Le sexe, tout le monde en (dé)parle!

    Petite chronique grivoise juste avant le congé du temps des fêtes. Le sexe… ahhhh le sexe… le marketing nord-américain fait qu’on en voit partout, pourtant il n’y a jamais eu autant de problèmes dits de « l’excitation sexuelle », de douleur ou de complications qu’actuellement. Dans les couples, il est estimé qu’environ 20% des mariés et 30% des conjoints de fait n’ont plus de sexe du tout. Entre 18 et 59 ans… qu’on soit en couple ou non, il est estimé que 42% des femmes et 30% des hommes souffriraient d’un trouble de dysfonction sexuelle tel que décrit dans le manuel diagnostique de psychiatrie! C’est ÉNORME et ce n’est pas le pire… après 59 ans, la fonction sexuelle tend à se détériorer avec l’âge et même si… déjà, les 18-25 ans consomment plus que jamais « la petite pilule bleue »! Et là, nous ne parlons même pas de la satisfaction reliée au sexe… on parle juste de la capacité à avoir un ébat. DAMN.

   Parce que je me donne l’ambition de vous aider avec votre sex life, mes lecteurs, voici une chronique sur l’Humain en rut et les différentes modalités qui permettent de « tirer son coup » d’une manière satisfaisante.
***

Je vais vous la donner, la recette!

Premier ingrédient… Faire l’amour.

COMPROTESEXE

    Vous vous rappelez… nous sommes des animaux à la base, donc il y a une partie de notre vie sexuelle qui est régit par le fonctionnement du corps (la machine, l’animal), mais nous sommes « évolués » aussi. Et bien, comme les animaux, nous avons un système de récompenses (circuit de neurones qui relaie les informations par rapport au plaisir) rattaché aux organes génitaux. Sauf que contrairement aux animaux, chez l’humain, ce circuit est aussi connecté ailleurs que sur le sexe… ce qui fait que nous n’avons pas seulement envie de copuler pour se reproduire! Vous comprendrez que cette réalité biologique oriente nos comportements différemment… pas « besoin » de chercher à donner la vie pour avoir des conduites sexuelles et du plaisir! Et d’ailleurs, le sexuel n’est plus que la pénétration, il devient érotisme (la stimulation de toutes les zones érogènes, pas seulement les gonades).

     Donc nous avons un véhicule sophistiqué qui est le corps, mais « celui qui conduit », c’est l’esprit/la psyché/l’appareil psychologique. Les pensées et les cognitions (notre idée de ce qu’est la sexualité, l’amour, concept de ce qu’est attirant ou permis dans une société, apprentissages antérieurs, estime de soi sexuel) vont orienter nos choix en fonction des opportunités qui se présentent à nous. C’est ce qui fait que nous trouvons des moments et des personnes avec qui il serait possible de passer à l’acte.

Maintenant que cela est dit… ce n’est pas parce qu’on peut avoir des conduites sexuées que nécessairement, c’est le fun, right!?

 

Deuxième ingrédient, tirer son pied!

satisfactionsexe

… à ne pas confondre avec …

Satisfaction sexuelle = orgasme

     Avoir du plaisir implique nécessairement l’arrimage du désir (sensation physiologique associée avec l’intérêt de faire l’amour) et de mon objectif, mes raisons, pour avoir du sexe. C’est dans la tête que ça se passe, pas tant dans le corps! C’est une question de cognitions. On s’entend que ça, c’est plus touché parce que la satisfaction sexuelle n’est plus juste une question de techniques et de manœuvres. 

     Si on décortique cette équation, premièrement, le désir dépend de mon intérêt à avoir du sexe (ceci est un élément cognitif : Est-ce que mon partenaire est attirant à mes yeux? Est-ce que je suis capable d’érotiser quelqu’un/quelque chose? Est-ce que mon couple est un espace sécuritaire pour me laisser aller? Est-ce que je me conçois comme étant un être sexuel?/Est-ce que je crois en mes chances d’attiser l’autre?) et deuxièmement, je dois évaluer que l’activité en question répondra à mes motivations, mes objectifs (me sentir proche de mon partenaire? Faire du sport? avoir du plaisir? Me distraire? etc.). On s’entend-tu que ça donne une méchante brochette de paramètres à considérer et « qu’avoir du plaisir »/être satisfait veut dire différentes choses à différents moments. Quand j’écoute mon désir que je l’oriente pour combler mes objectifs, BINGO, j’ai du plaisir. Quand mon partenaire fait la même chose, double BINGO, on a une sexualité spontané, érotique et qui nous amène à nous découvrir. On a du plaisir.

     Ce qui arrive, avec les cognitions, c’est qu’elles sont formées de nos expériences directes en regard de la sexualité en plus de nos apprentissages indirects (via la culture, nos amis, etc. – nos observations). Et c’est là que la société occidentale nord-américaine peut nous jouer des tours : les apprentissages indirects! On a jamais vu autant de seins dans les pubs et on a jamais eu aussi facilement accès à du porno que maintenant (apparemment… parce qu’il y a 35 ans, je n’étais pas là! Mais les études le disent, à ma défense). Pourtant, alors qu’à priori, une société permissive par rapport à la sexualité est garante de moins de troubles de dysfonctions sexuels… ce n’est pas notre cas! C’est que ces modèles (apprentissage indirect) de ce « que devrait être une vie sexuelle normale » sont biaisés.

     Le corps est modifié pour prendre des proportions non humaines (merci Photoshop!), l’érotisme est réduit à une paire de gros seins (merci chirurgie!), des hanches étroites (merci 10 heures de gym par semaine!), un corps en V (pour les hommes), à une peau brillante (merci aux crèmes corporelles!) et à une chevelure ultra épaisse (merci aux rallonges capillaires!). Avoir « du bon sexe », c’est de jouir (obligatoirement) et de réduire l’érotisme à deux partenaires qui regardent dans des directions opposés (il faut regarder les caméras!), qui beuglent leur plaisir charnel et qui prennent des positions athlétiques. C’est très peu représentatif du quotidien sexuel de monsieur et madame tout le monde (et avec raison!). Par contre, quand on « est élevé » avec ça… quand la référence en matière de sexe, d’identité et d’amour c’est Ken et Barbie qui font une pièce de théâtre mal scriptée, c’est réellement un problème parce qu’on pense que c’est ça la normalité… et on commence à jouer une scène nous-même dans l’intimité de notre « set de flannalette ». Cette grande différence dans les scripts mentaux (notre idée de ce que devrait être une relation sexuelle satisfaisante VS ma sexualité au quotidien) entraîne des problèmes. C’est comme si on se disait :

cerclevicieux_sexe

 

     Alors même sans s’en rendre compte… on est en train de placer les balises d’un trouble de dysfonction sexuel et/ou d’insatisfaction conjugale.

***

      Parce que l’humain n’est pas parfait, parce que nous avons un temps limité dans la vie et qu’il faut prioriser ses activités (sport versus autre, par exemple), parce que le couple ou la dyade amoureuse a son propre cycle de vie (ses hauts et ses bas) et parce que l’humain vieillit: j’ai envie de vous communiquer qu’il faut être indulgent face à nous même, face à notre couple et qu’il est important de clarifier quels sont nos besoins, nos pensées et nos attitudes en regard de la sexualité. Le bonheur conjugal et personnel repose en partie sur cet aspect de la vie humaine. Il faut avoir le courage d’être soi, d’être différent de la pub télé ou de la séquence de porn et d’apprendre à voir toute la beauté de l’humain et de ses relations dans ces activités. Vivre une vie qui vaut la peine d’être vécue, c’est aussi ça.

     Notez bien en terminant que le but de cette chronique n’est pas de faire une déclaration politique ou sociale particulière. C’est réellement de ne parler que du sexe « normal », dans son expression la plus simple. J’avais aussi envie d’écrire cette chronique pour favoriser la réflexion.

   Sur ce, ba-byas!

Dre Sara-Maude Joubert, psychologue

P.S. Je ne dis pas que la pornographie n’a pas sa place ou que ce n’est pas correct.

Je ne dis pas qu’il faut être en couple pour avoir des rapports sexuels satisfaisants.

Je ne dis pas que d’être minutieux par rapport à son apparence physique est mal.

Je ne minimise pas à quel point les problèmes sexuels peuvent être souffrant pour soi et/ou pour le couple.

PPS. Ceux qui veulent approfondir le sujet ou qu’il veulent trouver les bons mots pour en parler avec leurs ados, je conseille fortement le livre de Boucar Diouf: Pour une raison X ou Y… 

Références

Gouvernet, B., Combaluzier, S., Chapillon, P., & Rezrazi, A. (2016). Les motivations sexuelles: revue critique de la littérature. Sexologies25(1), 35-40.

Sabourin, S., Lussier, Y., & Wright, J. (2008). Manuel clinique des psychothérapies de couple. Québec [Québec], Canada: Presses de l’Université du Québec

Wunsch, S. (2016). Principaux facteurs, contextes et variations du développement sexuel humain. Une synthèse transculturelle et transdisciplinaire. 1ere partie: données ethnologiques. Sexologies25(2), 41-51.

Wunsch, S. (2016). Principaux facteurs, contextes et variations du développement sexuel humain. Une synthèse transculturelle et transdisciplinaire. 2e partie: modélisation. Sexologies25(4), 141-152.

Wunsch, S. (2017). Étiologie des troubles sexuels. Perspectives cliniques des données neuroscientifiques. Sexologies26(1), 44-53.

Wunsch, S. (2017). L’influence de la cognition sur la sexualité. Sexologies26(1), 36-43.

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