La peur de consulter un psychologue – Recevoir des soins et des services en santé mentale, non merci !

     Travailler à son prompt rétablissement commence dès lors que nous décidons de quérir les services et les soins dont nous avons besoin.

     L’état psychologique dans lequel nous faisons cette première étape prédit, en partie, la réussite et l’efficacité des traitements reçus et cela, dans différents domaines. En effet, quérir des services au niveau de la santé physique (médecin, physiothérapeute, ergothérapeute, etc.), dès l’apparition des premiers symptômes, est garant d’une meilleure rémission des ceux-ci et d’un retour plus rapide à son fonctionnement habituel. À l’inverse, retarder la recherche de soins peut mener à une aggravation des symptômes et de sa condition.

     Au niveau de la santé mentale, ce principe s’applique également. Il a été démontré dans plusieurs études que de retarder les traitements pour les difficultés émotionnelles comme l’anxiété et les affects dépressifs était lié à une intensification de ces symptômes, à une détresse psychologique plus sévère et au développement de problèmes chroniques1,2.

     Des études se sont intéressées à comprendre quels éléments pouvaient expliquer qu’une personne ayant besoin de services refuse ou soit hésitante à aller en chercher. Ces dernières rapportent que, au niveau des traitements en santé mentale, le manque de connaissance par rapport à ce que signifie «être en santé mentale», l’accessibilité aux services professionnels3, vouloir régler son problème seul4 ou encore, attribuer à tort ses symptômes à une maladie physique ou à un manque de sommeil5 sont des facteurs qui contribuent à diminuer la recherche de soins. Surtout, avoir peur de rencontrer un professionnel en santé mentale est le facteur qui semble le plus contributif à cette réticence et qui est partagé par près de 20% de la population générale1.

    Cette peur (rencontre un professionnel en santé mentale) peut être fortement soutenue par des inquiétudes concernant1, 6… :

A) l’image que nous pouvons projeter et le sentiment de honte qui l’accompagne,

« Que vais-je penser les gens ?»

« Et si je croisais quelqu’un que je connais ? »

B) les réactions d’autrui face à notre démarche,

« Et si on me voyait comme une personne faible ? »

« Les gens vont me diminuer ou me parler comme si j’étais fragile s’ils le savaient.»

C) les répercussions de notre démarche au niveau de notre employabilité et enfin,

« Un employeur potentiel va me percevoir comme un employé à problèmes.»

« Mes collègues vont penser que je suis capable d’en faire moins que les autres.»

D) les modalités de traitement proposées .

« Vais-je devoir parler de mon enfance ?»

« Est-ce réellement confidentiel ? »

     Ces craintes qui, d’emblée, peuvent sembler légitimes, sont des stéréotypes qui font état d’une méconnaissance des services et des traitements disponibles7.

Voyons voir ce qui en est vraiment…

A) Que vont penser les autres ?

     Premièrement, dévoiler à quelqu’un d’autre que l’on fait un suivi thérapeutique ou que nous allons chercher des soins en santé mentale, c’est quelque chose qui vous appartient entièrement. Cela signifie que si vous jugez bon de garder cette information pour vous, vous avez entièrement le droit. À l’inverse, vous souhaitez en parler à quelqu’un pour demander son avis ou simplement pour partager ce qui se passe pour vous dans votre vie, c’est votre choix.

     C’est sûr que j’aimerais pouvoir vous dire que la santé mentale, au Québec, n’est plus un sujet tabou, mais j’aurais l’impression de vous mentir et de me mentir de dire cela. Il n’est pas rare6, encore en 2016, que des personnes vont croire que d’aller en thérapie, c’est faire un premier pas vers l’asile (et qui dit asile dit : folie). À leur défense, il faut dire, qu’historiquement parlant, au Québec, les problèmes graves de santé mentale nécessitaient une institutionnalisation (*beau mot pour dire l’expression populaire « se faire enfarmé »). En plus, les connaissances scientifiques sur les pathologies étaient plutôt minces, ce qui laissaient de la place à une vaste gammes d’expérimentations (il ne faut pas s’imaginer une scène d’horreur non plus quand même !).

      Or, les connaissances sur les problématiques et les moyens pour aider les personnes qui en souffrent ont grandement évolués. Fini les bains d’eau froide et bonjour l’expression par la parole ! Par ailleurs, voir un psychologue ne vous conduira pas à casser maison pour loger au 8e étage d’un hôpital. Cette décision médicale appartenant aux médecins7 et n’est pas formulée à qui mieux-mieux.

     Deuxièmement, autant qu’il vous appartient de partager votre vécu avec qui vous le désirez, les pensées ou les réflexions que les autres peuvent avoir concernant votre démarche, ça, ça leur appartient. Et si jamais vous entendez un commentaire plate de quelqu’un et bien invitez cette personne à mettre à jour ces connaissances et à sortir plus souvent de chez elle. Les problèmes d’ordre émotionnel ou de santé mentale sont communs et les moyens pour y remédier, quant à eux, modernes. Vous prenez des moyens pour prendre soins de vous et si quelqu’un n’est pas capable de comprendre cela, c’est cette personne qui devrait avoir honte. Vous ne me croyez pas… constatez par vous-même : http://www.revue-smq.ca/ (site internet de la revue québécoise sur la santé mentale, de l’Université du Québec à Montréal).

B) Les gens vont me parler comme si j’étais faible ou diminué.

    S’il y a bien un principe en psychologie qui est fascinant, c’est bien celui des prophéties auto-réalisantes. Oui, je sais, ça sonne un peu comme dans le Secret (le livre), mais différemment de ce bouquin de psycholog-ish populaire, l’effet des prophéties auto-réalisantes est un fait scientifique démontré8, 9.

Le principe est simple :

     Nos attentes par rapport à une situation influencent grandement nos comportements… parfois même au point de provoquer ces-dites attentes (d’où le nom de « prophéties auto-réalisantes).

Un exemple ?

Situation initiale : Première journée de retour au travail progressif.
Mes peurs : « Mes collègues vont me croire faible parce que j’ai eu un arrêt de travail
Mes comportements : Nerveux, gauche, hésitant, inhibé.
Conséquences sur autrui : Effet sur les pensées des autres : « Hum, aujourd’hui semble une grosse journée pour Sara-Maude. Heureusement que j’avais prévu lui redonner des tâches tranquillement. »

 

Effet sur leurs comportements : Vont au-devant de mes besoins, se veulent rassurant.

Mon interprétation des comportements d’autrui : « Je le savais ! Ils trouvent que je suis faible. »

 

Moral de cette démonstration ?

La crainte que les autres nous trouvent faibles ou diminués vient surtout du fait que nous nous sentons incertain par rapport à nos propres capacités (affectives, cognitives, énergétiques). La question à se poser est davantage « est-ce que je me trouve faible, moi-même ? » que « est-ce que les autres vont me trouver faible ? ».

     Notre attitude et nos croyances par rapport à soi-même ou par rapport à la démarche en santé mentale sont les ingrédients qui détermineront nos comportements et ainsi, nos interactions avec autrui. S’évaluer comme étant faible ou diminué, c’est se juger très sévèrement et c’est de mettre les outils en place pour se prouver que ce que nous pensions (à tords) est fondé.

C) Un employeur potentiel va me percevoir comme une personne « à problèmes ».

     Dans le même sens que ce qui est explicité plus haut, cette crainte peut s’expliquer par le phénomène comportemental des prophéties auto-réalisantes.  Ceci étant dit et parce que le monde est loin d’être parfait, il est possible que certaines personnes, un employeur également, aient des stéréotypes envers les personnes qui ont reçus des services en santé mentale. Alors qu’il y a plusieurs soins, très différents, qui s’inscrivent sous ce vocable (difficulté émotionnelle, deuils, évaluation attentionnelle, chercher à se connaitre davantage, traitements institutionnalisés, etc.), les personnes qui ne sont pas initiées au domaine de la psychologie peuvent facilement confondre certains services.

     Dans le cadre d’un entretien d’embauche ou dans la visée d’obtenir une promotion, il est interdit par la Loi10, 11 (Charte des droits et libertés du Québec) qu’on refuse à une personne l’accès à un travail ou à une promotion sur la base des services qu’elle a reçu ou qu’elle reçoit actuellement au niveau de sa santé mentale.

Voici l’article en question :

« Nul ne peut exercer de discrimination dans l’embauche, l’apprentissage, la durée de la période de probation, la formation professionnelle, la promotion, la mutation, le déplacement, la mise à pied, la suspension, le renvoi ou les conditions de travail d’une personne ainsi que dans l’établissement de catégories ou de classification d’emploi. »10.

     Dans cet énoncé, le mot-clé à retenir c’est discrimination. Parce que d’agir en cohérence avec nos stéréotypes, concernant une personne ou un groupe de personnes, ça s’appelle faire de la discrimination12.

Si vous en êtes victime, je vous invite à consulter le site Internet d’Éduca-Loi : https://www.educaloi.qc.ca/capsules/les-recours-contre-la-discrimination

D) Vais-je devoir parler de mon enfance ?/Est-ce confidentiel ?

L’Ordre des psychologues du Québec13 reconnaît différentes approches thérapeutiques, toutes efficaces. Ces approches, appelées paradigmes sont au nombre de quatre : la perspective psychodynamique, la perspective humaniste et existentielle, la perspective cognitive et comportemental et la perspective systémique. Alors que chacune d’entre elles a des méthodes de traitement et des schèmes théoriques différentes, toutes doivent se plier à des règles de pratiques dites « transthéoriques ». Ces règles balisent le fonctionnement d’une thérapie, c’est-à-dire qu’elles obligent tout thérapeute à procéder à une évaluation du client (de sa condition actuelle, de son motif de consultation, de ses besoins, etc.) et à aider ce dernier en utilisant tous les moyens nécessaires, reconnus par la profession.

     C’est souvent au moment de l’évaluation qu’un psychologue posera quelques questions sur l’enfance de ses clients14. L’idée est souvent de comprendre d’où ces derniers arrivent pour mieux comprendre qui ils sont. L’idée, c’est que ces questions permettent d’évaluer le développement de la personne (au-delà des relations familiales, comment se sont déroulées les premières amitiés, l’arrivée à l’école, etc.). Ainsi, pour un grand nombre de psychologues, des questions seront également posés sur l’adolescence, l’émergence de l’âge adulte (jeunes adultes) et leur vie d’adultes des dernières années.

     La place laissée aux expériences en bas âge dans la compréhension clinique du psychologue dépendra, par la suite, de ses allégeances théoriques13. Pour en savoir plus sur ce sujet et, surtout, sur comment travaille votre psychologue, vous pouvez a) lui demander directement (oui, c’est une question qui se demande ! Par ailleurs, s’il n’est pas en mesure de vous donner une réponse claire ou satisfaisante…attention !), b) consulter la page Internet de l’Ordre des psychologues du Québec (www.ordrepsy.qc.ca) et c) vous référez au fascicule sur la question dans la salle d’attente de votre psychologue.

***

     S’il y a bien une valeur fondamentale dans la pratique de la psychothérapie, c’est bien la confidentialité. Cette dernière se définit comme « ce qui est secret »15 ou encore, « caractère d’une information confidentielle »15. Ainsi, par défaut, le psychologue est tenu de garder secret toute informations échangées dans le cadre des rencontres thérapeutiques. C’est, par ailleurs, à cause de ce paramètre de base que le professionnel peut exercer son travail (qui aurait envie de livrer son intimité affective sans une garantie de discrétion absolue ?).

 

Pourtant, à cette règle de base, 5 exceptions subsistent16. Soit…

 

1-    le psychologue évalue qu’il y a un risque imminent à ce que son client commette un acte suicidaire et qu’aucun autre moyen que le bri de confidentialité (par le contact avec une personne proche du client ou par la police) puisse être utilisé pour stopper le client dans ses actions.

2-    le psychologue évalue qu’il y a un risque imminent à ce que son client commette un acte dangereux envers autrui (on parle ici d’homicide, par exemple) et qu’aucun autre moyen que le bri de confidentialité (par le contact avec une personne proche du client ou par la police) puisse être utilisé pour stopper le client dans ses actions.

3-    le psychologue a connaissance qu’un enfant (14 ans ou moins) qui est sous la responsabilité du client adulte soit en danger, maltraité ou en situation de négligence.

4-    le psychologue reçoit un sub penea (demande officielle de présence en Cour) et qu’un juge lui ordonne de révéler les informations contenues dans le dossier du client pour éclairer l’affaire judiciaire en cours.

5-    le psychologue obtient un consentement éclairé et écrit de son client à partager des informations (précisées dans l’autorisation écrite) à un tiers (médecin, tiers payeur, etc.).

     Ces règles s’appliquent pour tous les psychologues du Québec. Cependant, il est fortement recommandé de demander les détails (un document écrit !) concernant les limites de la confidentialité à son psychologue puisque dans certaines institutions (les institutions publiques, souvent), d’autres exceptions peuvent s’ajouter (surtout dans les cas de travail en interdisciplinarité)16. Ainsi, vous serez en mesure de savoir exactement dans quoi vous vous embarquer, dans cette thérapie.

Mot de la fin

     Gardez toujours en tête que lorsqu’il est question de suivi thérapeutique et psychologique, vous êtes le patron ! Il est question de votre aisance, de votre rythme, de votre santé et dans certains cas, de votre portefeuille. Vous avez le droit de poser toutes les questions que vous jugez pertinente pour évaluer si le service offert correspond à vos besoins. De plus, vous avez le droit d’exiger que les modalités de fonctionnement du service que vous allez chercher soient mises sur papier.

     Vous avez des craintes ? Parlez-en avec votre intervenant ! Il est la personne la plus à même à vous donner l’heure juste par rapport à celles-ci. N’oubliez pas que votre santé est une priorité et que vous vous devez, pour vous-même, d’au moins vous informez.

      Pour la suite des choses, tout est une question d’attitude. Alors que de vivre de l’anxiété et des appréhensions par rapport à sa démarche est normale, en avoir honte ou bien s’en sentir diminué parlent davantage des croyances que l’on entretient sur nous-même. Il ne faut pas oublier que notre plus grande critique, c’est souvent nous-même.

Dre. Sara-Maude Joubert, psychologue

Références :

  1. Clement, S., Schauman, O., Graham, T., Maggioni, F., Evans-Lacko, S., Bezborodovs, N., … & Thornicroft, G. (2015). What is the impact of mental health-related stigma on help-seeking? A systematic review of quantitative and qualitative studies.Psychological medicine45(01), 11-27.
  2. Dell’Osso B, Glick ID, Baldwin DS, Altamura AC (2013). Can long-term outcomes be improved by shortening the duration of untreated illness in psychiatric disorders: A conceptual framework. Psychopathology 14, 14-21.
  3. Henderson C, Brohan E, Clement S, Williams P, Lassman F, Schauman O, Dockery L, Farrelly S, Murray J, Murphy C, Slade M, Thornicroft G (2013). Randomised controlled trial of a decision aid on disclosure of mental health status to an employer: feasibility and outcomes. British Journal of Psychiatry 203, 350-357.
  4. Ilse van Beljouw, M. S. B., Verhaak, P., Prins, M., Cuijpers, P., Penninx, B., & Bensing, J. (2010). Reasons and determinants for not receiving treatment for common mental disorders.Psychiatric Services.
  5. Tanskanen, S., Morant, N., Hinton, M., Lloyd-Evans, B., Crosby, M., Killaspy, H., … & Johnson, S. (2011). Service user and carer experiences of seeking help for a first episode of psychosis: a UK qualitative study.BMC psychiatry,11(1), 1.
  6. Dockery, L., Jeffery, D., Schauman, O., Williams, P., Farrelly, S., Bonnington, O., … & Clement, S. (2015). Stigma-and non-stigma-related treatment barriers to mental healthcare reported by service users and caregivers.Psychiatry research228(3), 612-619.
  7. Gouvernement du Québec (2012). Guide explicatif du projet de Loi 21 – Des compétences professionnelles partagées en santé mentale et en relations humaines : la personne au premier plan. Bibliothèque et Archives nationales, 87 pages.
  8. Snyder, M., Tanke, E. D., & Berscheid, E. (1977). Social perception and interpersonal behavior: On the self-fulfilling nature of social stereotypes.Journal of Personality and Social Psychology,35(9), 656.
  9. Word, C. O., Zanna, M. P., & Cooper, J. (1974). The nonverbal mediation of self-fulfilling prophecies in interracial interaction.Journal of experimental social psychology10(2), 109-120.
  10. Gouvernement du Québec. Chartes des droits et libertés de la personne. Éditeur officiel du Québec, (septembre 2016) : 30 pages.
  11. Vallerand, R. (2006). Les fondements de la psychologie sociale (2e édition). Les éditions Gaétan Morin. Montréal : 741 pages.
  12. Ordre des psychologues du Québec. Les orientations théoriques, (page consultée le 2016-10-03), http://www.ordrepsy.qc.ca
  13. Ordre des psychologues du Québec. Guide explicatif concernant le code de déontologie des psychologues du Québec (juillet 2008). 31 pages
  14. Le Robert illustré. (2015). Nouvelle édition millésime, Dictionnaires Le Robert – SEJER. Paris.
  15. Dupuy, D. (2006). La Loi sur le Protecteur des usagers en matière de santé et de services sociaux et la confidentialité du dossier du psychologue, Psychologie Québec, :13
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