Citalopram, Prozac, Zoloft et autres comprimés du bonheur

   Quand je suis en thérapie avec un nouveau patient et que l’évaluation que j’effectue pointe vers un trouble de l’humeur (anxiété excessive et persistante / humeur dépressive), je commence toujours par partager ma compréhension de ce qui se passe à la dite personne PIS après, je parle des solutions disponibles. Parmi celles qui sont « de premières initiatives » et qui, lorsque combinées avec la psychothérapie amènent les résultats les plus significatifs, il y a les antidépresseurs. Pour vrai, je pense qu’une fois sur deux, mon patient se tait et me regarde comme si je venais de dire le mot le plus impoli du monde.

   Parce que cette méthode thérapeutique (qui amène un soulagement des symptômes) est empreinte de stéréotypes (positifs et négatifs!) et que, plus souvent qu’autrement, les patients choisissent PAR PEUR (pas par choix éclairé en fonction de leurs valeurs, leur situation et des données scientifiques) de continuer à souffrir (inutilement!)… j’ai décidé d’écrire sur les croyances entourant les antidépresseurs! C’est important, parce que les recherches mentionnent que les croyances que les gens ont sur la médication influencent plus que la science leur inclinaison à en prendre et à la prendre comme il faut!

***

     Louis Freyd était étudiant en psychologie à l’Université de Montréal en 2009. Je vous parle de ce monsieur, car il a écrit une thèse de recherche qui récence les croyances que monsieur et madame tout le monde (aka « les patients »), les psychologues, les médecins généralistes et les psychiatres ont par rapport aux antidépresseurs et leurs usages.

thèse
Les origines d’une thèse »

    Pourquoi c’est particulièrement intéressant, une thèse? De toute évidence, ce n’est pas le style de lecture qui attire, mais la rigueur des données et des résultats qui y sont présentés. Les étudiants (qui deviennent chercheurs scientifiques) qui écrivent des thèses doivent répondre à l’exigence très exigeante de prouver qu’ils sont capable de contribuer à la Science (avec un grand S). De plus, ils ne doivent pas convaincre n’importe qui… ils doivent convaincre les experts dans leur domaine, qui connaissent leur sujet et qui sont plus que aptes à questionner et critiquer leurs travaux. La démarche est A1, les résultats sont pondérés et nuancés et plus que tout… on peut penser généraliser les résultats à la population d’intérêt.

     Donc sur ce, voici les principales croyances partagées par monsieur et madame tout le monde (qui certains consomment des antidépresseurs et d’autres, non).

 

— Monsieur et madame tout le monde (appelés MMTLM) ne croient pas que les antidépresseurs soient la panacée des médicaments pour traiter la dépression.

     En gros, personne se fait des « à-croire » avec ça. Ça peut aider… peut-être? Pourtant, coté médics. les antidépresseurs sont les plus efficaces pour réguler l’humeur. Certains antipsychotiques ou psychostimulants peuvent parfois être prescrits pour aider à contrôler des symptômes qui viennent avec le fait d’avoir un humeur instable (genre, avoir de la misère à dormir, crier à tu-tête après son conjoint… etc.), mais ces derniers ne sont pas spécifiquement conçus pour réguler l’humeur… contrairement aux antidépresseurs!

 

— Ils croient également, malgré tout, que c’est efficace pour traiter les symptômes… mais à cause de l’effet placebo!

    La réalité, c’est qu’il y a effectivement un effet placebo qui vient avec toute prise de médicaments (pas seulement ceux-là) et que l’effet placebo contribue à augmenter le fonctionnement de la personne dans son quotidien. Cela n’empêche pas du tout le médicament d’agir de manière thérapeutique et d’augmenter également le fonctionnement de la personne. Il ne faut pas confondre l’effet thérapeutique psychologique du placebo et l’effet thérapeutique biologique de la molécule! Il y a les deux, et c’est ce qui fait que c’est efficace.

 

— MMTLM sont ambivalent par rapport aux liens médic-psychothérapie: certains croient que les pilules, ça marche juste s’il y a une psychothérapie en parallèle alors que d’autres croient que ça marche tellement qu’ils n’ont pas besoin de psychothérapie!

therapy

    Le top du top, c’est les deux. On diminue la souffrance perçue avec la médic. et on outille le patient à mieux faire face à ses problèmes. On travaille ainsi sur le problème et en amont, sur les causes du problème. C’est le best. Ceci étant dit, un patient peut prendre que sa médic. et va finir par avoir son humeur stable… mais attention si des circonstances similaires se repointent le bout du nez… il ne saura pas plus comment les gérer! Ainsi, juste prendre la médication va vous remettre sur pied, mais ne vous rendra pas plus indépendant. À l’inverse, certains anti-pilules d’entre nous préfèrent privilégier que la thérapie. Cela va vous remettre sur pied, MAIS ça va être plus long parce que tout le long ça va être dans la souffrance (pas de bonnes nuits de sommeil, pas d’énergie, pas de motivation, les pleurs, le stress, l’irritabilité, etc.). On s’entend, vous allez vous rendre à la même place, mais en plus de temps et en souffrant plus. C’est un pensez-y bien.

 

— Ils croient aussi que la population générale (« les autres ») est méfiante par rapport à cela… ce qui serait culpabilisant quand vient le temps d’en prendre soi-même. 

     Les données de cette recherche démontrent également que MMTLM se jugent sévèrement. Ils sont justement ces « autres »… et ils nomment être prêt à prendre de la médic. si leur médecin juge cela nécessaire! Je crois que ce phénomène peut s’expliquer (c’est mon interprétation personnelle!) par ce qu’on appelle la dissonance cognitive. La dissonance cognitive, c’est lorsque lorsque des circonstances dans l’environnement amènent une personne à agir en désaccord avec ses croyances, elle ressentira un état de tension inconfortable qu’on appelle « dissonance ». Ce qui arrive avec ce phénomène c’est que sur la base de cet inconfort, la personne va changer ses croyances/ses pensées dans le sens de son comportement (qui était à l’encontre de sa pensée, au départ!), comme pour se légitimer. En gros, les résultats de cette étude démontre que le sujet des antidépresseurs place les gens en état de dissonance, bien souvent… ce qui vient culpabilisant/inconfortable quand vient le temps d’en prendre soi-même!

 

— La plupart des gens croient que la prescription d’antidépresseurs est fait à la va-vite par les médecins généralistes… ce que les médecins décrient comme étant faux.

     La réalité c’est que l’évaluation médicale est protocolaire (il y a des règles à suivre, des tests de sang à passer et d’autres diagnostics à éliminer avant de confirmer quoi que ce soit). Par ailleurs, les médecins généralistes nomment, entre autres, la difficulté pour les patients à avoir accès à des soins psychologiques et psychiatriques comme raison pour prescrire des antidépresseurs. Le rationnel médical (et humain!) veut qu’il vaut mieux ça pour diminuer la souffrance que de donner rien du tout (aucun service, rien).

 

— MMTLM ont peur que ce type de médication est réservée aux fous.

fou

Première question pour vous… c’est quoi ou plutôt c’est qui, un fou? Deuxième question… avez-vous lu mon texte sur les peurs d’aller voir un psychologue? Non? Allez-y est lisez la partie sur la crainte du jugement d’autrui. Si vous l’avez déjà lu et bien je vous invite à vous rappelez que ces peurs parlent souvent de comment on se juge nous-mêmes plutôt que de parler de comment les autres nous perçoivent.

 

— « On peut devenir dépendant à ça! » / « c’est plein d’effets secondaires » / « Ça va changer qui je suis »

     Par rapport aux deux premières peurs, je n’ai qu’une seule chose à dire… venir lire ça ici. Par rapport à la personnalité, sachez qu’aucun élément de la littérature scientifique ne laisse entendre que cette médoc à un effet sur la personnalité et ce, peu importe comment on définit ce que c’est, la personnalité. Les antidépresseurs, ça sert à arrêter de nous faire souffrir et à nous permettre d’être plus fonctionnel…  donc, pour nous permettre d’être plus nous!

 

— MMTLM croient que la médic. antidépressive est prise selon « les règles de l’art » par les autres.

   Pour vrai, malheureusement, la science démontre le contraire. Peu importe la molécule consommée, les études démontrent que la prise de médicaments est « expérimentale » pour plusieurs consommateurs. Et pas besoin d’être toxicomane pour que ça arrive! Les raisons pour expliquer cela? C’est comme si les gens croyaient qu’on prend ça comme on prend les vitamines Fred Caillou : ils augmentent la dose ou la diminue au besoin… sans préavis médical ou encore, l’arrête lorsqu’ils décident que « ça ne sert à rien » ou que les symptômes sont trop désagréables. À cela, chers MMTLM, je vous rappelle que la médication antidépressive va jouer dans l’équilibre délicat de la chimie de votre cerveau et qu’il vaut RÉELLEMENT mieux être plus prudent que pas assez. Consulter votre pharmacien est une excellente initiative pour être guider en la matière. Un petit appel à votre pharmacie et hop! c’est fait!

 

***

    Donc voilà les principales croyances qui émergent du discours de MMTLM, selon la thèse de M. Freyd. Vous en pensez quoi? Avez-vous de ces croyances? Peut-être d’autres? Sont-elles fondées et quelles sont leurs impacts?

Bonne réflexion!

Dre Sara-Maude Joubert, psychologue

 

Références
Marchand, A., & Blanc, M. È. (2010). Chronicité de la consommation de médicaments psychotropes dans la main-d’œuvre canadienne: quelle est la contribution de la profession et des conditions de l’organisation du travail?. Revue d’épidémiologie et de Santé Publique, 58(2), 89-99.
Saucier, J. F. (2009). Augmentation significative de l’usage des antidépresseurs: Stratégies de contrôle, système médical dysfonctionnel ou besoin réel?. Frontières, 21(2), 70-72.

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