Pas assez « hot » pour être heureuse – Le perfectionnisme sous la loupe.

     Re-bonjour! Me voilà de retour avec un sujet qui me tient particulièrement à cœur : le perfectionnisme. Ce trait de personnalité est TRÈS souvent retrouvé chez les personnes anxieuses car il pousse l’individu à rechercher la perfection ou à atteindre de hauts standards dans différents projets ou sphères de sa vie. Comme n’importe quel trait de personnalité, le perfectionnisme peut être sain ou pathologique.

     Ce qui marque la ligne entre le perfectionnisme sain et celui qui est pathologique, c’est la flexibilité que je vais avoir par rapport à deux dimensions, soit: mes attentes et mes attributions. En gros, ce qui fait la différence c’est : est-ce que j’ai des attentes de réussite qui sont théoriques (genre qu’en théorie, c’est faisable si toutes les planètes sont alignées, que je ne mange pas pendant deux jours et qu’aucun événement externe influence le tout) ET, à qui j’attribue l’atteinte ou non de mon objectif?

     Vous comprendrez que les personnes qui sont aux prises d’un perfectionnisme « pathologique» ont des attentes irréalistes/théoriques et un style d’attribution sévère envers elles-même. Genre, elles visent haut… beaucoup trop haut et elles sont sans pitié face à elles-même dans l’atteinte de ces objectifs titanesques parce qu’elles perçoivent la réussite ou l’échec de cet objectif comme étant ENTIÈREMENT de leur faute.

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Les douze travaux d’Hercule

Une question d’attentes…

     Donc, ne plus être patho avec son perfectionniste implique de ne plus voir d’attentes exagérément sévères… facile, right?! Et bien, il s’avère que comme toute chose… ces attentes viennent de quelque part et ont leur raison d’être. Les chercheurs en psychologie parlent d’attentes qui existent car elles fuelent aux motivations introjectées. Autrement dit, ce sont des attentes qui portent le sceau du : « si je ne réussis pas à atteindre cet objectif, ça veut dire que je suis une…pas bonne/nuisance/pas aimable/ etc. ». Vous l’aurez donc compris, ce sont des attentes et des objectifs exagérément élevées non pas par choix, mais par contrainte. Elles ont été forgées par une série d’événements de vie qui ont amené à la personne à croire qu’elle a de la valeur que si elle accomplie certaines choses. Elles sont profondément ingrates, dans le sens que si elles sont atteintes (par miracle), elles nous gratifient d’un « félicitation fille, tu es normale et peut-être que tu vaux le coup, après tout ». Par contre, quand elles ne sont pas atteintes, elles sonnent plus comme : « Mon dieu que je le savais que tu n’étais pas à la hauteur ».

     On s’entend, lorsqu’on fait les choses pour se sentir « une moins mauvaise personne », pour se rassurer d’être une bonne mère, pour ne pas déplaire à autrui, pour me prouver que je suis capable… alors on fait les choses comme si nous étions sous menace. On adopte des comportements rigides, on vit des émotions plus extrêmes et on perd notre recul/perspective. Sans même s’en rendre compte, on fait les choses avec un «gun sua tempe » et tout est perçu comme si nous étions dans une situation de vie ou de mort. Ainsi, chaque imprévu est catastrophique et cela est encore pire (subjectivement parlant) si je me sentais que j’étais plus ou moins en contrôle des différents paramètres entourant la situation. On est très propice à vivre de l’anxiété­.

     En gros, les attentes théoriques-introjectées, c’est comme la matante un peu bitch qui est jamais capable d’un vrai compliment. Tu fais un bon coup, elle te souris jaune. Quand tu manques ton coup, elle est ben contente de te dire que tu as fais un erreur. Merci matante.

…et de sur-responsabilisation.

     Les attributions… comment les expliquer? En fait, une attribution, c’est une sorte de pensées que tout humain a dans sa vie. Ce sont des pensées que nous avons à répétition en fait. Ce sont celles qui commencent par: « c’est à cause de… ». Faire une attribution, c’est de déterminer une cause à un événement. Il est possible d’attribuer des causes qui sont externes à moi ( le vent, un voisin, des circonstances, etc.) ou internes à moi (j’ai un trop gros caractère, j’ai été négligent, c’est à cause de ma peine, etc.). Il est également possible d’attribuer des causes qui sont circonscrites dans le temps (situationnelles) ou qui sont permanentes (dispositionnelles).

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     Quand j’attribue le fait de ne pas avoir atteint mon objectif théorique à moi-même… je suis dans le perfectionnisme pathologique. Je me dis : « c’est moi qui a été trop lâche/pas assez vaillant/pas assez prévoyant pour accomplir mon but ». C’est encore plus grave quand je suis en train de me dire que c’est de ma faute à cause de qui profondément je suis (attribution interne et dispositionnelle). Lorsque j’explique la non-atteinte de mon objectif irréaliste par le fait que j’ai une personnalité comme ceci ou comme cela… bonjour le cercle vicieux de l’anxiété, de la dépression et du petit estime de soi.

     Parfois, nos attributions pathos peuvent aussi prendre la forme des «j’aurais donc dû » ou encore des « avoir sû, j’aurais fait…». Quand on est dans ce type de pensées, tout ce qu’on fait c’est se blâmer de ne pas avoir réussit à atteindre quelque chose de pratiquement impossible. C’est faire preuve de sévérité envers soi-même, voire parfois même de violence.

La dynamique perfectionniste

     Les perfectionnistes, avant de venir en thérapie pour consulter, typiquement pour épuisement professionnel, troubles anxieux ou dépression, fonctionnent d’une manière particulière pendant des années. Ils font le yoyo entre sur-investissement professionnel et personnel et évitement/relâchement total. En gros, ils fonctionnent en montagnes russes!

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Le « soleil » représente l’objectif théorique… LOL

    Et c’est très logique.     Imaginez-nous que vous faites pieds et mains pour atteindre un but (théorique) que vous pensez essentiel. Que vous sacrifiez activités, énergie et plaisirs pour atteindre ce but… longtemps… pendant des mois… et que vous semblez jamais être capable de l’atteindre d’une manière satisfaisante. Qu’arrivera-t-il?

     Moi perso, j’aurais envie de tout sacrer cela au bout de mes bras. Adios le projet. Je ne voudrais même plus y penser. C’est souvent d’ailleurs ce qui finit par arriver aux perfectionnistes. Ils lâchent tout. Ils procrastinent et « boudent » leur projet (avec raison!). Par contre, cette pause qui n’en est pas vraiment une n’est pas relaxante ni satisfaisante parce qu’elle implique souvent de la culpabilité ( « je devrais être en train de faire du ménage plutôt que d’écouter la télé » ou encore « si j’étais une bonne mère, je serais en train de faire les boites à lunch ») qui résultent, par ailleurs, de nos attributions internes. Au début… ce sont des attributions situationnelles du genre: « c’est parce que je ne suis pas assez bien préparer » ou « je tends à délaisser ma routine habituelle ces temps-ci ». Par contre, au fil des vagues, elles deviendront de plus en plus sévères. Encore une fois, cela est très logique! Avoir la perception de vivre des échecs à répétition, peu importe les facteurs contextuels finit par imposer une « vérité » qui fait mal : c’est de ma faute. C’est moi qui est insuffisant. Et comme si cela n’était pas suffisant… les efforts surhumains qui seront investis pour atteindre le but et se prouver qu’on est pas si mauvais que cela, en fin de compte, seront parsemés d’inquiétudes, de stress et de violences auto-infligées.

Quoi faire, docteure?

     En fait, être plus souple face à ce trait de personnalité implique deux choses surtout, la réalité et nos motivations.

     Premièrement, il faut délaisser la théorie et ramener le tout sur le plancher des vaches. Il faut se rappeler que la réalité c’est que nous évoluons dans un monde chaotique qui est régit par l’imprévu (oui, je sais… c’est dark). Le monde, les événements.. tout cela est en somme plutôt aléatoire. Nous tentons par nos sociétés, nos Lois et nos institutions de mettre de l’ordre et de baliser le vivre ensemble, mais les faits sont tels que personnes dans l’état actuel de la science peut prédire l’avenir et ordonner le dessein de nos vies et de l’univers. Il n’y a pas de garantie. Jamais. Donc espérer que tous les événements se déroulent comme on le souhaite afin de garantir l’atteinte de notre objectif est purement fictif. Par ailleurs et toujours en lien avec nos attentes… deuxième vérité : nous sommes humains. Nous sommes imparfaits et nous évoluons constamment. Qui sait ce que j’aurais envie de faire de ma vie demain? Même pas moi! Alors s’imposer une rigueur et des objectifs qui fonctionneraient qu’en théorie… que grâce à un alignement de planètes et aucun changement internes (émotifs, motivationnels, etc.). est également illusoire. On est des humain, people, pas des roches. On change et c’est normal. C’est même souhaitable.

byebye

     Deuxièmement, ma recommandation est de vous questionner sur vos valeurs. C’est quoi le rapport? Rappelez-vous, ce qui marque la ligne entre le perfectionnisme sain et celui qui est pathologique, c’est la motivation qui se cache derrière cette tendance. En gros, cela dépendra de la réponse que je donnerai à cette question : Pourquoi est-il important pour moi d’exceller dans tel domaine, de m’investir sans compter ? ou encore, pourquoi il est « dramatique » pour moi de ne pas atteindre mon but ? Plus que cela encore, « est-ce que tout le mal et la violence que je m’impose en vaut la chandelle? ».

     Si la réponse à ces questions reflète une motivation qui parle de nos valeurs profondes, genre : « parce qu’il est important pour moi de faire les choses comme il faut », « parce que je me sens nourrie quand je suis challengée intellectuellement », « parce que c’est une manière pour moi de garder ma famille en santé », etc., alors les conduites perfectionnistes sont saines.

Les valeurs profondes?

Dans l’idée que nous allons tous mourir, un jour, et que ce jour nous allons partir seul. Peu importe combien vous aurez dans votre compte en banque, peu importe qui sera présent sur votre lit de mort, la réalité c’est que nous allons tous mourir, partir, seul. À cette journée de votre mort, quels seront les choses qui, pour vous, vous permettront de dire que vous avez « réussit » votre vie? Quels sont les éléments non-négociables qui VOUS permettront d’être satisfaits de votre vie? Ces choses, ce sont vos valeurs profondes.

     Avoir des comportements en lien avec nos valeurs profondes permet de mettre en perspective nos objectifs théoriques et de les descendre de leur piédestal. Est-ce si grave de ne pas faire les boites à lunch de mes enfants? Est-ce que je vais remettre mon intégrité en cause si je ne réponds pas en-dedans de 5 minutes aux courriels? Est-ce que c’est quelque chose qui fera qui vous évaluerez votre vie comme gâchée? Je vous le demande.

Sur ce, bonnes semaines!

Dre Sara-Maude Joubert, D.Ps. psychologue

Un commentaire sur “Pas assez « hot » pour être heureuse – Le perfectionnisme sous la loupe.

  1. Bonjour,
    Juste un petit commentaire pour dire que tu parles vraiment bien de ce trait de personnalité pas toujours facile à vivre. En effet, être perfectionniste a souvent tendance à me donner l’impression de me gâcher la vie. Je me reconnais beaucoup dans ce que tu dis, dans le fait de viser toujours trop haut et surtout dans le fait de se déconsidérer humainement de manière totalement irrationnelle et injuste. On est d’ailleurs souvent beaucoup plus souple avec les autres et leurs actions, et on ne voit pas les choses avec autant de dureté. Actuellement, je cherche à vivre plus sereinement, à me débarrasser justement de ces angoisses et des objets bien trop hauts que je me fixe à longueur de journée. Je commence petit à petit à comprendre qu’ils sont la surface de mécanismes et “troubles” plus profonds mais le chemin es long, et vivre moins angoissée demande du temps mais ce genre d’article me donne l’espoir et l’impression justement de ne pas être la seule face à ces difficultés, je te remercie en cela.

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