L’anxiété (1/2 – aspects physiologiques)

L’anxiété, le mal du 21e siècle… apparemment! Que cet énoncé soit vrai ou non, je peux vous confirmer que l’anxiété est certainement le motif le plus fréquemment nommé lors des premières rencontres avec des patients.  Dans le même sens, l’enquête sur la santé des populations menée par le Ministère de la santé et des services sociaux (MSSS, 2015) rapportent que 25,8% des femmes de 15 ans et plus de la grande région de la Mauricie et qu’environ 15% des hommes de 15 ans et plus de cette même région affirment vivre de la détresse psychologique! Ce n’est pas rien!

La détresse psychologique, c’est quand même bien un ensemble de sentiments négatifs qui, si maintenus dans le temps, génèrent des difficultés émotionnelles comme les troubles anxieux et dépressifs. Fac… ouin.

Bonne nouvelle cependant, ce n’est pas parce que nous vivons de l’inconfort ou un malaise, voir du stress ou de la déprime que nous sommes nécessairement à risque. L’enquête du MSSS (2015) nous dit aussi qu’environ 72% des femmes de 15 ans et plus et qu’environ 74% des hommes de 15 ans et plus de la grande région de la Mauricie ont une perception positive de leur santé mentale… et c’est parfait ainsi!

Malgré tout, et dans une idée de prévention, je vous propose de vous expliquer qu’est-ce que c’est, au juste, l’anxiété et comment ça fonctionne. Ces informations sont essentielles si vous désirez réduire voire « vous débarrassez » de ce sentiment inconfortable.

Donc, cours 101 sur l’anxiété.

***

Stress versus anxiété? C’est pareille!

Le stress = état de tension « temporaire » et causal. On vit du stress parce qu’un élément externe, de notre environnement, impose une pression sur nous. Une fois l’élément disparu, techniquement, le stress devrait disparaître aussi. Mot emprunté du jargon de la physique et de la mécanique (par exemple, induire un stress sur un morceau de métal = tenter de tordre ledit morceau de métal).

L’anxiété = état de tension aussi qui se veut une réponse comportementale lorsque nous avons une perception de menace.

Différent type d’anxiété? 

Oui! Mais chaque sous-type partage des caractéristiques communes que nous appelons, en psychologie, des facteurs transdiagnostiques!

anxiété

Deux de ces facteurs sont particulièrement documentés comme ayant une grosse part de responsabilité dans le maintien voire l’augmentation de l’anxiété dans le temps. Ces derniers sont 1) l’évitement et 2) l’intolérance à l’incertitude. Nous reviendrons à ces concepts plus en détail dans la prochaine publication (Anxiété 2/2).

Phénomène physiologique avant tout!

Et oui, je ne crois pas vous apprendre grand chose si je vous dis que le corps et l’esprit ne sont pas rangés dans deux boites différentes. Tout se passe à la même place lorsque nous parlons d’émotions.

Et quand ça se passe (ça étant l’anxiété), ça ressemble un peu à quelque chose du genre.

physioanxiété

Première étape : Le cerveau envoie un message d’alerte aux reins… plus particulièrement aux glandes surrénales. Attention les boys, on est en danger! Les reins, en bons citoyens du corps humain consciencieux de vivre une journée de plus, se mettent alors à sécréter massivement de l’adrénaline et du cortisol.

Deuxième étape :  L’adrénaline et le cortisol se promènent dans le sang, ce qui avertie tous les autres citoyens du corps humain de l’état d’alerte générale. Les poumons se mettent donc à « pomper » plus d’oxygène pour les muscles, qui se préparent à fuir ou à attaquer (dans les deux cas, à agir), aient en masse de jus pour nous sortir du pétrin. D’ailleurs, ils peuvent être tellement efficaces (les poumons) qu’ils contribuent à vous donner cette impression d’être « comme dans un film »/dissocier. Cela n’est pas un signe que vous êtes en train de devenir fou, mais seulement que vous hyperventiler. Pour sa part, le cœur, citoyen très important dans notre petite communauté interne, s’y met aussi. Alerté par les hormones des reins, il commence à pomper plus vite… pas mal plus vite. Il faut que le sang apporte de la nourriture (l’oxygène) à tous les muscles du corps (c’est cela qui donne la sensation d’avoir les extrémités froides et moites). Ainsi, le coeur bat à une vitesse pouvant aller jusqu’à 200 battements par minute (comme quand on court le plus vite qu’on peut).

Troisième étape : Devant l’activation intense du cœur et des poumons, principaux acteurs du système de survie (appelé système nerveux autonome sympathique, parce qu’il est assez « sympathique » pour assurer votre survie), le restant du voisinage se met en mode ration pour partir à la guerre. Ainsi, les yeux font leur contribution en nous permettant d’avoir une vision périphérique, question que nous puissions voir arriver la menace de partout (maintenant, bonne chance lire un livre, une question d’examen ou regarder quelque chose de proche!). Le cerveau envoie l’énergie pour la gestion de la menace seulement. Cela implique que nos capacités de raisonnement logique, de mémoire, d’attention, de planification, d’organisation, etc. sont kaput! L’estomac arrête de travailler. Ce n’est plus le temps de digérer votre lunch, cela demande trop de sang et d’énergie. Donc, option 1 : vous restez pris avec votre sandwich à demi digéré dans le fond de votre estomac (bonjour les maux de cœur) ou, option 2: le lunch était rendu dans les intestins… donc bonjour les toilettes (points boni pour cette option, car après vous pourrez courir plus vite… et non, ce n’est pas une blague).

Quatrième étape : Les muscles se contractent fort… très fort. Cela peut même donner l’impression que vos membres sont devenus comme du coton et que vous pourriez vous écrouler. Même si cette impression est, ma foi, très convaincante, c’est en fait l’inverse. Vous êtes très solide sur vos pieds. Vous êtes 100% prêt à courir votre vie ou à démontrer une agressivité que vous ne vous connaissez pas encore! Bravo, vous mettez les meilleurs chances de votre coté pour vaincre cette menace.

110% pertinent dans le temps des mammouths… un peu moins en 2017

La réaction physiologique d’anxiété est, à la base, un mécanisme de survie qui nous a permis, comme être humain, de survivre à un paquet de menaces très concrètes et mortelles. Pensons aux mammouths, bisons, tigres et ours de ce monde… pas étonnant que l’humain frêle et sans carapace que nous sommes se soit développé des moyens alternatifs pour faire face au danger, dont la fuite.

Bien que cela était super adapté en – 3000 ans Av. J-C. , en 2017… c’est un peu plus problématique puisque nos dangers modernes sont plus abstraits. Aujourd’hui, l’ours a laissé sa place aux examens de mathématique et aux entrevues d’embauches. Le mammouth, pour sa part, a été remplacé par la possibilité que mon budget ne balance pas à la fin du mois ou encore, par ma perception que mon couple va mal. En fait, les chercheurs en psychologie recensent 4 thèmes qui activent plus souvent qu’autrement le système du stress, en 2017.

CINÉ

Ces thèmes se résument par l’acronyme CINÉ. Donc, en 2017, il est reconnu que monsieur et madame tout le monde est plus anxieux devant des situations dans lesquels 1) il ressent qu’il a un contrôle faible, 2) qui est imprévisible, 3) qui est nouvelle ou/et qui menace son égo (son sentiment de compétence, de valeur personnelle).

Ça laisse de la place à BEAUCOUP de situations ça, n’est-ce pas? En fait, les différents types d’anxiété que je vous parlais plus haut rentrent TOUS là-dedans. Gêne sociale? Check. Peur de revivre un accident? Check. Peur de revivre un épisode d’angoisse? Check. En ce sens, apprendre à reconnaître et à gérer plus efficacement son anxiété est une habileté très importante pour pouvoir mieux profiter de sa vie.

Comment on fait ça? Et bien, prochain billet!

À bientôt,

Dr Sara-Maude Joubert, psychologue

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