Émotions et saisons : qu’en est-il vraiment?

     OH. MY. GOD. C’est la canicule cette semaine et honnêtement j’étais enchantée lundi, mais maintenant je n’en peux plus! La température exceptionnelle que nous avons cet été m’amène à vous parler des saisons, des cycles d’ensoleillement et de ce qui est communément appelé « la dépression saisonnière ».

 

Mais qu’est-ce que c’est, docteure?

      Je pense qu’à chaque année, depuis 3 ou 4 ans, il y a des personnes dans mon entourage ou au bureau qui m’arrivent avec l’hypothèse qu’ils font surement une dépression saisonnière. Et ils ont de bons arguments! Ils m’annoncent cela généralement lorsque nous sommes l’hiver ou l’automne, ils feelent déprimés (moral moins heureux qu’à l’ordinaire), ils se décrivent plus stressés et n’ont pas envie de faire leurs activités de la vie quotidiennes. Raconté comme cela, j’avoue que ça pourrait ressembler à la dép. saisonnière (appelée SAD en anglais – seasonnal affective disorder – ce qui forme l’acronyme « triste »).

      Malgré ces points forts convaincants, je ne peux m’empêcher de lever légèrement un sourcil et de cacher un petit sourire. C’est à ce moment-là, généralement, que je vais leurs poser des questions complémentaires : « Ouin, mais penses-tu que ça l’a rapport avec ta session universitaire très chargée aussi? », « Penses-tu que ça pourrait s’expliquer par le fait que tu as arrêter la course à pied, cet hiver? », « ouin, je comprends ce que tu veux dire… mais ce qui s’est passée avec ton chum la semaine dernière n’aide pas non plus à se sentir heureuse ». Vous comprenez la logique? Les saisons d’automne et d’hiver sont les saisons de l’année généralement les plus chargées en tâches et responsabilités dans les foyers québécois. Travail, maison, enfants, cours para-scolaires, organisation des activités de la vie quotidiennes et des activités estivales (Noël, par exemple)… il n’est pas étonnant que la batterie se vide tranquillement et que notre sourire rayonnant post-vacance soit un peu moins éclatant.

    Par ailleurs, la dépression saisonnière, en fait, n’est pas un diagnostic psychiatrique reconnu. On va plutôt parler d’un trouble dépressif majeur (pleurs ou mélancolie, perte de l’envie de faire les choses qu’on aime habituellement… le tout accompagné d’une belle brochette de symptômes et de maux physiques) qui a une spécificité saisonnière. On parle donc de symptômes d’une « vraie » grosse dépression qui fait broyer du noir et cela, pendant au moins 3 semaines d’affilées et qui, sans qu’on sache pourquoi, a des rémissions spontanées au début du printemps (ou à chaque année, pour les dépressions récurrentes) et ce phénomène doit se produire au moins deux années de file! Ce caractère saisonnier n’est pas seulement une qualité de l’épisode dépressif majeur, mais peut également être retrouvé chez les personnes bipolaires (type 1 ou 2).

 

Comment ça, rémission spontanée?

     C’est à ce moment-ci que je fais le lien avec la canicule des derniers jours… le soleil serait actuellement une des hypothèses les plus sérieuses pour expliquer ce retour « magique » à l’état émotionnel habituel. En fait, pour être encore plus précise, c’est l’intensité et la durée d’exposition que nous avons à la lumière à tous les jours qui permettraient une meilleure régulation de nos cycles d’éveils et de sommeil, de notre énergie et de nos hormones (par conséquent, de notre humeur). Histoire courte, les chercheurs comparent l’humain à une plante verte. Arrosez-la quotidiennement et donnez-lui de la lumière de qualité à tous les jours et elle poussera en pleine santé!

    Blagues à part, des recherches sérieuses démontrent que la lumière du soleil (surtout la lumière qui a de très courtes ondes – truc invisible à l’oeil nu) a un lien dans le retour d’une humeur stable sans pour autant que ça en soit la cause. En fait, augmenter son exposition à une lumière à une intensité d’au moins 10 000 lux pendant 30 minutes permettrait de réduire significativement les symptômes dépressifs. Un peu comme si on mettait une plante dans une serre l’hiver, le fait d’avoir plus de soleil par jour permettrait une meilleure régulation de notre cycle éveil-sommeil ce qui permettrait un meilleur gain d’énergie. Comme une plante verte, être plus énergique et être plus «nourris» longtemps à chaque jour permet de faire pousser de plus belles fleurs. Ceci dit, le fait de s’exposer au soleil et à la lumière n’empêche pas le développement d’une dépression en soi. Ce n’est pas un gage, une garanti, que notre humeur restera stable. Simplement, ce facteur (la lumière) a une influence souhaitable sur nos processus biologiques qui eux régulent l’humeur et la vitalité.

 

 La lumière, élixir de bonheur?

    Hélas, non. Les recherches démontrent également que si notre humeur et nos cycles biologiques d’éveil-sommeil sont déjà en pleine forme, l’exposition en surplus à la lumière ne va pas faire de nous des personnes éternellement heureuses. Cet outil thérapeutique est un peu comme la médication, elle est utile pour combler un manque ou une imperfection biologique et non pour augmenter nos capacités de base. Par contre, de coupler l’exposition à la lumière avec des activités sportives (aller prendre une marche en nature, par exemple) décuple les bénéfices au niveau de l’énergie et l’humeur chez TOUT LE MONDE (SAD ou pas).

     De façon générale, avoir des bonnes habitudes de vie comme de manger à sa faim, en accord avec ses signaux de satiété, de dormir au moins 5h30 de sommeil réparateur à chaque jour ( c’est l’extrême minimum! ), de bouger de manière modéré fréquemment à chaque semaine et sortir dehors (s’exposer aux éléments) et d’incorporer des activités sources de plaisir fera « tourner la roue du bon bord ».

 

À retenir

  • En résumé, le fait d’être déprimé à l’automne ou à l’hiver est insuffisant pour parler d’une dépression saisonnière.
  • Se faire griller en-dessous de votre lampe de cuisinière n’aidera pas à ce que vous ayez plus d’énergie dans votre journée.
  • Un mode de vie sain, qui respecte nos processus biophysiques, est la meilleure garantie contre la dépression saisonnière.
  • Soyez vigilant à votre mode de vie et aux stresseurs qui peuvent être présents actuellement. Repérer les facteurs de stress et d’être proactifs face à ceux-ci est la meilleure façon de vous débarrasser de votre blues d’hiver.

 

Bien à vous,

Dre Sara-Maude Joubert, D.Ps. psychologue

 

Lam, R., & Levitan, R. (2000). Pathophysiology of seasonal affective disorder: a review. Journal of Psychiatry and Neuroscience25(5), 469–480.

Germain, A., & Kupfer, D. J. (2008). Circadian rhythm disturbances in depression. Human Psychopharmacology: Clinical and Experimental23(7), 571-585.

Terman, M., & Terman, J. S. (2005). Light therapy for seasonal and nonseasonal depression: efficacy, protocol, safety, and side effects. CNS spectrums10(8), 647-663.

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