DANS MA TÊTE DE PSY : constats suite à 1 an et demi de pratique clinique

  J’ai envie de m’aider à clarifier ma réflexion par rapport à ma pratique professionnelle… aussi, j’ai envie de prendre le risque de partager mes observations et mes constats comme clinicienne sur le blog. Il faut dire que de voir une brochette de patients à toutes les semaines donne une perspective particulière sur ce que c’est réellement la santé, la maladie mentale et plus globalement, « la vie ».

Ainsi, en toute humilité, je vous partage ce qui ressort pour moi, comme jeune psychologue qui a une année et demi de pratique autonome en arrière de la cravate.

***

 

  1. On se sent souvent seul avec nos problèmes… pourtant, le 3/4 de ce qu’on vit est partagé par vraiment beaucoup d’autres personnes.

     Je ne veux pas sonner minimisante de la souffrance des autres, ni de la mienne, mais je me rends compte à quel point la souffrance nous donne l’illusion qu’on est seul au monde. En ce sens, souvent, les gens (et je m’inclue là-dedans!), on a tendance à se replier sur nous-même comme si de souffrir était une tare épouvantable… comme si cela était honteux. Pourtant, quand je suis assise dans ma chaise de psy… combien de fois il me passe par la tête qu’il est tout à fait naturel de se sentir en détresse dans telle ou telle situation! Pour vrai là… on est des êtres émotionnels…. et la vie… ben c’est le chaos. Et non seulement c’est le chaos, mais les différentes étapes qu’on passe à travers le temps (l’adolescence, la vingtaine, la trentaine, la fondation d’une famille, la retraite, etc.) sont pleins de complications. Je constate qu’on se ressemble beaucoup plus qu’on pense, les humains… et ça, je trouve ça vraiment réconfortant  parce que malgré le chaos, nous sommes solidaires de par nos expériences souvent partagées.

 

2. Vous avez le droit de vivre de la colère : non, mais… c’est quoi le fuck?!

     Ok, j’ai mon voyage. Je me rends compte que de vivre de la colère est tabou en maudit. Vraiment plus que ce que j’aurais pensé. Je vais clarifier quelque chose tout de suite avec vous, groupe… la colère est une émotion de base! Elle vient avec notre kit de survie, comme bébé humain et elle est transmise de générations en générations parce qu’elle nous permet de communiquer peu importe le langage qu’on parle (français, anglais, mandarin, etc.). En plus, elle nous fournit des informations essentielles à la survie.

    Quand on vit une émotion qui se situe sur le continuum de la colère c’est que, tout comme dans le cas des loups, un ennemi vient de « piler sur notre territoire ». En réponse à cette intrusion, nous allons avoir un boost d’énergie pour aller défendre notre territoire (comme animal, la défense du territoire, c’est un acte physique/sportif). L’ampleur de cette énergie, c’est l’ampleur de notre colère. Exemple concret de ça? Si quelqu’un « vous respire dans la face », cela peut vous agacer (énergie de moindre ampleur) et faire en sorte que vous allez vous déplacer ou demander à la personne de se reculer légèrement (ou fortement, haha!). Comme les loups, nous allons chasser l’agresseur.

    Mais nous sommes des animaux évolués, n’est-ce pas? Nous ne sommes pas des loups, n’est-ce pas? Non, nous avons un cerveau d’une complexité fabuleuse qui nous permet des nuances émotionnelles et des comportements variés. Ce cerveau nous octroie également un territoire psychologique. Ainsi, à la différence des loups (peut-être pas dans le fond… qui sait?!), nous pouvons vivre des intrusions psychologiques.

    Une intrusion psychologique, c’est lorsque quelqu’un fait ou dit quelque chose où il nous manque de respect, fait atteinte à notre intégrité comme humain ou s’il compromet la possibilité de répondre à nos besoins psychologiques ou physiques. Donc, quand quelqu’un insinue ou me signifie clairement que a) je ne suis pas une bonne personne ou que je suis moins que les autres (besoin d’estime), b) que je ne mérite pas ma place parmi un groupe (besoin d’appartenance), c) que mes projets et mes aspirations sont risibles (besoin de progresser et de s’actualiser) ou/et que d) cette personne me ment ou me trompe (besoin de sécurité)… je vis automatiquement, en ma qualité d’animal-humain, de la colère.

   Qu’est-ce que je fais de ma colère, ALORS LÀ, ça…. ça peut être condamnable. Grosso modo, il y a trois règles à se rappeler lorsqu’il est question d’exprimer sa colère/ de réparer l’intrusion subie :

You shall not…

  • Tu ne te blesseras point : physiquement ou moralement.
  • Tu ne blesseras point autrui, que ce soit d’autres humains ou animaux.
  • Tu ne briseras point d’objets. La destruction de biens tu proscriras.

     Donc, si vous marcher « du talon » et que vous faites l’oiseau pour démontrer à quel point vous êtes en colère… techniquement, il n’y en a pas de problème.

     Vous sacrez? Tant que vous ne sacrer pas après la personne et utiliser cela comme ponctuation dans la phrase… techniquement, il n’y a pas de problème.

     Vous avez besoin de courir, faire des push-up, sauter sur place, serrer la mâchoire ou les poings… techniquement, il n’y a pas de problème.

     Vous vous imaginez les pires scénarios où votre interlocuteur est l’acteur principal, tant que cela reste dans votre tête… il n’y a pas de problème.

     Ces manifestations peuvent être difficiles à vivre pour les autres, mais elles ne sont pas des signes que ce que l’autre à dit n’est pas correcte, mais que l’effet de ce qui a été dit est blessant/génère une grande réactivité pour soi.

     L’idéal dans la communication interpersonnelle, c’est d’être capable de mettre le frein sur cette énergie-là, l’élaborer avec des mots et partager pourquoi ce qui vient d’être dit ou fait me met en colère. Quand on fait ça, on agit comme des pros des émotions… on s’affirme sainement.

   Est-ce que c’est irréaliste? Non, mais ce n’est pas facile. Moi-même, qui est psy et qui connait la théorie et les trucs, a parfois de la difficulté à le faire. Ainsi, j’ai tendance à penser que c’est normal que cela ne soit pas un automatisme pour tous. L’idée, c’est de continuer à le pratiquer et de progresser vers des méthodes de plus en plus utiles et efficaces (l’affirmation de soi) et à avoir de la compassion pour soi.

 

3. Oui, s’affirmer c’est être « égoïste ».

     Quand je m’affirme, c’est que je suis en train de prendre de la place, ma place. Oui, ça peut déranger autour. Les gens peuvent faire « des shows de boucanes » pour m’empêcher de recommencer ou pour me faire battre en retraite. Est-ce que ces tentatives sont des preuves que je ne fais pas bien de m’affirmer? Non, pas du tout, mais si vous en doutez, sachez qu’il n’y a pas « de place limite » dans la vie. Nous ne sommes pas en compétition les uns avec les autres pour avoir « la place ». Il y a de la place infinie et il appartient à tous en chacun de se donner des conditions pour Être. Quelqu’un qui prend sa place ne m’enlève rien.

  égoisme

     Prendre ma place sainement ne brime personne. Cela peut déranger parce que je brime les désirs d’un autre à assurer mes besoins, mais ne devrait jamais brimer autrui dans ses besoins. Cette nuance est fondamentale pour être en mesure d’évaluer si, quand je m’affirme, cela est sain. Un désir, c’est quelque chose que l’on souhaite, mais qui n’est pas nécessaire à la survie (exemple, je désire faire le tour du monde) alors qu’un besoin, c’est du non-négociable (j’ai besoin de manger à tous les jours). Quand vous êtes proactif pour répondre à vos besoins et créer des opportunités pour répondre (dans le respect des autres) à vos désirs, vous pensez à vous et agissez de manière « égoïste ». Truc qu’une personne qui pourrait être contrariée pourrait très bien vous refléter (ce qui est un show de boucane). Validez en quoi prendre votre place (dire votre opinion, refuser une demande, prendre une initiative, etc.) peut être un intrusion pour l’autre et si la réponse révèle le bris d’un désir… et bien tant pis pour cette personne! Vous n’êtes pas égoïste, vous êtes intègre face à vous-même et vous prenez responsabilités pour votre bien-être. Vous êtes un adulte.

 

4. Les peurs ne sont réellement qu’un rideau d’illusions crédibles.

     Pour vrai, je n’aurais pas de travail si les gens n’avaient pas de peurs. Il y a les peurs circonscrites comme la peur des avions ou des voitures, mais il y a aussi les inquiétudes (et si mon chum ne m’aimait plus?) et les croyances centrales (je serai ridiculisée si on voit qui je suis réellement). Aussi crédibles ces dernières peuvent être ressenties quand elles sont présentes dans le ici et maintenant, ces pensées ne sont que des illusions! For real! Il n’appartient qu’à vous de rassembler votre courage pour faire tomber ce rideau d’illusions.

4 encrages

     On s’entend que si vous osez affronter le drame anticipé, vous allez vous rendre compte à quel point il y a eu des distorsions dans votre tête quelques secondes avant. Se débarrasser de l’anxiété à moyen et long-terme nécessite cette prise de conscience et cela, à chaque séance d’exposition (la traversée du rideau!).

 

5. Être authentique, c’est faire preuve d’humilité.

    Dernier constat de cette chronique… les patients que je rencontre sont beaux. J’ai la chance de voir les gens dans leur intimité, alors qu’ils sont souvent vulnérables et my god, ils sont beaux. Je sais que ça sonne cul-cul… je l’écris et je tourne moi-même les yeux, mais c’est vrai. Je me dis souvent quand je vois quelqu’un qui ose se dévoiler devant moi comment cette personne bénéficierait si elle osait se dévoiler avec autrui également. C’est clair qu’il y a souvent de bonnes raisons qui font que cela n’arrive pas ou n’arrive plus… mais mon travail et ces observations m’encouragent à cultiver l’authenticité dans ma propre vie. À oser. À prendre ce risque calculé.

    C’est un risque oser être soi-même, dire les choses exactement comme on les pense, faire les choses exactement comme on en a envie. Les chances de se tromper, de se faire juger ou de se faire rejeter sont réelles. En ce sens, être humble, s’accrocher à ce qui compte vraiment (« quelles sont les valeurs derrières mes initiatives? », « en quoi ce comportement est porteur de sens pour moi? »), se rappeler qu’on est humain (et donc imparfait!) et avoir pour objectif de progresser ou d’apprendre de notre démarche (si jamais c’est un « échec » ) sont autant de facteurs qui permettent l’authenticité. En fait, c’est avoir de la compassion pour soi.

 

***

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   Ceci clos ce premier segment du bilan de la psy! Le prochain sera avant ma troisième année de pratique, haha! Je crois qu’un par année serait vraiment bien, qu’en pensez-vous?

   Aussi, si vous avez envie de travailler sur votre compassion de vous-même, thème qui ressort beaucoup dans ce premier bilan, je vous recommande l’excellent livre « Sois ta meilleure amie » de Mme Josée Boudreault.

Bonne lecture et bonne journée à tous!

Dre Sara-Maude Joubert, psychologue

Une réflexion sur “DANS MA TÊTE DE PSY : constats suite à 1 an et demi de pratique clinique

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