler ou de commettre des actes dangereux (le tout, filmé!), il est difficile de ne pas vivre de la colère, de la confusion et de la peur. Surtout comme adulte.

    Ces comportements nous apparaissent souvent comme étant aberrants et il devient facile de coller une étiquette peu flatteuse à ces jeunes : « ils doivent avoir des troubles psychologiques », « c’est un besoin criant d’attention », « leurs parents ne doivent pas bien s’occuper d’eux ». Pourtant, de ce qui est décrit du phénomène, cela ne concerne pas seulement une poignée d’individus, mais bien plusieurs écoles et donc, possiblement, des centaines de jeunes. En ce sens, ces événements peuvent même, malheureusement, augmenter les stéréotypes négatifs sur « les jeunes ». La majorité d’entre-nous pourrons faire référence, ici, à ces choses que nous avons tous entendus comme quoi les milléniaux et les Alphas « cherchent la provocation » / « cherchent l’attention » / « se croient invincibles ». L’image de l’ado effronté « qui ne connait pas sa place », qui rouspète, qui est lâche et qui veut avoir tout-crû-dans-le-bec-tout-de-suite qui peut nous passer en tête quand on est confronté à ce genre de nouvelle.

     De mon point de vue de psy, je questionne instantanément la fonction de ces comportements. Pourquoi, pourquoi? Si j’imagine que je suis dans leur souliers, comment puis-je rationnellement en venir à choisir de me mettre en danger? Une voix dans ma tête me rappelle mes connaissances académiques, la prise de risque à l’adolescence est souvent une manière de chercher ses limites. L’enjeux, c’est de risquer pour mieux exister. Le besoin de prendre des risques sert de moteur à l’exploration de soi, de ses capacités. Cela alimente un besoin criant de dire « je suis là, j’existe! », pas seulement comme le fils de ou l’amie de… mais comme étant ma propre personne. C’est une mise au monde, brutale, nécessaire, parfois dangereuse où le regard des autres sur soi est critique, espéré.

    Ok, je reviens dans mes propres souliers, ceux de l’adulte. Ces souliers qui existent et qui n’a plus ces enjeux psychologiques et développementaux là. Mon cerveau d’adulte conscientise l’impératif qui vient avec le besoin de se confirmer, mais il conscientise également les risques réels, pour sa sécurité et celle d’autrui, de se mettre au défi de la façon que ces jeunes semblent s’y avoir pris. Il sous-pèse l’importance du besoin de reconnaissance que ces gestes symbolisent. En ce sens, comment comme adultes, comme parents, comme école, comme communauté, pouvons-nous aider ces jeunes à se sentir vu d’une manière saine? Comment pouvons-nous baliser l’exploration de soi et le besoin de se challenger d’une manière qui assure leur sécurité ? Comment pouvons-nous offrir de la nuance entre l’extrême permissivité/négligence et une approche moralisatrice/lésante/infantilisante qui ne ferait qu’aggraver le problème?

      Être dans les écoles concernées ces semaines-ci, j’aurais envie de rencontrer ces jeunes et de faire un retour sur cette expérience. J’aurais envie de leur dire que je comprends et qu’il est normal de vouloir se mettre au défi, de vouloir se tester. Je leur dirais qu’il est normal de chercher l’approbation et l’admiration de ses pairs (celui qui n’a jamais… lancer la première pierre!). Cependant, je les questionnerais à savoir pourquoi ce besoin se fait si pressant, si intense. Je me questionnerais sur comment je peux adapter mon approche pour permettre une meilleure reconnaissance de ces jeunes. Comment puis-je offrir un milieu de vie qui met en valeur leurs compétences tout en les mettant au défi d’une manière qui les intéresse eux. Je leur mettrais également des limites, des conséquences… quelque chose qui les pousserait à réfléchir sur le danger auquel ils se sont exposés. Je ne ferais pas cela pour décharger ma colère, pour avoir l’air d’un adulte responsable ou pour me sentir puissante… je ferais cela parce que je me soucis d’eux et parce que je souhaite qu’ils s’occupent de leur sécurité et de leur vie comme moi je le fais pour mes propres enfants. Je ferais preuve de contrôle là où j’en ai le plus, c’est-à-dire sur moi-même et sur leur environnement (l’atmosphère à la maison, l’atmosphère à l’école, etc.). Pour le reste, je leur ferais confiance que la leçon est apprise, comme je le ferais pour des adultes.

Dre Sara-Maude Joubert, psychologue

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