DANS MA TÊTE DE PSY: Bilan de pratique après 2 ans de clinique

     Deux ans! Wow, ça passe vite. Moi qui me sens encore toute fraîchement sortie de l’université. Me revoici donc avec un autre bilan en lien avec la pratique clinique et « le quotidien » de mon travail de psychologue. Cette année, je dois dire que les thèmes qui m’ont fait le plus réfléchir sont la question de l’autonomie ( faire les choses par soi-même) et de l’autodétermination ( faire les choses parce qu’on le veut, pour soi ). Plus particulièrement, ces thèmes se sont imposés à ma conscience parce qu’ils sont des éléments qui recoupent une très grande partie des problématiques nommés par les patients. Ainsi, en trois points, voici le fruit de ma réflexion sur l’autonomie et l’autodétermination.

 

  1. On ne contrôle rien, pourtant on contrôle le plus important.

     On ne contrôle vraiment pas grand chose dans la vie. Au mieux, nous pouvons influencer les chances que quelque chose nous arrive ou non, comme le fait d’avoir de saines habitudes de vie versus les chances d’avoir une maladie. Toutefois, j’ose insinuer que nous contrôlons un petit peu, car je crois que nous avons un pouvoir sur nos réactions face aux événements. Je constate après deux ans et une panoplie de personnes rencontrées, que nous n’avons pas de contrôle sur nos émotions ( et non pas les comportements qui viennent avec! ), sur les gens autour de nous, sur les événements et sur le futur. Plusieurs d’entres nous vivons des séparations amoureuses, des échecs professionnels, des conflits intra-familiaux, un milieu de travail difficile, la maladie (à nous ou à un proche) ou des accidents avec potentiellement de graves conséquences. Beaucoup d’entres nous devons continuer à vivre avec les cicatrices laissées par de tels événements. Par ailleurs, non seulement nous ne contrôlons à peu près rien, mais nos tentatives de prendre du contrôle sur les gens ou les événements qui nous entourent enveniment souvent le problème. Pourtant, dans ce beau bordel qu’est la vie humaine, la seule chose que nous contrôlons vraiment est notre réaction. Cela semble si peu… et pourtant!

yes we can

      Il est fascinant, assis dans ma chaise, d’observer concrètement les notions théoriques qui m’ont été enseignées à l’Université concernant la résilience, la personnalité et les cognitions. Pour deux individus qui vivent le même épreuve, celui qui sera en mesure de s’y adapter le plus « facilement » ( ce qui ne veut pas dire sans douleur! ) sera celui qui choisit de persévérer. Cette personne choisit de se regarder assez longtemps pour se rendre compte de sa vie émotionnelle, de ses forces et faiblesses et, en dépit de la souffrance qu’elle vit et de ses imperfections, choisit de continuer à vivre sa vie, de regarder en avant, d’agir sur elle-même puis sur la situation. Honnêtement, quand une personne fait ce choix, c’est grandiose. Cela ne fait pas disparaître la maladie, ni ne fait réapparaître l’ex-conjoint dans votre vie, mais cela confère une attitude de combattant qui est prometteuse de nouvelles cordes à son arc : apprendre de ce qui s’est passé pour prévenir ( dans la mesure du possible ) le futur ET/OU apprendre sur soi et réviser ( peut-être ) nos priorités, notre situation (emploi, choix de conjoint, etc.), nos valeurs personnelles, nos traits de personnalité plus problématiques. Cela permet au combattant de travailler activement à son bonheur, à son véritable bonheur. Cela permet de donner un sens à l’événement de vie.

     Évidemment, être capable de faire ce choix implique des prédispositions personnelles comme la capacité à tolérer la détresse un minimum et se concevoir comme étant une personne aimable un minimum. En fait, il faut être capable de concevoir que nous sommes, à nos propres yeux, une personne qui mérite d’être investie, qui mérite d’être sauvé et/ou qui mérite de vivre le bonheur à nouveau. C’est d’ailleurs à ce niveau que le bas blesse, souvent, et qu’il importe de revisiter le passé question de voir quoi ou qui nous a fait croire le contraire. De plus, il faut choisir de se faire vivre notre vie dans une position différente, où nous disons adieu au statut de victime pour embrasser celui d’adulte-responsable… responsable de soi-même et de son bonheur.

 

2. Il y a une différence entre la maturité physique, cognitive et émotionnelle. 

    La maturité physique, c’est simple… tout humain d’environ 12 ans y accède. C’est l’état du corps humain qui est dit « mature », donc pleinement grandit/fonctionnel tant au niveau de ses membres qu’au niveau de ses fonctions internes ( glandes, hormones, fonctions sexuelles, etc. ). La maturité cognitive, elle, s’acquière habituellement aux alentours de 25 ans lorsque le cerveau humain est capable d’abstraction, que ses connexions sont ultra complexes et efficientes. Avant cet âge ( qui est une moyenne! ), le cerveau travaille fort pour développer de nouveaux liens qui permettront une efficacité au niveau de l’attention, la capacité d’inhibition, du raisonnement déductif/inductif, etc. La maturité émotionnelle, elle… Ouf! que dire… certains chanceux vont l’acquérir très tôt ( adolescence, par exemple ) alors que d’autres ne la développeront jamais ( très très souvent par choix! ). Souvent, les personnes qui ont des attitudes très rigides ou des traits de personnalité qui leur causent des ennuis ( rejets, échecs, conflits ) à répétition sont des personnes qui ont des manques au niveau de la maturité émotionnelle. Vous voulez un exemple? Allez lire ceci sur l’attitude tout-m’est-dû!

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    Cela n’est pas « grave » en soi, car qui peut se prétendre mature à 100%, 100% du temps? En fait, la mesure de la maturité émotionnelle est la capacité à faire de la mentalisation, c’est-à-dire la capacité à se regarder humblement et à questionner ses réactions, ses pensées, ses émotions et ses comportements pour faire des liens avec les événements. Le choix de faire cet exercice difficile, à mon sens, est le seul véritable indicateur de maturité émotionnelle. Vous comprendrez que cette compétence qui s’acquière par des exercices pratiques demandent que l’individu soit prêt (comme dans autodéterminé…) à vouloir regarder en-dedans de soi, à s’introspecter. Ainsi, les personnes qui affirment « savoir » qu’elles ont des défauts avec la pensée que le reconnaître permet de ne rien y changer, présentent de l’immaturité ( on peut toujours choisir nos réactions, rappelez-vous ). Les personnes qui n’ont pas envie de se questionner davantage que d’attribuer leurs émotions à l’efficacité d’une médication présentent de l’immaturité. Les personnes qui conscientisent leur choix de ne pas se prendre en main à cause des bénéfices secondaires ( attention, pitié, sollicitude, argent, etc. ) présentent de l’immaturité.

 

3. Un psychologue, ce n’est pas là pour vous sortir du pétrin… c’est là pour vous aider à vous aider.

     Enfin, mon dernier constat en cette deuxième année complète de pratique clinique: un psychologue n’est pas là pour « régler votre problème » (à votre place), il est là pour vous aider à vous aider. Le lien avec l’autonomie et l’autodétermination, ici, me semble très évident. Arriver en thérapie avec cette idée de se faire « prendre en charge » est une attitude qui peut être réconfortante un instant, mais qui joue énormément de tours. Premièrement, ces patients sont souvent déçus car ils constatent rapidement que le psychologue refusera cette posture qui n’est pas thérapeutique. Deuxièmement, s’il advient que votre psy joue au parent-gâteau avec vous, bien que cela soit confortable… il risque fortement d’entretenir les pensées à l’effet que vous n’êtes pas capable seul de faire face à la situation, que vous êtes insuffisant, incompétent et que la vie sera bien trop difficile pour vous ( ce qui est totalement faux, peu importe qui vous êtes, lecteurs! ). Enfin, troisièmement, ces croyances vont nuire à votre rétablissement de par l’accentuation qu’elles auront sur votre peur de retourner au travail/retomber en amour/retenter de marcher suite à votre accident, etc.

    Bref, un psy, c’est là pour vous aider à découvrir vos forces personnelles, pour faire un filet de sécurité émotionnelle autour de vous dans les moments toughs, pour vous enseigner des trucs afin de mieux gérer vos émotions ou vos relations… Un psy, ça soigne la santé mentale, ça éduque, ça accompagne… mais ça ne prend pas en charge!* Vous n’êtes pas des enfants et nous ne sommes pas vos parents. Par ailleurs, il est beaucoup plus avantageux pour vous de mettre davantage d’outils dans votre coffre afin que vous soyez de plus en plus autonome et que les consultations psychologiques, souvent onéreuses, soient de moins en moins nécessaires.

 

Bien à vous,

Dre Sara-Maude Joubert, psychologue

 

* Il y a quelques exceptions très rares à cela. Par exemple, une personne en phase suicidaire active, un enfant, une personne aux prises avec des symptômes psychotiques qui la désorganisent… vous voyez le genre?

 

 

 

 

 

 

 

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